VERS UNE MOBILITÉ INTERORGANISATIONS?
UN Special a rencontré M. Alexandre Prina, chef du Service de
l’aménagement
urbain et de la mobilité (SAM) de la ville de Genève.
Quel est le rôle de votre service?
La ville de Genève est propriétaire des routes,
et de ce fait doit les aménager pour tous les
usagers. Les rues ayant dépassé le seuil
d’alarme en terme de niveau sonore ont été
assainies. Pour améliorer la qualité de l’air,
comme pour le bruit, il est nécessaire de réduire
la circulation tout d’abord en mobilisant
les habitants. Notre rôle consisteà identifier
et ensuite d’accompagner les progrès réalisés,
de mettre en place des campagnes d’information
et de sensibilisation.
Quelles sont les mesures prises pour
encourager la mobilité?
Il convient tout d’abord de distinguer la mobilité
motorisée individuelle et la mobilité
douce. Pour la mobilité motorisée individuelle,
il existe des lois fédérales qui visent à diminuer
l’usage d’un véhicule motorisé pour privilégier
l’éco-mobilité. Cela regroupe les mobilités
douces: marche et vélo, la mobilité transport
public, et la mobilité combinée: Train + bus +
vélo ou marche. La ville met en place une
mobilité pour tous afin d’améliorer la qualité
de vie de ses citoyens. La mobilité combinée
doit constituer la piste privilégiée des années
futures. Chaque usager doit pouvoir repenser
sa mobilité. Les effets induits de la mobilité
douce ont un impact positif sur l’environnement,
sur la santé et sur la qualité de vie. Des
pistes existent pour éviter l’usage du véhicule
motorisé ou du moins de le rendre moins indispensable. Il est évident que tout le monde
ne dispose pas d’un réseau de transport public
situé à proximité de son domicile. Cependant,
il existe plusieurs possibilités et il s’agit donc
de les rendre attractives et identifiables pour
l’usager. Ce dernier doit pouvoir se rendre
compte que les avantages sont largement supérieurs
aux inconvénients. L’usage du tout
voiture est révolu, il s’agit maintenant de pouvoir
accompagner ce changement de mentalité
qui commence à se faire sentir ces derniers
mois suite à la crise du pétrole, à la crise financière
et à la prise de conscience environnementale.
Pendant longtemps nous nous
sommes sentis isolés au sein de notre service
et pas vraiment écoutés. Les médias relataient
les initiatives comme la journée sans la voiture
avec une approche parfois polémique et ironique.
Le message est désormais plus
constructif. Personne ne peut plus ignorer les
conséquences de l’usage du véhicule motorisé.
certainement un des moyens
les plus efficaces pour
développer les contacts
interorganisations.
Une page spécifique a été créée sur
le site covoiturage.ch pour les
organisations internationales en
association avec la mutuelle
des
Nations Unies:
www.covoiturage.ch/annonces/
entreprises/nations_unies_et_
organisations_internationales
Pouvez-vous faire un inventaire pour
la mobilité douce?
L’usage du vélo connaît une croissance spectaculaire
depuis dix ans. Le réseau de pistes
cyclables de 80 km est notablement amélioré
au niveau de la sécurité. Des prêts et locations
de vélos sont organisés (www.genveroule.ch/www.rent-a-bike.ch). Une carte
de ce réseau est d’ailleurs disponible dans
nos services et elle est réactualisée tous les
ans. Nous avons fait installer des épingles permettant à chaque cycliste d’attacher son
vélo afin de limiter le vol.
Pour l’idée du Vélib, en 2007 le Conseil administratif a mis au concours la concession d’affichage. Les grands groupes concernés ont avancé leurs arguments et s’en est suivie une véritable bataille pour emporter le marché. Vous évoquez le commentaire du Conseiller administratif M. Maudet dans votre dernier numéro, selon lequel nous «serons la dernière ville d’Europe à disposer du Vélib.» Cette remarque est juste mais nous croyons fermement que nous pourrons faire aboutir ce projet. L’idée de l’Autolib est intéressante, elle avait été mise en place à Martigny dans les années 90, c’était peut-être trop tôt mais nous avons un point de comparaison en Suisse et cela a vraiment fonctionné.
La piste actuelle est le Vélo à Assistance Electrique (VAE). Le seul inconvénient reste son coût encore élevé. L’Association transport et Environnement (ATE – www.atege.ch) estime après enquête, que le potentiel est bon et que le moment est venu d’intégrer les VAE aux plans de mobilité d’entreprise.
La localisation de plusieurs organisations autour de la place des Nations devrait inciter les usagers à covoiturer davantage. Il est plus que probable que des voisins qui s’ignorent et qui travaillent dans des organisations internationales situées dans le périmètre des Nations, effectuent un trajet similaire aux mêmes horaires. Le covoiturage constitue alors un moyen de partager à la fois les frais, de réduire la fatigue mais également d’apprendre à connaître nos collègues des autres organisations.
En Suisse nous disposons du meilleur réseau
d’auto partage au monde, il s’agit d’un
mode de mobilité combiné: L’usager peut
par exemple se rendre à Genève par le train
puis utiliser un véhicule en auto partage pour
se rendre dans le Valais. Le système consiste
à ne payer que l’utilisation du véhicule. Le
principe est simple: pour un abonnement
annuel, vous disposez d’une carte électronique.
Vous prenez le véhicule et le restituez sur un emplacement déterminé sur le lieu de
départ ou d’arrivée. Vous serez ensuite facturé
automatiquement car les données d’utilisation
seront transmises électroniquement.
Une société (www.mobility.ch) met à disposition 2000 véhicules en Suisse en ville et à la campagne. Il faut savoir qu’un véhicule passe 97% du temps immobilisé sur un parking et que l’important n’est pas la possession d’un véhicule mais son usage.
Peut-on imaginer, avec votre aide,
qu’une démarche mobilité puisse
s’organiser au sein des organisations
internationales?
Les entreprises (et organisations internationales)
qui sont de forts générateurs de déplacement
sont encouragées à gérer leur mobilité
en créant un plan de mobilité. Les
bénéfices sont multiples:
Diminution de la pression sur le stationnement,
suppression du stress, augmentation
de la productivité diminution du coût dû aux
déplacements. Je sais qu’à l’image du Conseil
administratif, votre Mutuelle des Nations
Unies, a mis en place un «bouquet de transport» pour ses employés avec réduction du
prix de l’abonnement sur Unireso et réductions
diverses sur les TPG. Demain des solutions
devront être trouvées par les OI dans
le cadre notamment de la réduction des
places de parking non seulement pour le
trajet domicile travail mais également pour les
transports entre les organisations.
Pourquoi pas des Vélibs disponibles à l’intérieur
de chaque OI pour raccourcir les distances?
Imaginons qu’un fonctionnaire du BIT
prenne un passager de l’OMC en covoiturage,
ce dernier pourrait emprunter un vélo pour rejoindre
son organisation? En cas d’urgence, le
fonctionnaire ne pourrait-il pas se procurer,
auprès de votre Mutuelle, un accès, une carte
en auto partage, il aurait droit à cette facilité x
fois par année? Il pourrait être envisagé de privilégier
l’accès aux parkings à ceux qui pratiquent
le covoiturage. Je sais aussi que des expériences
comme «bike to work» quand elles
ont été organisées au sein des OI, ont remporté
un réel succès en terme de participation.
La ville peut vous aider! Si par exemple la
Mission Suisse vient nous dire que les OI
sont intéressées par une expertise.
Imaginez le message suivant: la ville de Genève,
en collaboration avec les OI, met en
place un système qui va entraîner une réduction
des transports visant à promouvoir
un bouquet de transport et des mesures d’accompagnement
pour favoriser les transports
alternatifs. Cette initiative, par son impact,
renforcerait l’image de la Genève Internationale
en termes d’exemplarité.
Je pense qu’il existe une réelle possibilité de
réaliser ce travail en commun. Nous pouvons
participer dans ce cadre.

