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                    Genève/ONU

GENÈVE, SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ DES NATIONS

William Rappard

William Rappard

1re PARTIE
Bien avant le choix de la ville dans laquelle serait érigé le futur Palais des Nations, les Alliés durent choisir celle où se tiendrait la «Conférence de la Paix».

JEAN-CLAUDE PALLAS

On avait hésité entre Paris, Bruxelles, La Haye (où s’étaient réunies les deux premières conférences de la paix en 1899 et 1907), Genève et Lausanne. Le président Wilson avait envisagé Genève, mais il se laissa convaincre par le Président du Conseil français, Georges Clémenceau (1841-1929, l’un des artisans de la victoire, ministre de la Guerre, surnommé « le Père la Victoire»), qui proposait Paris (et Versailles pour la signature du traité). Ce choix fut motivé par le climat social qui régnait en Suisse fin 1918 dont nous reparlerons ultérieurement. Le 7 novembre 1918, le président Wilson (1856-1924, président de 1912 à 1921) écrivit à son conseiller House: «On second thought it occurs to me that Versailles may be the best place for the conference where friendly influences and authorities are in control rather than Switzerland which is satured with every poisonous element and open to every influence in Europe».
Deux mois après la signature de l’armistice mettant fin à la guerre de 1914-1918 (qui fit 8 millions de morts et 20 millions de blessés), la «Conférence de la Paix» s’est donc réunie à Paris du 12 janvier au 28 juin 1919. Elle regroupait les délégués des 32 états alliés1 durant la guerre (désignés « les Alliés») et qui représentaient une population d’environ 1200000 hommes. Ces 32 états constitueront les «Membres originaires», selon l’appellation du pacte, de la Société des Nations (SDN). Par contre les 13 états neutres2, dont la Suisse, ne furent pas admis à participer.

A la séance d’ouverture Wilson propose Georges Clémenceau comme président permanent de la Conférence. Quelques semaines plus tard, le 19 février, Clémenceau sera victime d’un attentat. Neuf coups de feu seront tirés dans sa voiture par un jeune anarchiste français, Émile Cottin (1896-1936). Trois projectiles atteindront le président qui ne sera pas grièvement blessé et qui pourra reprendre assez rapidement ses fonctions, mais qui devra néanmoins conserver jusqu’à la fin de ses jours une balle de pistolet tout près du cœur.

Avant de travailler à l’élaboration des traités de paix, à la demande du président Wilson, une commission est créée pour rédiger le pacte constitutif de la SDN (le «Covenant ») qui correspond aux 26 premiers articles du Traité de Versailles. Le choix du siège de la SDN fit l’objet de l’article no 7. Le pacte sera également intégré aux autres traités de paix (Saint-Germain, Trianon et Neuilly). Cette commission de la SDN, initialement composée de 10 membres fut portée à 143 (14 sur les 32 participants à la conférence, soit moins de la moitié), se réunit à l’hôtel Crillon, siège de la délégation américaine, et fut présidée par Wilson. Le pacte est achevé dès le 13 février, mais à cette date le lieu du siège n’était pas encore désigné. Au sein de la commission de la SDN une sous-commission de 4 membres (l’Italien Orlando, le Japonais Makino, l’Américain House et le Sud-Africain Smuts) sera constituée afin de choisir le siège. Le pacte sera définitivement adopté lors de la 5e séance plénière de la Conférence, le 28 avril 1919. L’article 7 du pacte se subdivise en cinq paragraphes d’une seule phrase. Nous ne retiendrons que les deux premières:
1. Le siège (de la SDN) est établi à Genève.
2. Le conseil (de la SDN) peut à tout mo ment décider de l’établir en tout autre lieu.

La rédaction du premier paragraphe, ou tout au moins l’écriture du nom de la ville retenue, fit l’objet de très nombreuses discussions. Chaque délégation défendait les intérêts de son pays. Parmi les nombreuses villes proposées par les États participant à la Conférence on peut citer : Bruxelles, La Haye, Madrid, Paris, Strasbourg, Vienne ainsi que Genève et Lausanne.

En fait la compétition se limita à Bruxelles et Genève. Les Belges cherchaient avec opiniâtreté à imposer le choix de leur capitale en argumentant que la Belgique figurait parmi les grandes victimes de la guerre, qu’elle acceptait toutes les obligations de la Ligue (contrairement à la Suisse) et que de très nombreux congrès internationaux s’étaient réunis à Bruxelles4 durant le XIXe siècle et la première décennie du XXe. Par contre on estimait qu’en raison des liens étroits qui unissaient la Belgique à la France cette dernière aurait pu exercer une influence trop importante si la SDN était implantée à Bruxelles.

Les artisans du choix de Genève furent du côté anglo-américain le président Wilson et son fidèle conseiller et confident, Edward Mandell House (1858-1938), plus connu sous le nom de «colonel House», bien qu’il n’ait jamais été militaire. Le titre de colonel était purement honorifique et lui fut attribué pour services rendus au Gouverneur du Texas. Woodrow Wilson et les Américains éprouvaient beaucoup de sympathie pour la Suisse: même idéal démocratique, institutions semblables,Wilson pensait même que la Confédération helvétique pourrait être le modèle à suivre pour la future Europe. L’Empire britannique, qui disposait de 6 voix sur 32, du fait de la prise en compte de ses dominions et colonies, était représenté par Lord Robert Cecil (1865-1958).

Tout comme Wilson, fils d’un pasteur presbytérien, Lord Robert était également protestant et disciple du réformateur écossais John Knox (circa 1515-1572, dont on peut voir la statue sur le Mur de la Réformation, à Genève, au parc des Bastions). Il est indéniable que la cité de Calvin exerçait un attrait tout particulier pour ces adeptes de la religion réformée. Robert Cecil fut le premier à proposer l’idée d’implanter la SDN au centre de l’Europe, dans un pays dont il fit l’éloge, la Suisse (il avait déjà mentionné Genève dans un mémorandum adressé au War Cabinet en décembre 1918).

(à suivre)

1  Membres de la Conférence: États-Unis d’Amérique, Belgique, Bolivie, Brésil, Empire britannique avec ses dominions et colonies: Canada, Australie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Inde; Chine, Cuba, Équateur, France, Grèce, Guatémala, Haïti, Hedjaz (région d’Arabie qui fut en 1932 un des éléments constitutifs de l’Arabie Saoudite), Honduras, Italie, Japon, Libéria, Nicaragua, Panama, Pérou, Pologne, Portugal, Roumanie, État serbe-croate-slovène, Siam,Tchécoslovaquie et Uru guay.
2  États neutres: Argentine, Chili, Colombie, Danemark, Espagne, Norvège, Paraguay, Pays-Bas, Perse, Salvador, Suède, Suisse et Venezuela. Selon l’annexe du pacte ces États sont invités à accéder au pacte.
3  Commission de la SDN: États-Unis d’Amérique, Belgique, Brésil, Empire britannique, Chine, France, Grèce, Italie, Japon, Pologne, Portugal, Roumanie, Serbie, et Tchécoslovaquie.
4  Pour cette période Paris fut la 1re ville de congrès internationaux, suivie de Bruxelles, Londres, Vienne, Berlin.

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