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PANDÉMIE: L’ONU EST-ELLE PRÊTE?

©Photo: http://flickr.com; Joerg1975

Interview de William Paton, directeur de l’unité pour
la préparation pour l’éventualité d’une pandémie de grippe
(PIC «Pandemic Influenza Contingency»)

JEAN MICHEL JAKOBOWICZ

En quoi consiste le travail du PIC?
Notre travail consiste à veiller à ce que les Equipes pays de l’ONU sur le terrain en particulier, soient prêtes à faire face aux effets multisectoriels de la prochaine pandémie, et capable d’aider ses gouvernements hôtes à préparer leurs pays.

N’est-ce pas la tâche de l’OMS et non celle d’OCHA?
L’OMS joue un rôle clef, bien sûr. L’OMS se préoccupe essentiellement de l’aspect sanitaire et la santé publique, c’est-à-dire d’aider des gouvernements et d’autres à essayer de limiter l’étendue de la maladie, de la soigner, d’organiser les secours sanitaires, etc. Mais, on peut s’attendre à ce qu’une pandémie engendre des problèmes qui vont bien au-delà de la santé humaine.

De quels autres effets s’agit-il?
En cas de pandémie, pratiquement tous les secteurs économiques et sociaux seront touchés. Si une pandémie de grippe devait se développer, l’un des premiers effets sera qu’un nombre important de personnes attrapera la grippe (ou bien devra s’occuper de membres de famille atteints) et donc ne pourra pas aller travailler. D’autres ne viendront pas au travail par peur d’infection jusqu’à 35% de la maind’oeuvre au total selon l’OMS. Certains secteurs de base, comme les transports publics ou le commerce, seront touchés. Si les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, le ravitaillement des grandes villes sera vite mis en danger. Les services bancaires seront eux aussi compromis. Imaginez un instant qu’il n’y ait plus suffisamment de personnel pour ravitailler les distributeurs automatiques de billets! Un autre effet sera le fait que pour limiter l’évolution de la pandémie, il faudra à tout prix éviter les rassemblements de personnes. Il ne sera donc plus question que les gens assistent à des réunions, y compris dans les centres religieux, etc. Même une simple visite au supermarché pourrait présenter des difficultés. Tout ceci vous donne une toute petite idée des problèmes auxquels nous aurons à faire face.

Et quel est votre rôle dans tout cela?
L’ONU va-t-elle se mettre à remplacer les banquiers ou les grands magasins de distribution?

Pas du tout! Notre rôle est double: tout d’abord veiller à ce que l’ONU en tant que telle continue de fonctionner en cas de pandémie dans tous les pays ou nous sommes présents avec des programmes d’intervention. Ce qui veut dire que nous veillons à ce que chaque équipe pays de l’ONU sur place ait un plan d’urgence. En cas de pandémie il faut à la fois pouvoir protéger le personnel mais aussi veiller à ce qu’il puisse continuer à travailler, car dans certains pays l’action de l’ONU sera essentielle. Il ne sera pas question d’organiser des réunions dans des petites salles, mais si nous devons nous réunir il faudra le faire soit en plein air (dans un parking par exemple), ou quelque part avec beaucoup d’espace, ou même virtuellement. Il faudra aussi veiller à ce qu’il y ait toujours quelqu’un de présent dans nos bureaux, ce qui veut dire qu’il faudra établir au préalable les listes de personnel essentiel qui devra dormir, manger et vivre au bureau. Ce sont mille et un détails auxquels il faut penser.

L’ONU est la seule à faire ces plans d’urgence?
La majorité des pays ont déjà un plan de contingence, mais qui souvent n’est pas de nature multisectorielle. Certains des pays les plus développés, ainsi que certaines grandes entreprises multinationales, ont déjà établi et testé de tels plans de contingence assez robustes, mais dans la plupart des cas il reste beaucoup de travail à faire... et notre rôle au sein des pays nous oblige à être d’autant plus vigilants.

©Photo: http://flickr.com; Joerg1975

Vous parliez de deux missions!
La seconde mission que nous avons est de veiller justement à ce que les pays aient euxmêmes de tels plans d’urgence sophistiqués et peuvent bénéficier d’une assistance s’ils le demandent. Pour ce qui est des grands pays c’est déjà le cas et certains de ces pays ont même des plans extrêmement sophistiqués. Par contre pour les pays en voie de développement ces plans sont souvent rudimentaires, et pas opérationnalisés. Il y a même certains pays ou un tel plan n’existe tout simplement pas. La raison est simple, ces pays n’ont pas suffisamment de ressources pour gérer les besoins au quotidien; il ne leur est donc pas possible d’investir dans des plans multisectoriels (et donc complexes) pour une pandémie qui n’aura pas forcément lieu tout-de-suite.

Que va-t-il se passer dans ces cas là?
C’est là où nous intervenons, en aidant les équipes de l’ONU sur place à aider leurs gouvernements hôtes à mettre en place plus de capacité pour cela et ensuite élaborer de tels plans et les tester. Nous essayons de voir aussi comment cette aide internationale pourra, en cas de pandémie, être utilisée le plus efficacement possible pour offrir de l’assistance humanitaire où nécessaire.

Quel intérêt auront les pays riches à aider les plus pauvres alors qu’eux-mêmes seront en crise?
Nous ne sommes plus au moyen-âge, où il suffisait d’isoler une ville pour éviter que la peste ne se répande. La mondialisation apporte des risques globaux aussi. Actuellement grâce ou plutôt à cause du trafic aérien une pandémie pourrait voyager en quelques heures d’un bout de planète à un autre. Les pays riches ont donc bien compris que la protection contre la pandémie commence très loin au-delà de leurs propres frontières. L’interdépendance dans notre économie mondiale n’a jamais été aussi importante dans toute l’histoire. Le problème de votre voisin devient rapidement le votre, et ce plus rapidement que jamais.

Est-ce que vous avez du mal à dormir avec cette épée de Damoclès suspendue au dessus de notre tête?
Vous savez, ce n’est pas parce que je boucle ma ceinture en montant dans ma voiture que je suis certain d’avoir un accident. Il s’agit simplement d’un principe de précaution indispensable. Et dans le cas du «PIC», nous travaillons sur le même principe, sauf à l’échelle planétaire.

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