Ethiopian Millennium
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DES PROGRÈS... MAIS AUSSI DES RECULS?

Alors que plusieurs tendances positives se dégagent en Éthiopie, l’image qui ressort des entrevues avec quelques représentants de la communauté internationale à Addis-Abeba, dont ceux du Canada et de la Suisse, est plus mitigée.

L’équipe de UN Special a pu rencontrer l’ambassadeur Yves Boulanger, du Canada, qui préside un important groupe de coordination de bailleurs de fonds à Addis, ainsi que la conseillère Monique Angers, responsable notamment des programmes de l’ACDI (Agence canadienne de développement international) en Éthiopie.
Mme Angers souligne que «l’ACDI met l’accent sur deux grands thèmes: la gouvernance et la sécurité alimentaire. Depuis les années 1980, nous travaillons en particulier sur la sécurité alimentaire. En collaboration avec la Banque mondiale et les grands États et agences bailleurs de fonds (Allemagne, Canada, Irlande, Royaume-Uni, USAID), nous soutenons le Productive Safety Net Programme (pour garantir un niveau minimal de production agricole), et notamment des projets communautaires de récolte de l’eau (water harvesting)».
Toutefois, souligne Mme Angers, «le dialogue avec l’Éthiopie n’est pas au mieux; en novembre 2005 (à la suite de la répression postélectorale), le Donor Agency Group (DAG) a supprimé son appui direct au budget de l’État éthiopien. Et de conclure: «Et l’Éthiopie nous reproche de ne pas être prévisibles! ».
Même son de cloche de la part de M. Boulanger, ambassadeur du Canada, qui souligne que «l’Éthiopie a accompli beaucoup de choses depuis 10 ans. Il est vrai que le pays vit un climat d’ouverture depuis 2005, mais l’on se demande si depuis 2007 on n’assiste pas à un certain retour en arrière».
Les partenariats sont importants pour acheminer l’aide étrangère, et «le Canada préside actuellement le DAG ici, avec le PNUD et la Banque mondiale... Il participe également à l’Ethiopian Partners Group, qui rassemble les pays de l’OCDE, plus la Russie, le Brésil, l’Inde, etc.».
En ce qui concerne la politique économique du pays, il se pose un certain nombre de questions: «La conjoncture est-elle durable? Ou bien le pays est-il en train de perdre sa stabilité économique? Par exemple, on taxe les produits de luxe: est-ce qu’il y a un risque d’inflation?»
Le Canadien ajoute que «plusieurs industries en croissance, comme l’horticulture, sont mobiles; on a déjà vu les fleurs quitter le Kenya».
«Le contexte est plus sombre qu’on ne le voudrait; il y a 50% de chômeurs chez les jeunes à Addis, et les salaires sont très bas: un professeur d’université ne gagne que 2500 birr (300 dollars) par mois, alors, forcément, il cherche un supplément de revenu ailleurs».
Certes, «on peut développer un tourisme plutôt “culturel”, le pays ayant un patrimoine exceptionnel; mais cela reste la 7e ou 8e priorité du pays. Par contre, il y a une compagnie aérienne fiable en Éthiopie, ce qui est notable en Afrique, et elle est bien gérée à tous les niveaux ». En somme, «il reste encore de gros défis à relever».

Rôle de la Suisse
M. Didier Boschung, chef adjoint de la Mission de la Suisse en Éthiopie, souligne que le rôle de la Suisse y est assez restreint. «Seuls 17 pays jouissent du statut de de DDC (pays bénéficiant de l’aide de la Direction du développement et de la coopération) – et l’Éthiopie n’en fait pas partie. Mais quelques ONG suisses sont présentes, et des organes de l’ONU basés en Suisse (OCHA) et le CICR, bien sûr, sont très actifs».
«La Suisse aide également le pays en matière d’hôtellerie; il n’existe pas d’hôtels « moyens» en Éthiopie. Le pays manque encore des infrastructures qui permettraient au tourisme de se développer». Toutefois, «pour un séjour de luxe, on peut facilement se rendre à Dubai depuis Addis», souligne-t-il.
Quant à la situation macroéconomique du pays, il se demande: «Depuis trois ans, on nous rapporte que l’économie connaît une croissance de 8 à 13% par an – mais qu’en est-il en réalité?» «Il existe encore des régions très démunies, notamment en matière de santé.»

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