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LA TURQUIE, TERRE D’ASILE?

ENTRETIEN AVEC MICHEL GAUDÉ, REPRÉSENTANT DU HCR

Michel Gaudé, vous êtes le Représentant du HCR en Turquie depuis un an. Quel bilan tirez-vous de cette première année?
La Turquie est un pays magnifique, riche d’une histoire multimillénaire qui aura influencé l’humanité tout entière. Le Tigre et l’Euphrate prennent leur source en Turquie. C’est aussi sur cette terre d’Anatolie que l’on trouve les premières traces écrites, à l’époque des Hittites, de la notion d’asile accordé à des réfugiés.
La Turquie est aussi une puissance régionale et mondiale, très active dans les missions de maintien de la paix, nouveau membre du Conseil de sécurité. La Turquie joue également un rôle significatif de médiateur dans le Caucase ou entre Israël et la Syrie. C’est aussi un pays donateur (qui a versé trois millions de dollars au HCR en 2007 pour les réfugiés iraquiens), partenaire grandissant des pays en développement, en Afrique, dans les Balkans, dans le Caucase et en Afghanistan, à travers notamment son agence de développement international (TIKA).
La Turquie est en outre un pays européen, jeune et moderne, 17e économie à l’échelle de la planète. J’ai été frappé en arrivant ici par la diversité, le nombre et la qualité des universités turques. L’équipe du HCR en Turquie est constituée d’une majorité de cadres turcs, jeunes pour beaucoup, parfaitement formés et très motivés.
De par sa situation géographique, carrefour entre l’Orient et l’Occident, entre le Nord et le Sud, la Turquie est sur l’un des grands axes migratoires de la région. Parmi ces populations en déplacement, de nombreuses personnes fuyant l’insécurité ou la persécution nécessitent une protection internationale.

Qui sont ces réfugiés qui arrivent en Turquie?
Il y a environ 18000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés par le HCR en Turquie. Ils proviennent d’Iraq, d’Iran, d’Afghanistan, de Somalie et de nombreux autres pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient. Beaucoup plus nombreux sont ceux et celles qui transitent clandestinement par la Turquie et tentent de se rendre vers un pays de l’Union européenne.

Comment vivent les réfugiés et demandeurs d’asile en Turquie?
La réglementation actuellement en vigueur en Turquie a pour objectif de dissuader l’arrivée de nouveaux demandeurs d’asile: résidence obligatoire dans l’une des trente-deux villes d’Anatolie désignées par le Ministère de l’intérieur, signature hebdomadaire – parfois quotidienne – à la police, impossibilité dans les faits de travailler légalement, taxe de séjour à payer (environ 150 euros par adulte et par semestre), visa de sortie pour quitter éventuellement la Turquie, assistance limitée et inégale selon les villes. Ces conditions difficiles, et souvent plus coûteuses que le transit clandestin, sont atténuées néanmoins par l’action de la société civile, par la générosité des ONG locales et, tout simplement, par l’hospitalité spontanée de la population turque. L’assistance offerte par le HCR aux réfugiés et demandeurs d’asile est très limitée et devrait aller en diminuant, parce que la Turquie est un pays développé et qu’il y a d’autres priorités vitales dans d’autres régions du monde. La vocation du HCR n’est pas de financer l’aide humanitaire dans les pays de l’Union européenne ou qui sont appelés à rejoindre l’Union européenne.

Quelles solutions sont offertes aux réfugiés?
Pour l’instant, la Turquie n’accorde pas l’asile aux réfugiés non européens (qui constituent pourtant la majorité des nouveaux venus). Le HCR est donc contraint de chercher des possibilités de réinstallation dans des pays tiers. Mais les offres de réinstallation sont inférieures aux besoins et la réinstallation est beaucoup plus difficile et, dans certains cas, impossible pour certaines nationalités ou certains profils. Certains groupes de réfugiés restent donc en Turquie, sans perspective de solution et dans un cadre juridique et social incertain.

Quels sont vos principaux objectifs en Turquie pour l’année 2009?
Mon premier souhait est que le HCR, pourtant opérationnel en Turquie depuis 1960, soit formellement reconnu par les autorités à travers un accord de siège. Le rôle grandissant de la Turquie sur la scène internationale, notamment avec son élection au Conseil de sécurité, devrait contribuer à combler cette lacune. Dans le cadre du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, le plan d’action national turc pour l’adoption de l’acquis de l’UE dans les domaines de l’asile et de la migration a été préparé en 2005 et prévoit d’importantes réformes, telles que l’établissement d’une unité en charge de l’asile et de la migration ou une nouvelle législation sur
l’asile. Je souhaite que ces projets deviennent réalité le plus vite possible, permettant ainsi à la Turquie de devenir un pays d’asile appliquant les normes internationales promues par le HCR. Dans l’immédiat, j’espère que les réfugiés et demandeurs d’asile seront exonérés de la coûteuse taxe de séjour et que l’accès au marché du travail légal sera plus flexible. Enfin, je me réjouis de l’action de la société civile en faveur des réfugiés et demandeurs d’asile (ONG religieuses et laïques, universités, médias, groupements professionnels tels que le barreau, etc.) et souhaite qu’elle soit mieux organisée en 2009, éventuellement sous la forme d’un Conseil turc pour les réfugiés, comme il en existe dans la plupart des pays européens.

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