HAUT COMMISSARIAT AUX DROITS DE L ’HOMME
NICOLAS-EMILIEN ROZEAU, OHCHR
Dans ces métiers des droits de l’homme au
sein du Haut Commissariat des Droits de
l’Homme (HCDH), le droit pour gagner un
peu de terrain, en terme de considération extérieure, voire de prise en compte de la nature
universelle de la déclaration a le devoir de
s’armer de patience et d’utiliser des invectives
avec prudence. Ces employé(e)s des Nations
Unies auprès du Haut Commissariat aux Droits
de l’Homme inspirent le respect; ils ont choisi
de rentrer dans cette maison en flamme. Ils
agissent avec les moyens juridiques et légaux
mis à leur disposition par les Etats qui dirigent
leur monde, voire le monde… Ils jonglent entre budget régulier et contributions volontaires
pour mener à bien programmes et projets. Et
comme toujours ce sont les relations humaines
et une meilleure compréhension de la mission
du HCDH qui permettent d’ouvrir les portes
des réfractaires et de corriger les irrespectueux
des droits humains. Et c’est sur le long terme
que sont évalués les efforts me dit l’une de mes
interlocutrices… Mais aurons-nous le temps
d’attendre?… Attendre… Toujours attendre…
La stratégie des adversaires des droits de
l’homme est justement l’inaction, la sourde
oreille, ainsi que «l’auto-absolution» sur les cas
dérangeants… Attendre…
Aux premiers abords, l’image globale de la
structure est assez simple à saisir avec des
connaissances du système onusien et de son
mode de fonctionnement. Néanmoins, la complexité et la diversité des dossiers et des
rouages juridiques sont plus difficiles techniquement à appréhender. D’autre part, le
Conseil des Droits de l’Homme (CDH) soutenu dans son activité par le Haut Commissariat voit en son cœur la fragmentation des
droits humains. Cette divergence de vues et
d’intérêts entre les membres du Conseil se répercute sur la transparence et donc sur l’efficacité de ce mécanisme des Nations Unies. Ce
grain de sable intelligemment organisé et orchestré par les Etats eux-mêmes fait écho sur
cet organe politique au service de l’Homme.
Recommandations, rapports et résolutions
adressés aux Etats sont parfois entendus et
intégrés dans les législations nationales. Peu de
moyens de pression, et aucune forme de sanctions possible dans ce domaine. Seul le bon
vouloir des Etats, ainsi que la voix forte d’une
société civile libre de s’exprimer et celle des
médias indépendants peuvent amener ces recommandations à être prises en compte.
Et pourtant, au cœur des Nations Unies, les
équipes du Haut Commissariat en dépit parfois
d’obstacles humains, financiers, contractuels
et législatifs sont passionnées et investies dans
leurs missions respectives. Des Organes de
Traités à la gestion de l’Examen Périodique
Universel (EPU), des Procédures Spéciales à la
Réception des Requêtes, du Service du renforcement des capacités et des opérations sur le
terrain à la branche du Conseil… Leur dévotion
est complète. Nul doute de la bonne foi de leur
engagement. Ces femmes et ces hommes accomplissent chaque jour un travail précis et méticuleux. Emotionnellement déstabilisant, humainement riche, tout en sachant que demain
peut-être l’Organisation ne renouvellera pas
leurs contrats? D’être contraints d’avancer avec
des forces bureaucratiques et des stratégies
d’opinions divergentes au sein du Conseil limitent la véritable envergure de leur engagement. Au bout de quelques années d’effort et
d’énergie, ils sont songeurs ces idéalistes du
réel. Leur enthousiasme a perdu un peu de sa
superbe. Leur rêve d’amélioration du monde
s’est un peu fané. Cependant, leur idéal sous les
amas des piles de papier vibre encore. Il reste
un espoir, une lueur, toujours…
Talentueux, ils le sont, talentueux ils le restent.
Ils ne sont pas des artistes devant une toile
vierge à qui l’on demande de laisser courir
leur imagination et leur inspiration. Ils sont
des professionnels, ayant étudié des spécialités
et choisissant une voie pour exprimer leur
connaissance et apporter leur diagnostic sur
des dossiers qui leur sont assignés. Sont-ils
heureux, désespérés, épanouis et frustrés? Ont-ils abdiqué pour se fondre dans la boite de Pandore? Cherchent-ils le sens de leur élan? Ils
creusent pour trouver de la substance sous
l’encre de leur stylo. Ils recommandent, ils luttent, ils compilent, ils étudient, ils analysent, ils
écrivent, ils emmagasinent, ils archivent et ils
publient. Ils ont le mérite de s’être engagés
pour une entreprise de renom, conditionnée
par un système complexe, dur et éprouvant.
Chaque victoire au nom de la liberté du respect
et de la dignité humaine, de l’expression individuelle, collective… est arrachée au silence et à l’indifférence grâce à une collaboration et
une synergie d’une multitude d’acteurs internes
et externes. Mais ici-bas, tous sont des spécialistes qui regardent fixement leur spécialité,
mais qui se soucie encore du spécialiste à côté
du spécialiste? Celui qui compte les étoiles,
celui qui récolte les feuilles tombées hors saison et celui qui parle aux fleurs, qui?
Je me souviens de ce vieux garde forestier que
j’avais rencontré en me promenant dans une
forêt du Nord de la France. Il m’avait dit :
«Vois-tu! L’écosystème forestier se gère avec
attention et précaution sur trois cents ans.
C’est grâce à mes prédécesseurs que je perpétue l’équilibre et que j’écarte et préviens les
menaces. Je ne vois pas et ne verrai pas la portée de mon travail. Mes gestes sont routiniers
et mes observations se heurtent souvent à la
bureaucratie. Mais j’œuvre pour les générations futures. Et mon successeur sera le prolongement de ma lutte pour la survie de cette
diversité et de cette vie autour de toi. Comprends que ce qui compte, c’est d’agir! ».
La grandeur de ce vieux fonctionnaire, c’est
d’être responsable. L’humanité est une forêt où
chacun de nous est un arbre. Pendant que certains évitent les flammes dans une apathie bien
organisée par une société complaisante, d’autres, partout dans le monde, se battent avec
leurs moyens pour que la nature humaine se
développe harmonieusement. Ils se battent
pour la survie des espèces. Ils se battent pour
nous, pour le pouvoir des graines futures.
Qu’est-ce qu’un individu s’il manque de sève?
S’il n’est qu’un savoir et non un Tout?
www.ohchr.org/FR/Pages/WelcomePage.asx
www2.ohchr.org/french/bodies/hrcouncil/index.htm
www.universalhumanrightsindex.org/fr/index.html

