ENTRETIEN AVEC M. DEILLON, DIRECTEUR DE L’AÉROPORT INTERNATIONAL DE GENÈVE
L’Aéroport International de Genève est essentiel à l’activité
industrielle et diplomatique internationales de Genève.
Un programme de modernisation depuis 2007 sous le signe
des
«5+» veut donner à l’aéroport plus d’espace, de choix,
de
saveurs, de temps et d’air. UN Special a rencontré son directeur,
M. Deillon, pour qu’il nous fasse partager les développements
engagés et les enjeux auxquels l’aéroport doit faire face.
L’Aéroport International de Genève
a été en travaux ces deux dernières
années. A qui bénéficient-ils?
Aux clients avant tout, car les infrastructures
datent de la fin des années soixante. Les travaux
répondent à une réflexion menée en
2006, et qui se concrétise à travers notre plan directeur 2007-2015 et son programme de
transformation «GVA+» pour plus de confort,
plus de fluidité et une nouvelle offre commerciale.
C’est important pour nous, puisque
50 % du chiffre d’affaires annuel de l’aéroport
(281 millions de francs suisses en 2007) sont
réalisés par les activités non aéronautiques dont le centre commercial de plus de
soixante boutiques. Nous avons profité de
ces travaux pour également augmenter notre
capacité d’enregistrement, dont le nombre de
guichets. En outre, nous avons pu créer un
nouveau bâtiment d’embarquement, le Satellite
10, d’une capacité de 1’000 personnes
par heure, qui a ouvert fin 2008.
Ces investissements ne sont-ils pas
lourds au regard de la conjoncture
économique actuelle?
La crise actuelle qui frappe tous les secteurs,
dont le transport aérien, n’a pas impacté les
résultats 2008 de l’Aéroport de Genève qui
présentent une croissance cumulée pour l’année
passée supérieure à 5 %. Et même la situation
économique ne s’améliorera certainement
pas en 2009, notre politique
d’investissement sera maintenue.
Tout d’abord parce que nous répondons à
des développements et des évolutions de marchés
sur le long terme sur lesquels nous ne
pouvons pas nous permettre de prendre du retard.
La bonne gestion des activités générées
par les compagnies et les passagers permet à
l’aéroport de bénéficier d’un cash flow positif
qui, sans l’aide de l’état, peut financer un budget
d’investissement annuel aujourd’hui d’environ
80 millions de francs suisses.
Votre zone de chalandise est à cheval
sur la Suisse et la France, voire l’Italie.
Elle bénéficie d’une population de 6
millions d’habitants mais également
de nombreux sièges d’entreprises renommées
et d’Organisations internationales.
Comment se répartit votre
activité entre le tourisme d’affaire et
le tourisme de loisir?
Nos 11,5 millions de passagers s’équilibrent
entre 40 % de voyages d’affaires et 60% de
tourisme. La répartition sur l’année est différente
avec des voyages d’affaires stables sur
l’année, alors que le tourisme se concentre
principalement en hiver avec de l’incoming
(les passagers qui viennent passer des vacances
dans la région) et de l’outgoing en été
(les gens de la région qui partent en vacances).
L’Aéroport International de Genève
est l’aéroport qui accueille le plus de skieurs
au monde! Le souci de l’aéroport est de
constamment répondre aux besoins des
grandes industries, des multinationales, des
organisations internationales et des passagers
en tourisme de notre zone de chalandise. C’est ainsi que nous accueillerons deux
nouveaux long-courriers, l’un en avril 2009
avec United Airlines vers Washington, l’autre
en juin 2009 avec Air Canada vers Montréal.
Existe-t-il des synergies avec les autres
aéroports européens?
Les synergies sont faibles. Chaque aéroport,
que ce soit Lyon, Grenoble ou Genève, veut
développer sa propre desserte. Il n’y a pas de
répartition du marché entre les aéroports.
Seul l’aéroport d’Annecy permettrait des
synergies intéressantes avec l’aéroport de
Genève, d’autant plus qu’il se situe maintenant
avec la nouvelle autoroute à moins de
30 minutes En fait, les compagnies d’aviation
font le choix de leurs vols en fonction
d’études de marchés. Grâce à ces statistiques,
on arrive à inciter des compagnies à offrir de
nouvelles liaisons. Notre plan directeur 2007-2015 prévoit d’ailleurs, après le travail sur le
service aux passagers dans l’aéroport, un développement
des capacités de vols.
La seule et unique piste en béton de
3900 mètres dont dispose l’aéroport
ne limite-t-elle pas cette perspective
de développement des capacités de
vols dont vous parlez?
La piste en béton nous permet aujourd’hui
une capacité maximale de 40 mouvements
par heure, soit quelque 240000 mouvements
par an. Comme nous sommes aujourd’hui
avec cette piste aux alentours de
170000, il y a encore une marge de progression,
d’autant que des possibilités d’augmenter
la capacité horaire de la piste sont
encore possibles.
Que se passera-t-il d’ici à 2020?
Notre plan directeur 2016-2025 prévoit entre
autres une croissance du trafic des passagers
de 11,5 millions aujourd’hui à 14,5 millions en
2020. L’Aéroport International de Genève
doit continuer à jouer son rôle au niveau
économique sur sa zone de chalandise et
s’adapter aux évolutions de son marché.
Ainsi, la destination de Paris qui représente
900’000 passagers, devrait baisser en raison
du développement du réseau ferroviaire,
mais devrait permettre de gagner de la capacité
vers d’autres destinations plus lointaines.
Quelle dimension prend l’environnement
dans votre politique de développement?
Le transport aérien n’est finalement responsable
que de 2% des émissions de CO2 dans
le monde et les innovations technologiques
devraient encore réduire ce pourcentage.
L’IATA (International Airline Transport Association),
basée à Genève, a pour objectif «0
émission» à 2020. L’Aéroport de Genève traite
également le sujet avec sérieux et a un plan
d’action pour réduire les émissions de CO 2 au
sol: sur le tarmac avec une politique de véhicules
électriques ou hybrides, et auprès
du public avec une politique de développement
des transports en commun. Par ailleurs,
quelque 1650 panneaux solaires surmontent
le grand hangar de l’aéroport sur une surface
de 2000 m² permettant une production annuelle
d’électricité de l’ordre de 25000 kWh.
Des panneaux photovoltaïques vont également
être installés sur le nouveau bâtiment
d’embarquement Satellite 10. Cette production
d’énergie électrique nous permet de disposer
de véhicules électriques complètements
verts.
Quid des taxes d’aéroport?
La redevance passager est indispensable
pour financer le développement et la sécurité
des aéroports. Au départ de Genève, la taxe
de 21,50 CHF est très compétitive car elle est
plus souvent de l’ordre de 50 CHF dans les
grands aéroports européens.
Comment connaissez-vous si bien l’activité
commerciale aéroportuaire?
Je suis à l’origine hôtelier mais je suis entré
dans le secteur de l’aviation dès les années
quatre-vingt au travers de sociétés de service
internationales liées à l’aviation, comme le
Catering. Aussi, le service au client a-t-il toujours
été pour moi une valeur essentielle.
Quels sont les grands événements
futurs?
Dans l’immédiat, accueillir les flux importants
de passagers que génère le salon TELECOM
en octobre 2009. A plus long terme
nous sommes très motivés pour participer à
cette magnifique aventure que pourraient
être les JO 2018 à Annecy. Ces événements
imposent également une forte dimension
protocolaire à laquelle l’aéroport de Genève
a toujours répondu de façon très professionnelle
et qui a su être appréciée dans le
monde diplomatique.
Pour plus d’informations sur le programme de modernisation de l’Aéroport International de Genève GVA+, visitez www.gvaplus.ch

