ENTRETIEN
M. PIERRE MAUDET, CONSEILLER ADMINISTRATIF DE LA VILLE DE GENÈVE
Genève est le centre européen pour
les Nations Unies ainsi que pour
de nombreuses Organisations Inter
nationales. Quels sont vos contacts
et vos relations avec les dirigeants
locaux de ces organisations?
Nous entretenons des contacts réguliers, à
tous les niveaux, aussi bien avec les ONG, les
directions d’agences, les représentants des
pays, les corps diplomatiques et surtout
consulaires. Nous y consacrons beaucoup
de temps alors que, par nature, la Genève internationale ne fait pas partie de notre base
électorale. Cet investissement est cependant
indispensable car cette communauté apporte un rayonnement international à notre cité.
L’apport peut également être quantifié en
termes de richesse, les 40000 personnes dont
5000 diplomates générant des retombées
économiques qui se chiffrent en centaines de
millions. De plus, il est essentiel, pour la
bonne harmonie d’une ville qui accueille environ 45% d’étrangers, que les autorités se
préoccupent de la qualité de l’intégration de
ceux-ci. Je précise cependant que les interlocuteurs premiers pour les Organisations
Internationales sont le Canton et la Confédération par l’intermédiaire de la Mission Suisse. Selon moi, il convient de distinguer une vision étroite qui limite la Genève internationale à une qualité d’hôtellerie et la vision plus large, que je défends, qui est celle du réseaude contacts qu’elle permet. Toutes ces personnes qui sont passées par Genève, qui
sont souvent revenues, et parfois qui sont restées et même ont été naturalisées, apportent
une véritable «plus value» à notre cité.
Comment Genève intègre-t’elle la
multiculturalité de cette population?
La ville de Genève veut promouvoir ce «melting pot » au travers de sa vie sociale, culturelle et sportive, des conditions de sécurité,
d’environnement et de qualité de vie. Nous
essayons avec les évènements festifs et culturels, de penser international. Mes collègues
et moi-même, dans nos départements, nous
nous consacrons à cette démarche. Nous
gardons également à l’esprit, en perspective,
la politique mondiale des villes qui deviennent des acteurs importants, y compris dans
le système onusien. Des projets pilotes peuvent être développés à une échelle de proximité, une grande partie des fonds d’aide au
développement sont investis dans des villes
sachant que deux tiers de la population mondiale vit dans des zones urbaines. A Genève
nous sommes au cœur de ce dispositif.
Vous êtes en charge du «Département
de l’Environnement Urbain et de
la Sécurité» regroupant plusieurs
services. Pouvez-vous nous expliquer
quels services offre ce département
à la population et en quoi la Genève
internationale peut être concernée ?
Le département que je préside regroupe principalement trois domaines d’activité. Tout
d’abord, le volet sécurité avec les pompiers et
la police municipale. Cette dernière ne comporte pas un effectif très important, mais elle
assume des tâches importantes de contrôle
sur l’organisation de l’espace commun. Genève, de par sa position centrale, accueille
chaque jour près d’un demi-million de personnes qui ont des exigences différentes et il
faut faire en sorte de les faire vivre en bonne
harmonie. Les pompiers assurent pour toute
la région plus de 10000 opérations par année.
Le deuxième grand volet est relatif à la propreté qui a un impact direct sur l’image de la
ville, il s’agit de la voirie. Vous voyez tous les
jours nos quelque trois cents collaborateurs
en uniforme jaune et rouge. Nous avons
beaucoup de travail pour parvenir à des standards de qualité que nous nous somme fixés, mais nous n’y parviendrons pas sans une
prise de conscience de la population. A cet
effet, nous mettons en place des programmes
de sensibilisation pour la responsabilisation,
et le message que la nuisance provoquée
par des négligences sur l’aspect propreté se
fait au détriment de tous.
Le troisième aspect concerne l’informatique
et la communication, en particulier, l’installation du wi-fi gratuit dans la rue. Il s’agit
donc pour nous d’allier la sécurité, la propreté et la technologie.
Je voulais évoquer le concept du
«vélib» qui fonctionne notamment à
Paris, n’est-il pas adaptable à Genève?
Le défi à Genève c’est de pouvoir réaliser les
projets plutôt que d’en parler durant des années, comme pour la traversée de la rade et
le vélib. Pour ce qui concerne les illuminations de Noël, nous en avons peu parlé et
l’avons fait… La mobilité est vraiment le bon
thème pour montrer la difficulté du passage
à l’acte. A Genève en particulier et en Suisse
en général, vous avez une telle atomisation
des pouvoirs de décision que chacun se neutralise. Il existe un conflit entre le centre ville
qui subit tous les problèmes de véhicules et
la périphérie avec les erreurs d’aménagement datant des années 60 et dont nous
payons maintenant le prix fort. Nous avons
vraiment l’impression de ne pas avancer sur
les questions de mobilité. Il existe des petites
solutions comme le covoiturage qui nécessite
des décisions politiques de la part des dirigeants des entreprises comme l’ONU qui
peut être considérée comme une entreprise.
Pour le vélib à Genève, nous traînons depuis
des années et je crains que nous soyons sans
doute la dernière ville d’Europe à réussir ce
projet qui est lié à la convention d’affichage,
laquelle est bloquée devant les tribunaux.
N’oublions pas que nous sommes dans le
pays de la mécanique de précision…
Le problème de la pénurie de logement vous préoccupe-t’il?
Pour ce qui concerne le logement ce n’est pas
mon dossier spécifique. Je crois que ce problème ne sera pas réglé en quelques mois. Si
nous parvenons à cibler les bonnes catégories, nous pourrons mieux répartir les logements afin d’adapter l’offre aux besoins réels.
Le projet d’agglomération revêt tout son sens
avec nos partenaires français. Nous ne pouvons pas continuer à privilégier des zones
villa qui étouffent l’agglomération. Je suis certain que nous n’avons pas pris les bonnes décisions d’aménagement. La volonté politique
de vouloir conserver une population, passe
par des mesures d’aménagement cohérentes.
Le problème des crèches et des écoles
à Genève doit aussi vous interpeller
en tant que jeune papa?
Il y a des succès dans ce domaine, au niveau
du rapport qualité prix.. Je pense par exemple à la crèche des Morillons. Pour le même
nombre de places, une crèche peut coûter 7
millions et une autre 2 millions, sachant que
l’investissement moyen s’élève à 30000 Fr.
par place. Nous sommes passés en quelques
années de 30 millions de Fr. de subventions
annuelles à 70 millions dans ce domaine.
Celà a eu pour conséquence de créer un certain nombre de places sans cependant réduire notamment le degré d’insatisfaction de
la population. Il est vrai que 40% des demandeurs environ n’ont pas pu avoir de
place. Parmi ces derniers, nous trouvons évidemment aussi des fonctionnaires internationaux qui s’investissent à Genève et qui
s’en trouveraient mieux si une solution était
trouvée. Les autorités genevoises n’ont pas à
rougir de leur action. L’ouverture et le savoir
faire de la ville sont grands, Nous avons surtout besoin de partenariat avec les employeurs. Il faut, que du côté de l’employeur,
il y ait une volonté qui se matérialise. Le gros
employeur qui fait ses calculs comprend très
vite qu’économiquement il a intérêt à mettre
en place une crèche à proximité de son entreprise.
Pensez-vous que pour les fonctionnaires internationaux, il sera possible
de pouvoir obtenir un permis d’installation et sous quelles conditions?
L’échelon de règlement de cette question est
national. Nous sommes dans une période
marquée par un vif débat sur nos relations
avec l’étranger où l’ambiance n’est pas très
propice à l’accueil. Le désir de Genève de
vouloir les compétences et les connaissances
de ses résidents au-delà de leurs carrières est
souvent difficile à expliquer à Berne. Il existe
cependant de vastes possibilités de s’installer et je vois régulièrement des demandes de
naturalisation nouvelles.
Il ne serait pas incongru que nous ayons un débat profond sur ce que l’on entend faire de
la Genève internationale. En un an et demi de
mandat, j’ai eu la chance de rencontrer des
chefs d’agence, des représentants du corps
diplomatique, des fonctionnaires internationaux qui constituent un vivier intellectuel
inégalable. Chacun apporte une notoriété et
une «plus value» à notre cité, il convient vraiment de faire fructifier cet apport.
Une votation fédérale, relative à la
libre circulation des personnes entre la Suisse est intervenue le 8 février 20091 quels sont vos choix personnels en la matière?
Je suis favorable, dire non serait la vraie rupture, dire oui est la voix de la raison. Un
vote négatif constituerait un véritable suicide économique pour notre canton qui partage cent kilomètres de frontières nationales
communes, la libre circulation est une évidence.
1 nota l’entretien s’est déroulé avant que le résultat de cette votation ne soit connu.

