«OLAF, UNE ENTITÉ INDÉPENDANTE ?»
L’Office de lutte antifraude est l’institution chargée de la protection des
intérêts financiers européens. Afin de mener sa mission à bien, il effectue
un travail de renseignement, d’enquête et de suivi administratif,
disciplinaire et judiciaire ; cela implique une activité de recherche et
d’investigation ardue au sein des institutions européennes, et en premier
lieu, la Commission européenne, gardienne des traités et exécutrice du
budget, qui se doit donc de donner l’exemple en matière de bonne gestion
des affaires afin de maintenir la légitimité démocratique de l’Europe.
ALI M. ZARROUK
C’est à cet effet que l’Office a progressivement réorienté ses activités prioritaires vers
les secteurs du budget gérés directement par
la commission européenne. Ce travail amène
les enquêteurs à effectuer des contrôles sur
place fréquents, ce qui exige une large marge
de manœuvre et donc une indépendance
opérationnelle.
Au cinquième considérant de la décision
1999/352/CE, CECA, Euratom du 28 avril
1999, instituant l’Office européen de lutte
antifraude, on peut lire ce qui suit : «L’indépendance du Directeur de l’Office et le rôle
du comité de surveillance tels qu’ils découlent
de la présente décision et des règlements
(CE) et (Euratom) relatifs aux enquêtes effectuées par l’Office européen de lutte antifraude, visent à garantir la bonne exécution
de la fonction d’enquête de l’Office»
Le considérant susmentionné est renforcé
par le troisième article de la même décision
qui confirme l’indépendance de l’Office dans
l’exercice de ses fonctions, ainsi, le Directeur
«ne sollicite ni n’accepte d’instructions de la
Commission, d’aucun gouvernement ni d’aucune autre institution, organe ou organisme»
En exerçant un contrôle régulier sur l’exécution de la fonction d’enquête de l’Office, le
Comité de surveillance veille à la sérénité et
au renforcement de son indépendance, le
Directeur l’a, à juste titre, rappelé à plusieurs
reprises à l’occasion des rapports opérationnels annuels, le Comité a un rôle de «critique amicale» vis-à-vis de l’OLAF ajoute Madame Rosalind Wright, ancienne Directrice
du «Serious Fraud Office» au Royaume Uni et
Présidente du Comité, ceci étant, la Cour des
comptes ne manque pas de rappeler que
« les relations entre l’Office et son Comité de
surveillance sont difficiles» et que « les aspects de la réglementation qui concernent la
gouvernance de l’Office doivent être sérieusement réexaminés»1.
Afin de préserver sa crédibilité en tant qu’organe opérationnel indépendant, l’OLAF rappelle, dans ses différents rapports annuels, sa
politique de « tolérance zéro» en procédant à
des évaluations et, le cas échéant, à des enquêtes sur toutes les allégations de corruption
au sein des institutions européennes offrant
ainsi une «plate forme de services» efficiente
aux contribuables européens.
A titre d’exemple, à la fin de l’année prenant
fin en juin 2004, quarante-huit enquêtes internes ( outre celles liées à l’affaire Eurostat)
étaient ouvertes, contre septante-cinq à la
fin de l’année précédente, cette baisse pouvant s’expliquer par l’application de critères
plus mesurés pour l’évaluation des informations entrantes.
Corruption, conflits d’intérêts, fausses déclarations, indemnités excessives, mauvaise gestion de contrats, favoritisme et allocations injustifiées font partie des cas d’enquêtes
internes que mène l’OLAF, ainsi, le rapport
d’activité relatif à la période du premier juillet
2004 au 31 décembre 2005 relate une situation
où « la Direction générale des relations extérieures de la Commission européenne a informé l’OLAF d’irrégularités financières au
sein de l’une des délégations de la Commission. Un contrôle par sondage de la comptabilité de la délégation laissant supposer qu’un
membre du personnel avait pu détourner des
montants considérables sur les comptes
d’avances temporaires de la délégation.
L’enquête de l’OLAF, réalisée pour une large
part dans les locaux de la délégation, comportait une analyse approfondie des mouvements financiers et de nombreux entretiens.
Cette enquête a révélé qu’un agent local, employé dans le service comptabilité de la délégation, avait systématiquement falsifié les signatures de collaborateurs dûment autorisés
de la délégation sur plusieurs chèques, ordres
de paiement et autres documents comptables.
Cet agent local a détourné ainsi quelque
300000 EUR qu’il a transféré sur son propre
compte bancaire, par le biais des lignes budgétaires qu’il administrait »
L’indépendance de l’Office européen de lutte
antifraude est inscrite dans les textes, exercée
par le Directeur général, défendue par le Comité de surveillance et encouragée par la
Commission et ce, en dépit du statut de l’Office en tant qu’organe au sein de celle-ci.
L’expérience a démontré que toutes les garanties légales possibles et toutes les hautes
intentions ne sont infaillibles, reste la rambarde importante de la persévérance des
femmes et hommes de bonne volonté.
1 Rapport spécial de la cour des comptes numéro 1/2005 relatif à la gestion de l’office européen de lutte antifraude accompagné des réponses de la commission, présenté en vertu de l’article 248, paragraphe 4, deuxième alinéa, du traité CE.

