UN Special
   
                    Invités du mois

VERS UNE MOBILITÉ INTERORGANISATIONS?

UN Special a rencontré M. Alexandre Prina, chef du Service de l’aménagement
urbain et de la mobilité (SAM) de la ville de Genève.

CHRISTIAN DAVID, ONUG

Quel est le rôle de votre service?
La ville de Genève est propriétaire des routes, et de ce fait doit les aménager pour tous les usagers. Les rues ayant dépassé le seuil d’alarme en terme de niveau sonore ont été assainies. Pour améliorer la qualité de l’air, comme pour le bruit, il est nécessaire de réduire la circulation tout d’abord en mobilisant les habitants. Notre rôle consisteà identifier et ensuite d’accompagner les progrès réalisés, de mettre en place des campagnes d’information et de sensibilisation.

Quelles sont les mesures prises pour encourager la mobilité?
Il convient tout d’abord de distinguer la mobilité motorisée individuelle et la mobilité douce. Pour la mobilité motorisée individuelle, il existe des lois fédérales qui visent à diminuer l’usage d’un véhicule motorisé pour privilégier l’éco-mobilité. Cela regroupe les mobilités douces: marche et vélo, la mobilité transport public, et la mobilité combinée: Train + bus + vélo ou marche. La ville met en place une mobilité pour tous afin d’améliorer la qualité de vie de ses citoyens. La mobilité combinée doit constituer la piste privilégiée des années futures. Chaque usager doit pouvoir repenser sa mobilité. Les effets induits de la mobilité douce ont un impact positif sur l’environnement, sur la santé et sur la qualité de vie. Des pistes existent pour éviter l’usage du véhicule motorisé ou du moins de le rendre moins indispensable. Il est évident que tout le monde ne dispose pas d’un réseau de transport public situé à proximité de son domicile. Cependant, il existe plusieurs possibilités et il s’agit donc de les rendre attractives et identifiables pour l’usager. Ce dernier doit pouvoir se rendre compte que les avantages sont largement supérieurs aux inconvénients. L’usage du tout voiture est révolu, il s’agit maintenant de pouvoir accompagner ce changement de mentalité qui commence à se faire sentir ces derniers mois suite à la crise du pétrole, à la crise financière et à la prise de conscience environnementale. Pendant longtemps nous nous sommes sentis isolés au sein de notre service et pas vraiment écoutés. Les médias relataient les initiatives comme la journée sans la voiture avec une approche parfois polémique et ironique. Le message est désormais plus constructif. Personne ne peut plus ignorer les conséquences de l’usage du véhicule motorisé.

Le covoiturage constitue
certainement un des moyens
les plus efficaces pour
développer les contacts
interorganisations.

Une page spécifique a été créée sur
le site covoiturage.ch pour les
organisations internationales en
association avec la mutuelle des
Nations Unies:
www.covoiturage.ch/annonces/
entreprises/nations_unies_et_
organisations_internationales

Pouvez-vous faire un inventaire pour la mobilité douce?
L’usage du vélo connaît une croissance spectaculaire depuis dix ans. Le réseau de pistes cyclables de 80 km est notablement amélioré au niveau de la sécurité. Des prêts et locations de vélos sont organisés (www.genveroule.ch/www.rent-a-bike.ch). Une carte de ce réseau est d’ailleurs disponible dans nos services et elle est réactualisée tous les ans. Nous avons fait installer des épingles permettant à chaque cycliste d’attacher son vélo afin de limiter le vol.

Pour l’idée du Vélib, en 2007 le Conseil administratif a mis au concours la concession d’affichage. Les grands groupes concernés ont avancé leurs arguments et s’en est suivie une véritable bataille pour emporter le marché. Vous évoquez le commentaire du Conseiller administratif M. Maudet dans votre dernier numéro, selon lequel nous «serons la dernière ville d’Europe à disposer du Vélib.» Cette remarque est juste mais nous croyons fermement que nous pourrons faire aboutir ce projet. L’idée de l’Autolib est intéressante, elle avait été mise en place à Martigny dans les années 90, c’était peut-être trop tôt mais nous avons un point de comparaison en Suisse et cela a vraiment fonctionné.

La piste actuelle est le Vélo à Assistance Electrique (VAE). Le seul inconvénient reste son coût encore élevé. L’Association transport et Environnement (ATE – www.atege.ch) estime après enquête, que le potentiel est bon et que le moment est venu d’intégrer les VAE aux plans de mobilité d’entreprise.

La localisation de plusieurs organisations autour de la place des Nations devrait inciter les usagers à covoiturer davantage. Il est plus que probable que des voisins qui s’ignorent et qui travaillent dans des organisations internationales situées dans le périmètre des Nations, effectuent un trajet similaire aux mêmes horaires. Le covoiturage constitue alors un moyen de partager à la fois les frais, de réduire la fatigue mais également d’apprendre à connaître nos collègues des autres organisations.

En Suisse nous disposons du meilleur réseau d’auto partage au monde, il s’agit d’un mode de mobilité combiné: L’usager peut par exemple se rendre à Genève par le train puis utiliser un véhicule en auto partage pour se rendre dans le Valais. Le système consiste à ne payer que l’utilisation du véhicule. Le principe est simple: pour un abonnement annuel, vous disposez d’une carte électronique. Vous prenez le véhicule et le restituez sur un emplacement déterminé sur le lieu de
départ ou d’arrivée. Vous serez ensuite facturé automatiquement car les données d’utilisation seront transmises électroniquement.

Une société (www.mobility.ch) met à disposition 2000 véhicules en Suisse en ville et à la campagne. Il faut savoir qu’un véhicule passe 97% du temps immobilisé sur un parking et que l’important n’est pas la possession d’un véhicule mais son usage.

ONUG: enquête sur la mobilité dans les transports
Une enquête récente mandatée par l’ONU à Genève et effectuée par une société privée (Mobilidée) démontre que 86% des fonctionnaires utilisent leur véhicule pour se rendre au travail. Les 14% restants étant sont répartis en 6% pour les transports en commun, 3% à pied et 2% à vélo. Leur temps de déplacement étant inférieur ou égal à 30 minutes pour 49%. Cette étude a également permis de souligner qu’un changement de comportement concernant l’utilisation du véhicule était freiné principalement par la crainte de ne pas pouvoir se déplacer en cas d’urgence. Cette même étude a déterminé que 55% des fonctionnaires travaillant au Palais des Nations sont domiciliés dans des communes genevoises, (7%) dans d’autres communes suisses et (38%) dans des communes françaises.

Peut-on imaginer, avec votre aide, qu’une démarche mobilité puisse s’organiser au sein des organisations internationales?
Les entreprises (et organisations internationales) qui sont de forts générateurs de déplacement sont encouragées à gérer leur mobilité en créant un plan de mobilité. Les bénéfices sont multiples:
Diminution de la pression sur le stationnement, suppression du stress, augmentation de la productivité diminution du coût dû aux déplacements. Je sais qu’à l’image du Conseil administratif, votre Mutuelle des Nations Unies, a mis en place un «bouquet de transport» pour ses employés avec réduction du prix de l’abonnement sur Unireso et réductions diverses sur les TPG. Demain des solutions devront être trouvées par les OI dans le cadre notamment de la réduction des places de parking non seulement pour le trajet domicile travail mais également pour les transports entre les organisations.
Pourquoi pas des Vélibs disponibles à l’intérieur de chaque OI pour raccourcir les distances? Imaginons qu’un fonctionnaire du BIT prenne un passager de l’OMC en covoiturage, ce dernier pourrait emprunter un vélo pour rejoindre son organisation? En cas d’urgence, le fonctionnaire ne pourrait-il pas se procurer, auprès de votre Mutuelle, un accès, une carte en auto partage, il aurait droit à cette facilité x fois par année? Il pourrait être envisagé de privilégier l’accès aux parkings à ceux qui pratiquent le covoiturage. Je sais aussi que des expériences comme «bike to work» quand elles ont été organisées au sein des OI, ont remporté un réel succès en terme de participation. La ville peut vous aider! Si par exemple la Mission Suisse vient nous dire que les OI sont intéressées par une expertise.
Imaginez le message suivant: la ville de Genève, en collaboration avec les OI, met en place un système qui va entraîner une réduction des transports visant à promouvoir un bouquet de transport et des mesures d’accompagnement pour favoriser les transports alternatifs. Cette initiative, par son impact, renforcerait l’image de la Genève Internationale en termes d’exemplarité.
Je pense qu’il existe une réelle possibilité de réaliser ce travail en commun. Nous pouvons participer dans ce cadre.

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