QUE SIGNIFIE ÊTRE VICTIME ?
GABRIEL PICHON ET ROMAIN BARON
Ne vouloir vivre qu’au présent, faire fuir se passé du 19 août 2003. Espérer le futur, vivre le temps, vivre autrement. Dans notre tête une partie de nous s’est échappée. Notre pensée ne cesse de nous faire mal depuis ce jour du 19 août 2003. Nous marchons pour l’avenir, parce qu’il le faut, pour nos proches, pour ceux que l’on aime, pour les autres, mais surement pas pour nous. Nous avançons pour l’avenir car nous n’avons pas le choix.
Pourquoi avoir vécu cet enfer ?
Les images nous hantent, parfois il y a des
jours sans soleil et parfois il y a des nuits sans
étoile. Même ces jours où il y a du soleil
dans notre tête il fait noir. Notre for intérieur,
autrefois gorgé de vie n’est plus que déchiré, lassé et meurtri à jamais depuis cet attentat
du 19 août 2003.
Que signifie l’après victime ?
Plus de quatre années se sont écoulées et à
chaque seconde, minute, heure, jour, année,
les Nations Unies se sont-elles souciées un
seul instant de savoir si les victimes allaient
bien moralement, psychologiquement, professionnellement.
Pourquoi ?
Ceux qui ont risqué leur vie au détriment de
leur famille, pour aider à protéger les populations
civiles sont délaissés, sans soutien.
Nous sommes rangés, archivés comme les
vieux classeurs. Parler de nous, nous victimes
c’est devenu tabou. Aucune envie ni intention
de « tourner la page » comme on a pu
nous le suggérer ne peut être tolérée. Le terrorisme
fabrique des séquelles ineffaçables.
Le terrorisme aveugle n’a pas de frontière, la
solidarité pour lutter contre le terrorisme doit
être universelle et sans frontière.
Vous pouvez nous aider, ayez une écoute privilégiée pour comprendre les difficultés d’une victime, de votre collègue qui travaille à proximité c’est cela la grande famille des Nations Unies. Ce n’est pas qu’aider dans le domaine international mais c’est également aider les gens qui sont proches de vous. Mettez vous à la place de Mattias-Selim qui a perdu son papa, il avait quelques jours...

