PANDÉMIE: L’ONU EST-ELLE PRÊTE?
Interview de William Paton, directeur de l’unité pour
la préparation pour l’éventualité d’une pandémie de grippe
(PIC «Pandemic Influenza Contingency»)
JEAN MICHEL JAKOBOWICZ
En quoi consiste le travail du PIC?
Notre travail consiste à veiller à ce que les
Equipes pays de l’ONU sur le terrain en particulier,
soient prêtes à faire face aux effets
multisectoriels de la prochaine pandémie, et
capable d’aider ses gouvernements hôtes à
préparer leurs pays.
N’est-ce pas la tâche de l’OMS
et non celle d’OCHA?
L’OMS joue un rôle clef, bien sûr. L’OMS se
préoccupe essentiellement de l’aspect sanitaire
et la santé publique, c’est-à-dire d’aider des gouvernements
et d’autres à essayer de limiter l’étendue
de la maladie, de la soigner, d’organiser les
secours sanitaires, etc. Mais, on peut s’attendre
à ce qu’une pandémie engendre des problèmes
qui vont bien au-delà de la santé humaine.
De quels autres effets s’agit-il?
En cas de pandémie, pratiquement tous les
secteurs économiques et sociaux seront touchés.
Si une pandémie de grippe devait se développer,
l’un des premiers effets sera qu’un
nombre important de personnes attrapera la
grippe (ou bien devra s’occuper de membres
de famille atteints) et donc ne pourra pas aller
travailler. D’autres ne viendront pas au travail
par peur d’infection jusqu’à 35% de la maind’oeuvre
au total selon l’OMS. Certains secteurs
de base, comme les transports publics ou
le commerce, seront touchés. Si les chaînes
d’approvisionnement sont perturbées, le ravitaillement
des grandes villes sera vite mis en
danger. Les services bancaires seront eux aussi
compromis. Imaginez un instant qu’il n’y ait
plus suffisamment de personnel pour ravitailler
les distributeurs automatiques de billets!
Un autre effet sera le fait que pour limiter
l’évolution de la pandémie, il faudra à tout
prix éviter les rassemblements de personnes.
Il ne sera donc plus question que les gens assistent
à des réunions, y compris dans les centres
religieux, etc. Même une simple visite au
supermarché pourrait présenter des difficultés. Tout ceci vous donne une toute petite idée des
problèmes auxquels nous aurons à faire face.
Et quel est votre rôle dans tout cela?
L’ONU va-t-elle se mettre à remplacer
les banquiers ou les grands magasins
de distribution?
Pas du tout! Notre rôle est double: tout
d’abord veiller à ce que l’ONU en tant que
telle continue de fonctionner en cas de pandémie
dans tous les pays ou nous sommes
présents avec des programmes d’intervention.
Ce qui veut dire que nous veillons à ce
que chaque équipe pays de l’ONU sur place
ait un plan d’urgence. En cas de pandémie il
faut à la fois pouvoir protéger le personnel
mais aussi veiller à ce qu’il puisse continuer
à travailler, car dans certains pays l’action
de l’ONU sera essentielle. Il ne sera pas question
d’organiser des réunions dans des petites
salles, mais si nous devons nous réunir il
faudra le faire soit en plein air (dans un parking
par exemple), ou quelque part avec
beaucoup d’espace, ou même virtuellement.
Il faudra aussi veiller à ce qu’il y ait toujours
quelqu’un de présent dans nos bureaux, ce
qui veut dire qu’il faudra établir au préalable
les listes de personnel essentiel qui devra
dormir, manger et vivre au bureau. Ce sont
mille et un détails auxquels il faut penser.
L’ONU est la seule à faire ces plans
d’urgence?
La majorité des pays ont déjà un plan de contingence,
mais qui souvent n’est pas de nature
multisectorielle. Certains des pays les plus développés,
ainsi que certaines grandes entreprises
multinationales, ont déjà établi et testé de
tels plans de contingence assez robustes, mais
dans la plupart des cas il reste beaucoup de travail
à faire... et notre rôle au sein des pays nous
oblige à être d’autant plus vigilants.
Vous parliez de deux missions!
La seconde mission que nous avons est de
veiller justement à ce que les pays aient euxmêmes
de tels plans d’urgence sophistiqués et
peuvent bénéficier d’une assistance s’ils le demandent.
Pour ce qui est des grands pays
c’est déjà le cas et certains de ces pays ont
même des plans extrêmement sophistiqués.
Par contre pour les pays en voie de développement
ces plans sont souvent rudimentaires,
et pas opérationnalisés. Il y a même certains
pays ou un tel plan n’existe tout simplement
pas. La raison est simple, ces pays n’ont pas
suffisamment de ressources pour gérer les besoins
au quotidien; il ne leur est donc pas
possible d’investir dans des plans multisectoriels
(et donc complexes) pour une pandémie
qui n’aura pas forcément lieu tout-de-suite.
Que va-t-il se passer dans ces cas là?
C’est là où nous intervenons, en aidant les
équipes de l’ONU sur place à aider leurs
gouvernements hôtes à mettre en place plus
de capacité pour cela et ensuite élaborer de
tels plans et les tester. Nous essayons de voir
aussi comment cette aide internationale
pourra, en cas de pandémie, être utilisée le
plus efficacement possible pour offrir de l’assistance
humanitaire où nécessaire.
Quel intérêt auront les pays riches
à aider les plus pauvres alors
qu’eux-mêmes seront en crise?
Nous ne sommes plus au moyen-âge, où il suffisait
d’isoler une ville pour éviter que la peste
ne se répande. La mondialisation apporte des
risques globaux aussi. Actuellement grâce ou
plutôt à cause du trafic aérien une pandémie
pourrait voyager en quelques heures d’un
bout de planète à un autre. Les pays riches ont
donc bien compris que la protection contre la
pandémie commence très loin au-delà de leurs
propres frontières. L’interdépendance dans
notre économie mondiale n’a jamais été aussi
importante dans toute l’histoire. Le problème
de votre voisin devient rapidement le votre, et
ce plus rapidement que jamais.
Est-ce que vous avez du mal à dormir
avec cette épée de Damoclès
suspendue au dessus de notre tête?
Vous savez, ce n’est pas parce que je boucle ma
ceinture en montant dans ma voiture que je suis
certain d’avoir un accident. Il s’agit simplement
d’un principe de précaution indispensable.
Et dans le cas du «PIC», nous travaillons sur
le même principe, sauf à l’échelle planétaire.

