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SITUATION ALIMENTAIRE ALARMANTE À DJIBOUTI

Quand les unités mobiles et les centres de récupération nutritionnelle travaillent de concert pour sauver des vies à Djibouti.

ANNE N’ZAOU DAHER ADEN, WHO/EMRO TECHNICAL OFFICER, INFORMATION & COMMUNICATION – EMERGENCY AND HUMANITARIAN ACTION UNIT

Les sécheresses répétées depuis cinq ans combinées à l’augmentation continue des prix des denrées alimentaires et des pénuries successives de nourriture (Djibouti importe 100% de ses besoins en nourriture – Programme alimentaire mondial [PAM], 18 juillet 2008) ont sérieusement aggravé la situation d’insécurité alimentaire dans laquelle sont plongées les populations pauvres des zones rurales, pastorales et agro-pastorales. Bien que la pluviométrie soit modeste à Djibouti, le niveau des pluies en juin cette année est de 50 à 95% inférieur au niveau normal.

Ibrahim, sévèrement malnutri, est
admis au centre de récupération
nutritionnelle, le 27 avril 2008.

La ville de Djibouti elle-même doit faire face à de sévères pénuries d’eau, et des mesures de rationnement de l’eau ont été instaurées par le gouvernement (FEWSNET, juillet 2008). La région côtière d’Obock, les zones de pâturage qui s’étendent d’Obock à Tadjourah ainsi que quelques étendues dans le district d’Arta n’ont reçu aucune précipitation (FEWSNET, juillet 2008). Les sages des villages de Dorra, Koulou et As-eyla vous diront, que de mémoire d’homme, ils n’ont jamais vu autant de cheptel décimé ni de réserves d’eau asséchées. Le directeur du Bureau du PAM à Genève, de retour de sa récente visite à Djibouti, a déclaré que la situation alimentaire dans le pays était alarmante. «La situation est dramatique pour les populations affamées» a-t-il dit. «J’ai vu des cas de kwashiorkor, j’ai vu des cas de marasme, j’ai vu des cas d’anémie et j’ai vu, de mes propres yeux, qu’il n’y avait pas la moindre goutte d’eau – il n’y a aucune réserve d’eau». D’après les récentes estimations du PAM, Djibouti serait au bord de la famine en raison de la sécheresse et du prix élevé des denrées alimentaires. Plus de 150000 personnes sont menacées de disette imminente (Radio des Nations Unies, 18 juillet 2008).

Des interventions sanitaires complémentaires et bien coordonnées permettent de sauver des vies
Ibrahim est un bébé de neuf mois vivant dans le petit village de Koutabouya, situé à 120 km de la capitale Djibouti. Le 27 avril de cette année, lorsque l’unité mobile de santé du District de Dikhil l’a rencontré, le petit garçon était en très mauvaise santé. Il souffrait de malnutrition avancée et son état était plutôt désespéré. Réalisant l’urgence qui se présentait à elle, l’unité de santé mobile a immédiatement transféré Ibrahim à l’hôpital du District de Dikhil où un centre de récupération nutritionnelle prend en charge les enfants atteints de malnutrition sévère. Ibrahim a reçu des soins de grande qualité. Pendant plusieurs semaines, son état nutritionnel a été suivi de près en permanence. Le petit garçon a reçu le traitement médical adéquat ainsi qu’une alimentation thérapeutique qui lui ont permis de récupérer son poids de référence. Aujourd’hui, Ibrahim est vivant, en bonne santé et de retour parmi les siens.

Ibrahim, treize jours après son admission
au centre de récupération nutritionnelle.

Grâce à la présence de divers acteurs qui ont su mettre en commun leurs efforts pour alléger la souffrance des populations les plus vulnérables, il est permis de croire que cette histoire à succès se répétera et que des situations désespérées continueront de trouver une fin heureuse.Les unités mobiles, qui ont été mises en place en 2006 par le ministère de la Santé avec l’appui financier du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF), accomplissent un travail remarquable en essayant d’atteindre les régions les plus reculées du pays et de rendre accessibles aux populations les plus démunies les services de santé de base. Ces unités sanitaires itinérantes, fortement appuyées par leur communauté respective et avec l’implication effective des comités de santé des Conseils régionaux, sont une composante essentielle de la stratégie mise en place dans les cinq districts du pays pour atteindre les populations difficilement accessibles. En ces temps de forte insécurité alimentaire, il est important de réaliser qu’Ibrahim a pu être sauvé parce que le travail des unités mobiles a été formidablement complété par les soins apportés par le centre de récupération nutritionnelle – centre opérationnel dont la mise en place a été assurée par les fonds du CERF et ce, dans les cinq hôpitaux de district de Djibouti.

Ibrahim, cinquante jours après son
admission au centre de récupération
nutritionnelle. Ibrahim est maintenant
un bébé souriant et en pleine santé.

Comment maintenir et promouvoir des interventions efficaces?
Le ministère djiboutien de la Santé a récemment déposé une demande de fonds dans le cadre du système d’appels de fonds commun (CAP) pour la Corne de l’Afrique. Si celle-ci est approuvée, les fonds serviront à mettre en place une action immédiate et appropriée qui permettra de limiter l’accroissement de la malnutrition tout en améliorant la gestion de sa prise en charge. Le projet vise aussi à améliorer l’état de santé des individus malnutris.
À cet égard, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) devrait apporter son soutien technique au ministère de la Santé ainsi qu’aux autres partenaires de santé afin de:

  • renforcer les unités mobiles et veiller à ce qu’elles puissent fournir des services nutritionnels de première nécessité;
  • améliorer la prise en charge des soins d’urgence dans les hôpitaux des districts;
  • améliorer la prise en charge de la malnutrition sévère et aiguë ;
  • limiter la mortalité et la morbidité parmi les populations pastorales et semi-pastorales;
  • atténuer les effets des maladies transmissibles et maladies à potentiel épidémique sur l’état nutritionnel des personnes affectées.

Cette histoire, dont la fin fut heureuse, démontre que dans les situations de crise, lorsque toutes les parties prenantes agissent de manière concertée pour mettre en place une assistance coordonnée aux populations dans le besoin, les miracles sont possibles.

Visitez notre site web: www.emro.who.int/eha/

 
 

ALARMING LEVEL OF FOOD INSECURITY IN DJIBOUTI

How mobile teams and nutrition centres combine efforts to save lives in Djibouti

Recurrent droughts over the last five years, soaring food prices and food shortages (Djibouti imports 100% of its food requirements (World Food Programme (WFP)), 18 July 2008) have aggravated the food security for the rural and urban poor and pastoral and agropastoral populations.

Although rainfall is low in Djibouti, the level of rain was still 50% – 95% below normal in June of this year. The capital city, Djibouti, is facing serious water shortages and water rationing has been initiated by the Government (Fewsnet, July 2008). The coastal belt area of Obock and the grazing area between Tadjourah and Obock, and pockets in the Arta district received no precipitation at all in June (Fewsnet, July 2008). Elders of the villages of Dorra, Koulou and Assayella said that as far back as they could remember, they had never witnessed so much decimated livestock or dried-out water points.

The head of the WFP office in Geneva, Dally Belgasmi, who has just returned from a mission in Djibouti said that the food situation was alarming and that the situation was devastating for the hungry people. He said that he had seen kwashiorkor, marasmus and anaemia, and that there was no water available at all. According to recent WFP estimates, the combination of drought and high food prices is pushing the country’s population to the brink of famine. Over 150000 people are faced with imminent starvation (UN Radio, 18 July 08).

Well-coordinated and complementary health interventions save lives
Ibrahim is a nine-month-old baby boy living in a small village called Koutabouya, located 120 kms from the capital city, Djibouti. On 27 April this year, he was in a very bad condition when the mobile health unit of the district of Dikhil met him. The boy was suffering from acute malnutrition. The outreach mobile team immediately referred him to the district hospital in Dikhil where a nutritional centre was offering care to severely malnourished children.

Ibrahim received very good care. For several weeks, his nutritional and health status was constantly supervised and monitored. Ibrahim was provided with the medication he needed and therapeutic feeding until he was returned to his target weight. Today, Ibrahim is alive, healthy and back home where he belongs. Thanks to a combination of actors who have combined efforts to alleviate the suffering of the most vulnerable groups among the population, we have high hopes that this success story can be repeated and that other desperate situations can be reversed.

Mobile health teams, set up in 2006 by the Ministry of Health with the financial support of CERF (Central Emergency Response Fund), have been doing amazing work accessing the remotest parts of the country and bringing basic health services to the most vulnerable in the population. These itinerant units, strongly supported by their respective communities and with the effective implication of the health committees of regional councils, represent an essential component of the outreach strategy that was set up in the five districts of Djibouti. During these times of severe food insecurity, such life-saving responses have been made possible because they have been complemented by well-functioning feeding centres established in the five district hospitals with CERF funds.

Medical Hospital Center of Dikhil

How to sustain and foster successful interventions
The Ministry of Health of Djibouti has been working on the consolidated appeal process (CAP), which is a tool used by aid organizations to plan, implement and monitor their activities together, and so consequently, is much more than an appeal for money. If funds are approved from the CAP, they would help implement an immediate shortterm project aimed at preventing a further increase in acute malnutrition and reducing the caseload and improving outcomes for malnourished individuals.

The World Health Organization (WHO) is seeking to bring its technical support to the Ministry of Health and other health partners in order to:

  • strengthen mobile teams and ensure the availability of nutritional care for the mobile teams;
  • reinforce emergency care services in district hospitals;
  • improve the management of severe malnutrition;
  • mitigate the concomitant impact of communicable and epidemic-prone diseases on the nutritional status and on overall mortality and morbidity among pastoral and semi-pastoral populations.

This success story demonstrates that during crisis situations when all stakeholders come together using coordinated relief mechanisms, miracles can happen.

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