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UNE LIBRAIRIE PENSÉE POUR VOUS

Livres, jeux, souvenirs, dans un nouvel «écrin» au
Palais des Nations Interview de Martin van Diermen,
responsable de la Librairie des Nations Unies à Genève

EMMANUELLE GANTET, ONU-GENÈVE

La Librairie de l’Office des Nations Unies à Genève, communément appelée le Bookshop, est la plus grande surface d’exposition existante consacrée aux ouvrages publiés par les Nations Unies et ses institutions spécialisées. Elle se situe dans le bâtiment des conférences du Palais des Nations, entre l’agence de voyage et le point de départ des visites guidées porte 39. Aujourd’hui, entièrement rénové, le Bookshop porte 40 valorise son architecture d’origine en rondeur et invite à la découverte des publications exposées ainsi que des jeux et des souvenirs, pour beaucoup à l’emblème des Nations Unies. Coup de projecteur avec Martin Van Diermen, responsable des Bookshops des Nations Unies.

Monsieur Van Diermen, depuis quand êtes-vous responsable des Bookshops des Nations Unies et quelles sont vos prérogatives?
Jusqu’en 2000, le Bookshop porte 40 était entièrement
géré par le bureau des ventes et du marketing des publications des Nations Unies. Depuis, sa gestion a été externalisée. Le Bookshop à Pregny a ouvert en 2006. L’accord qui me lie aux Nations Unies me donne la responsabilité administrative et financière des activités des deux Bookshops porte 40 et Pregny incluant le recrutement et la gestion des personnes de mon équipe. Les Nations Unies gardent un droit de regard sur la gestion des Bookshops. Aussi, pour un bon suivi des transactions, dès mon arrivée, j’ai mis en place une caisse électronique permettant un suivi statistique des ventes. Cette caisse électronique est reliée aux Bookshops et à la base de données des produits proposés par le bureau des ventes et du marketing des publications des Nations Unies.

La coopération avec le bureau des ventes et du marketing des publications des Nations Unies se passe-t-elle bien?
Très bien. D’ailleurs Hannelore Chatard-Hein, du bureau des ventes, travaille aux activités des Bookshops. Très impliquée et très curieuse des nouveautés littéraires, des objets qui peuvent être proposés comme cadeaux et souvenirs, elle est essentielle à la stratégie de développement de nos Bookshops. Elle passe également les commandes des livres et produits souvenirs et les répertorie dans la base de données du bureau des ventes reliée à la caisse électronique des magasins.

Les Nations Unies publient environ quatre cents nouveaux titres chaque année. De quoi traitent-ils?
Ils sont le reflet des grandes activités de l’ONU, telles que les Droits de l’homme (Recueil d’instruments internationaux, disponible dans les six langues officielles), le désarmement (Annuaire et étude des tendances), le développement (Rapport annuel sur le développement humain), le droit international (les Annuaires de la Commission de droit international et de la Commission du droit commercial international), l’environnement, les transports (Accord européen sur le transport des marchandises dangereuses) et surtout l’économie (Rapport sur le commerce et le développement, Rapport sur les investissements dans le monde, Annuaire statistique, Annuaire démographique) et dans des domaines plus spécifiques tels que le bois (Revue annuelle du marché des produits forestiers).

Martin van Diermen

Martin van Diermen

Les publications des Nations Unies sont-elles votre fonds de commerce?
Le UN Bookshop doit rester une vitrine des publications des Nations Unies. Cependant, pour augmenter les ventes de publications, il faudrait unmeilleur suivi de nos clients. Mais notre clientèle touristique est très demandeuse de produits souvenirs et cadeaux. Ceux-ci génèrent aujourd’hui 75% de notre chiffre d’affaires. Je tiens à souligner cependant que depuis que les publications des Nations Unies sont disponibles en ligne sur les sites web des départements auteurs, les ventes de livres ont fortement baissées.

Qui sont vos principaux clients parmi les trente mille délégués et près de cent mille visiteurs par an auxquels le Palais des Nations ouvre ses portes chaque année ou les quarante mille personnes de la communauté internationale de Genève, ONU, agences spécialisées, organisations non-gouvernementales et missions permanentes confondues?
Les centmille visiteurs par an, auxquels le Palais des Nations ouvre ses portes chaque année, sont pour nous une clientèle très importante: ils terminent leur visite guidée par le Bookshop porte 40. Les trente mille délégués par contre sont au Palais des Nations d’abord pour une conférence ou une réunion. Ils n’ont souvent pas le temps et ne connaissent pas non plus toujours l’existence du Bookshop porte 40. La communauté internationale de Genève a beaucoup d’autres tentations dans les commerces de Genève.Quant aux fonctionnaires du Palais des Nations, c’est une clientèle à privilégier. Il faudrait qu’ils fréquentent les Bookshops du Palais des Nations comme un lieu de détente, (presque) incontournable pour l’achat, d’un livre, d’un jeu, d’un cadeau avec ou non l’emblème des Nations Unies.

Votre chiffre d’affaires couvre-t-il vos frais de fonctionnement?
Le chiffre d’affaires des Bookshops est d’environ unmillion de francs suisses. Ce sont lesNations Unies qui enregistrent les revenus des ventes. En contre-partie pourmes frais de fonctionnement, je perçois des honoraires de gestion.

Que faites-vous pour vous ouvrir aux fonctionnaires du Palais des Nations et des autres organisations?
Nous devons travailler notre notoriété spontanée, capitaliser sur la satisfaction de nos clients, alimenter ainsi «le bouche à oreille». Dans ce but, nous élargissons notre gamme de produits. Notre politique d’achats des objets cadeaux et souvenirs s’est profondément transformée vers plus de diversité et un renouvellement plus fréquent. Notre offre s’ouvre à des titres plus grand public et pas nécessairement des publications du système des Nations Unies qui s’adressent pour beaucoup d’entre elles, à des publics restreints d’experts et de spécialistes. Avec Hannelore Chatard-Heinz, nous sommes par exemple à la recherche de titres grand public de vulgarisation de thèmes traités par les Nations Unies ainsi que de titres d’éditeurs privés sur des thèmes d’actualité. Il faut rester curieux.

Depuis ce mois de mai le Bookshop porte 40 a réouvert ses portes sur un espace entièrement rénové, avec un nouveau mobilier et un agencement aéré. Qui a entrepris ce projet?
Son agencement d’origine avait été alourdi par des aménagements «sauvages» et l’oeuvre du temps avait assombri les sols et les murs. Aussi pour une bonne visibilité des produits et redonner au lieu sa convivialité, il fallait rendre à cette librairie sa fraîcheur et sa rondeur originelles. Le mobilier a été choisi en consultation avec Monsieur Chibli, chef des bâtiments de l’ONU Genève. Ses équipes ont rénové peintures, éclairage, parquet d’origine en lames de chêne et colonne centrale en travertin. Grâce à l’appui technique et logistique très professionnel de sa collaboratrice Catherine Mabilon, les délais de réouverture du Bookshop ont pu être tenus.

Une partie de l’équipe des UN Bookshops.

Je trouve en effet que cet espace maintenant aéré, agencé avec du mobilier aux couleurs chaudes, il gagne en sérénité. La vue d’ensemble des produits constitue une invitation à la découverte des livres, souvenirs et cadeaux...
Merci. Il faut savoir que le nouvel agencement de ces 200m2, du fait des vitrines intégrées au mobilier et des gondoles, nous permet, tout en gardant lamême surface pour les publications, de doubler la surface des souvenirs, tout en bénéficiant d’une meilleure circulation.

Pouvez-vous me présenter votre équipe?
Mon équipe se compose de huit personnes, de nationalités diverses, ce qui permet d’offrir à notre clientèle venue des quatre coins du monde un large éventail de langues. Elles ont presque toutes une formation de libraire ou littéraire. Etant donné que les Bookshops sont ouverts tous les jours, même le weekend, j’ai différents types de contrats entre les permanents, les temporaires, les journaliers, ceux qui peuvent prendre la relève à pied levé... car un magasin ne peut pas fermer pour raison d’absence de personnel.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous spécialiser sur les publications des Nations Unies?
Je n’ai pas toujours travaillé dans les publications. J’ai toujours été par contre intéressé par les défis. Aussi ai-je eu une société de logiciels informatiques appliqués auxmachines-outils, puis d’informatique appliquée à la distribution. J’ai été pendant vingt ans distributeur officiel sur le marché suisse des publications des Nations Unies et ses agences et autres organisations internationales. Aujourd’hui, je m’implique à 100% pour les Bookshops du Palais des Nations car ils représentent un défi très intéressant dans le choix des produits, unemeilleure communication locale ou encore la vente en ligne avec paiement par crédit.

Que pensez-vous de l’impact de l’Internet sur le livre?
La production et la diffusion sont aujourd’hui extraordinairement rapides. On peut écrire à un endroit et imprimer immédiatement à l’autre bout du monde. L’Internet a modifié le paysage et rend le livre et son contenu plus accessibles, plus particulièrement l’information technique. Aussi, beaucoup de publications des Nations Unies sont disponibles en ligne. Mais l’ouvrage de référence, le rapport annuel ou les réglementations liées au transport par exemple, restent des sources d’information que le lecteur aime avoir sur un support papier qu’il peut consulter à souhait. Les bibliothèques fort heureusement gardent elles aussi ce goût pour le papier et ne versent pas systématiquement dans le tout électronique. Le livre avec les évolutions technologiques a par ailleurs gagné en beauté avec des mises en page plus attractives et plus d’images.

Cette tendance vers des «beaux livres» touche-t-elle les publications des Nations Unies?
En partie. Les publications spécialisées portent aujourd’hui de l’attention pour de belles couvertures et mises en page, de textes techniques parfois austères. Concernant les publications grand public de vulgarisation sur les Nations Unies, un réel effort est fait pour les rendre attractives.

Si je vais chez de grands libraires comme la Fnac ou Payot, je ne vois pas de rayon Nations Unies alors que vous parlez de quatre cents titres par an?
C’est pourquoi les Bookshops existent. La grandemajorité des publications des Nations Unies sont spécialisées. Qui dit publications spécialisées dit réseau de distribution spécialisé. La Fnac ou Payot sont positionnés grand public et étant donné le prix du m2 en ville, les livres présentés doivent avoir une perspective de bonne rentabilité pour êtremis en rayon. Certains livres de vulgarisation des Nations Unies pourraient être proposés mais le réseau de distribution n’est pas organisé
dans ce sens. Le bureau des ventes doit travailler des coéditions avec des éditeurs présents sur lemarché du grand public pour bénéficier de leurs réseaux de distribution.

Vos objectifs à court terme?
Lancer le site Web du Bookshop de Genève avec un paiement en ligne et une qualification des contacts qu’il générera. Développer la clientèle des délégués par exemple en essayant d’insérer une information sur le Bookshop dans la documentation qu’ils reçoivent à leur arrivée. Et bien sûr, que plus de fonctionnaires des Nations Unies viennent aux Bookshops, d’autant plus qu’une réduction leur est réservée.

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The English version of this article will be published in the UN Special of September.

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