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ENTRETIEN AVEC PAOLO GARONNA

D’UNE CRISE À L’AUTRE: 1929-2009

Il y a des similitudes entre ces deux crises. Il s’agit dans les deux
cas de crises globales. Le problème est qu’il faut prendre garde
de ne pas refaire les mêmes erreurs.

JEAN MICHEL JAKOBOWICZ

Quatre-vingts ans après, y a-t-il des similitudes entre la crise de 29 et celle que nous vivons aujourd’hui?
Il y a des similitudes entre ces deux crises. Il s’agit dans les deux cas de crises globales. Le problème est qu’il faut prendre garde de ne pas refaire les mêmes erreurs. En 1929 les réponses ont été nationales avec une augmentation du protectionnisme qui a peu à peu dégénéré en nationalisme et a conduit tout droit à la montée du fascisme en Allemagne et à la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui les choses ont l’air d’évoluer différemment: à la réunion du G20 en décembre dernier il a été décidé de continuer les négociations de Doha, c’est-à-dire, continuer à favoriser le libre-échange entre les pays. C’est quelque chose de très important, car pour la première fois en 2009 on devrait voir une contraction du commerce internationale, ce qui à terme comporte des risques de protectionnisme. Ce qui est le plus à craindre c’est que l’on fasse un pas en arrière et que l’on applique des recettes du passé à une situation qui est totalement nouvelle. Sauver les banques et soutenir l’économie est nécessaire voire indispensable. Mais il ne faut pas que cela se transforme en un sauve-qui-peut au niveau national basé sur une nationalisation du système financier, le rapatriement des investissements et un protectionnisme des industries nationales. Tout cela n’a pas de sens dans un système commercial et financier global. De même limiter l’indépendance des banques centrales est une curieuse façon de régler les choses. Tout cela c’est le passé, il nous faut une réforme globale du système financier et non pas colmater une brèche ici ou là.

S’agit-il d’une ou de plusieurs crises?
En fait il s’agit de trois crises qui sont intimement liées: une crise financière, une crise économique et une crise sociale. Ces crises touchent ou vont toucher le monde entier: pays riches et pays pauvres, pays émergents et pays en voie de développement. Pour l’instant ce que les pays ont essayé d’enrayer c’est la crise financière. Et là les résultats ne sont pas trop mauvais, même s’il s’agit de mesures à court terme totalement insuffisantes.

Le président Lula du Brésil a dit que les pays émergents payaient pour les financiers de Wall Street qui ont joué au casino
Ce n’est pas le moment de dire que c’est la faute à l’un ou à l’autre mais plutôt d’analyser ce qui s’est passé. Il est vrai que certains financiers se sont comportés comme des joueurs au casino, il est vrai aussi qu’il y a eu un manque d’éthique, que nous avons eu un exemple de ce que peut être le capitalisme sauvage. Il faut analyser tout celà et dégager les responsabilités de tous les acteurs. Mais il faut aussi voir le côté positif des choses. Grâce au crédit bon marché nous avons assisté ces dernières années à une croissance soutenue dans le monde entier et en particulier dans les pays émergents. Ce qu’il faut maintenant c’est reconstruire en particulier grâce aux sources de crédit et d’épargne qui se trouvent dans les pays émergents en particulier en Chine.

Quels sont les risques auxquels nous aurons à faire face?
Le risque le plus grave est de ne pas prendre la mesure exacte de la profondeur de la crise. En croyant que le pire est déjà passé certains ont tendance à vouloir recommencer comme avant sans rien changer, alors qu’il est indispensable de repenser complètement notre système institutionnel. Ce dernier date de la marine à voile. Nous sommes dans l’illusion que les Etats nations du XIXe siècle sont en mesure de résoudre une crise globale du XXIe siècle. Ce n’est absolument pas possible. Crise globale et réponses purement nationales sont incompatibles.

Est-ce la fin du capitalisme?
Ce n’est pas la fin du capitalisme, c’est la fin d’un certain capitalisme. Il faut maintenant non seulement des règles internationales mais aussi des institutions internationales capables de gérer un système global. La banque mondiale ou le FMI sont des institutions qui ont permis au monde de se reconstruire il y a soixante ans de cela. Ces institutions doivent être adaptées à la réalité des choses. A une époque ou Internet n’existait pas, où les opérations financières prenaient du temps les Etats pouvaient encore avoir l’illusion de contrôler les marchés financiers. Aujourd’hui tout se joue en temps réel aux quatre coins du monde. Il faut de nouvelles règles du jeu, de nouveaux gendarmes et de nouvelles institutions à l’échelle globale sinon nous courons à la catastrophe.

Avons-nous pêché par excès de globalisation?
En effet, on a beaucoup parlé d’excès de globalisation. C’est un non-sens: la globalisation est là, elle nous a apporté de nombreux bénéfices en particulier en terme de réduction de la pauvreté et elle va être de plus en plus présente. Ce qu’il nous faut c’est apprendre à mieux la gérer.

Et les Nations Unies dans tout cela?
La crise que nous traversons est une chance unique pour l’ONU et ses institutions. Le système des Nations Unies est le seul «système» supra national et global existant. Il est le seul à pouvoir répondre à cette crise systémique et globale. Le problème c’est que pour l’instant, même si tout le monde est en partie d’accord sur ce fait, le système des Nations Unies n’a pas de réponse toute faite à donner. La seule chose que nous ayons à rappeler, ce sont les grands messages tels que: dans la solution à court terme des problèmes, il ne faut surtout pas perdre de vue les grands défis du long terme: il faut sauver la planète, promouvoir un développement durable. Il ne faut pas tomber dans le piège de dire «qu’il faut d’abord remettre en marche l’économie et on verra le reste après». Après la crise de 1929 il y a eu le New Deal de Roosevelt, il nous faut maintenant comme l’a dit le Secrétaire général un «Green new deal».

Paolo Garonna est Secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU)

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