LA GUERRE DU DARFOUR
NON, LA FAMINE N'EST PAS UNE ARME LÉGALE
Il y a quelques mois on a évoqué le triste 50e anniversaire de la guerre civile du Biafra. Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, on parle, ou plutôt on reparle d’une tragédie similaire qui se déroule – une fois de plus – en Afrique, au Darfour.
DR. NICOLE GRASSET1
Et je me dis qu’il serait peut-être opportun que les mots que j’ai écrits, publiés dans un journal parisien il y a cinquante ans, soient lus par des lecteurs d’aujourd’hui ; ces mots démontrent que malgré les innombrables inventions réalisées depuis (scientifiques, médicales ou économiques, qui améliorent notre quotidien, notre santé et nos loisirs) nous n’avons guère fait de progrès pour combattre le génocide, la maladie et la famine en Afrique.
Par opposition à ce constat pessimiste, je pense que les mots «espoir » et «volonté» doivent être mis en exergue avec des réalités optimistes ; car c’est la bataille sanglante à Solferino qui a inspiré Henri Dunant pour créer la Croix-Rouge, et ce sont des cendres du Biafra que Bernard Kouchner a ouvert la voie pour combattre la misère liée souvent aux politiques néfastes qui corroborent l’idée que : la raison du plus fort est toujours la meilleure.
Heureusement que la France a depuis peu un Ministre des Affaires Etrangères qui, cinquante ans après avoir crée Médecins Sans Frontières, n’est devenu ni lâche ni indifférent. Bien qu’étant connu et respecté à travers le monde pour ses actions humanitaires, il n’avait jusqu’à présent qu’un pouvoir politique limité; mais maintenant, représentant le Gouvernement Français par sa fonction, il a le pouvoir de faire pression sur certaines grandes puissances, qui pour des enjeux géostratégiques et économiques – liés surtout au pétrole – ont fait la sourde oreille face au génocide, la famine et les grands mouvements de populations dans la région du Darfour.
C’est en réveillant la conscience internationale, en demandant que le Conseil de Sécurité de l’ONU soit rapidement convoqué, que la France a joué un grand rôle pour obtenir des résolutions qui peuvent mettre fin à cette tragédie.
La retombée la plus importante de ces résolutions sera la protection de corridors ouverts aux ONG, sécurité assurée par les casques bleus français, mais aussi par des soldats envoyés par d’autres pays de l’ONU.
Je suis certaine que les médecins du monde entier se joignent à moi pour s’élever contre ceux qui utilisent la famine et la maladie comme arme. Que le peuple de la France – de l’Europe – les politiciens et la presse n’oublient pas le Darfour mais continuent à condamner cette guerre qui bafoue les Droits de l’Homme.
1 Pendant de nombreuses années, le médecin Nicole Grasset a été un des acteurs principaux du programme de l’OMS pour l’éradication mondiale de la variole. Originaire de l’Afrique du Sud, elle a consacré sa vie à améliorer la santé des populations démunies partout dans le monde.

