L’HOMME DES CAVERNES SURFE SUR INTERNET
On le trouvait partout, chez le dentiste, chez le coiffeur,
dans la salle
d’attente des médecins et parfois même à l’école.
Chez les gens bien il traînait bien en vu sur la table basse
du salon.
Pourtant, après 60 ans d’existence, il a cessé d’exister.
JEAN MICHEL JAKOBOWICZ
Le Courrier de l’UNESCO paraissait en six langues il a rejoint le paradis encombré des disparus de la presse écrite. Certes il existe toujours sous forme électronique mais... ce n’est pas pareil.
Vous me direz que je suis vieux jeu, que je n’ai rien compris à la révolution technologique. Et vous aurez sans doute en partie raison. Le papier reste un matériau noble qu’il fait bon tenir dans ses mains et puis pour l’instant que ce soit dans l’anti-chambre des médecins, des dentistes ou des coiffeurs il n’y a pas encore d’ordinateur pour passer le temps.
En fait, nous sommes en train d’assister à un passage. Je suppose que le jour où l’homme des cavernes, qui peignait ou gravait ses aventures sur ses murs humides a vu quelques jeunes hurluberlus utiliser des papyrus pour décrire la dernière chasse aux gazelles il a dû avoir à peu près la même réaction que beaucoup d’entre nous ont eu face à l’apparition des magazines sur Internet.
Internet est en passe de le réussir :
tuer le papier
Les magazines et les journaux papiers disparaissent
lentement. Comme dans le cas du
Courrier de l’UNESCO il s’agit bien souvent
de coût de production. De plus, ce que la télé
n’est pas parvenue à faire, Internet est en
passe de le réussir : tuer le papier. Les lecteurs
infidèles préfèrent l’information sur Internet
parce qu’elle est gratuite, elle est instantanée
et à la carte. Vous voulez savoir le temps
qu’il fait à Naxos là où vous partez en vacances
! Rien de plus simple vous tapez météo
et Naxos sur Google et vous avez la réponse.
Vous êtes intéressé par les résultats de
formule 1 de dimanche dernier : pas de problème
c’est sur Internet. Même les derniers
ragots concernant les frasques de Paris Hilton
sont sur le Web. Les articles sont courts et
simples et si le besoin s’en fait sentir vous
pouvez toujours utiliser les liens qui vous conduiront vers des sites plus élaborés. Alors
pourquoi se casser la tête à lire des journaux
ou des magazines qui vont vous prendre du
temps, ponctionner votre budget sans vous
donner l’information que vous recherchez.
Seule entorse à cette nouvelle tendance, les journaux gratuits que dévorent petits et grands. Tout d’abord parce qu’ils sont gratuits. Leurs articles sont courts, ils sont donc vite lus. On les trouve dans les lieux où en général le lecteur n’a rien de mieux à faire que lire, comme les transports en commun. Personne ne passe plus des heures à lire un journal le matin en trempant un croissant dans un bol de café au lait. Longtemps considérés comme des sources d’informations de second choix les journaux et magazines gratuits sont certainement le futur de la presse papier.
Mais me direz-vous, Internet ne se lit pas comme un journal papier. Effectivement, la lecture sur Internet se fait « en travers » et ce sont les titres et les sous-titres qui retiennent notre attention. Par contre, lorsque l’oeil rencontre un sujet digne d’intérêt, la lecture est beaucoup plus attentive sur Internet que sur le papier. Les photos ne sont que peu regardées, seul le contenu importe.
L’avantage supplémentaire de l’information sur Internet c’est que si une histoire vous semble ridicule, vous révolte ou vous intéresse vous pouvez le dire en tapant quatre lignes qui seront peut-être lues et autour desquelles s’engagera une discussion. Certes dans bien des cas, cela ne sert pas à grand chose mais parfois ça soulage.
Votre journal électronique dans le bus
et l’UN spécial dans votre lit
Une autre tendance, le lecteur recherche de
plus en plus les informations locales. Aussi
bien l’information instantanée comme le fait
qu’il y a un bouchon de deux kilomètres à la
douane de Moillesulaz. Ou bien encore l’information
à moyen terme comme le fait que
des travaux vont être entrepris sur la route de
Malagnou, qu’il y a eu un nouveau cambriolage
route de Florissant, ou qu’il y aura un repas
offert par une association à l’école de
Conches samedi prochain. C’est en cela
qu’un journal comme l’UN spécial a encore
de très beaux moments à vivre sous forme de
papier ou sur le Net.
Là ou le bats blesse c’est que pour l’instant l’ordinateur n’est disponible qu’au bureau ou à la maison et qu’au lit c’est un compagnon quelque peu encombrant. Mais là aussi les choses changent. Dans quelques mois, au pire dans un an ou deux, des écrans sous forme d’une feuille plastifiée pliable seront disponibles. Dès qu’ils seront en vente à des prix abordables, vous pourrez lire votre journal électronique dans le bus et L’UN spécial dans votre lit sous forme d’une feuille légère et facile à manier qui se mettra à jour en temps réel.

