Société

JOHN COLTRANE,
JAZZ ET DIVERSITÉ CULTURELLE

Quarante ans nous séparent de la disparition de John William Coltrane. Et pourtant, aujourd'hui encore, ce musicien influence grâce à sa voie artistique le milieu du jazz, mais aussi celui du hip-hop, de la pop, de la soul et du rock.

John Coltrane
John Coltrane
John Coltrane
NICOLAS-EMILIEN ROZEAU

Quarante ans nous séparent de la disparition de John William Coltrane. Et pourtant, au­jourd'hui encore, ce musicien influence grâce à sa voie artistique le milieu du jazz, mais aussi celui du hip-hop, de la pop, de la soul et du rock.
Coltrane naît en 1926 en Caroline du Nord à Hamlet. Calme et persévérant, il travaille ses gammes des heures durant dans la cuisine familiale. A l'âge de quinze ans, il joue avec la formation de son école, d'abord de la cla­rinette, puis du saxophone alto. Il poursuit ses études musicales et s'affiche dans l'ambiance enfumée des clubs locaux. Il court après ses premiers cachets et peaufine son art avec Jimmy Heath, brillant instrumentaliste, ainsi qu'un excellent arrangeur et compositeur. La vie est dure pour «Trane» et c'est certaine­ment cette résistance et ses propres erreurs qui ont poussé le gosse de Caroline du Nord à devenir un être humain conscient de son existence. L'argent de ses activités alimen­taires (travail dans une raffinerie de sucre et dans une usine de produits alimentaires) est consacré exclusivement à la connaissance de la musique. Son premier concert, il le fait avec le grand ensemble de Jimmy Johnson, au saxophone alto. Au fil des rencontres, il ac­compagne avec succès, King Kolax, Charlie Parker, Bud Powell, Dizzy Gillepsie et Eric Dolphy, et en tant que «sideman» Miles Davis, Sonny Rollins et Johnny Hodges. Sa pugna­cité, l'adversité et les musiciens avec lesquels il partage son art, lui procurent peu à peu une sonorité singulière.
Alors qu'il semble promis à une brillante car­rière, son avenir s'assombrit en raison de pro­blèmes de drogue et d'alcool. Sa dépendance à l'héroïne est si forte qu'il est incapable d'as­surer certains de ses engagements. Les jour­nalistes et l'univers dans lequel il évolue re­baptisent son groupe «Drunk and Dope Band»... En 1957, Miles l'exclut de sa forma­tion pour incompatibilité d'humeur. Sans le sou, John Coltrane retourne avec sa femme et sa belle-sœur chez sa mère.
Dans l'impasse, sombrant dans les abîmes de la dépendance, il cherche désespérément un moyen de remonter à la surface. Il s'enferme dans sa chambre et se soumet à un régime drastique à base de légumes et d'eau. Sa seule volonté va le sortir de l'ombre. Dans ce gouffre, il s'initie aux philosophies et aux spiritualités orientales et africaines. Il devient un admirateur du sitariste Ravi Shankar. Sa curiosité naturelle, son ouverture d'esprit à la culture universelle et à l'Autre, sont le se­cret de sa rédemption et de son retour à la Lumière. Coltrane ressuscité se dédie tout entier à sa musique, à toutes les musiques. Il travaille comme un damné, jour et nuit. Il devient, sans le savoir, un des plus grands précurseurs de la «world music». Dès les années soixante, il délaisse les ac­cords classiques et s'expérimente à des modes mélodiques variés et oscillants, inu­sités à cette époque. Le pianiste, Thelonious Monk lui montre une autre vision de son jeu. John Coltrane retrouve la foi et la séré­nité. En paix avec lui-même, sa maîtrise tech­nique est au sommet. Libéré de ses influences et de son savoir académique, il plonge dans ses racines et au cœur de toutes les religions. Sa passion pour la vie et sa sensibilité pro­fonde font de lui un Maître. Sa résurrection ouvre le début d'une ère nouvelle du jazz. Coltrane crée et offre le meilleur de lui-même. Il choisit de servir l'humanité. Son souhait est d'élever la multitude à de plus hautes aspirations humaines et spirituelles grâce à des sentiments nobles et purs.
L'homme évolue vite. Son œuvre, ses envo­lées et ses improvisations lui collent à la peau. A travers Dieu et la transcendance, il marche sur un chemin mystique et person­nel. Il crée des pièces de jazz traditionnel allant même jusqu'aux confins de la quête émancipée et revendicatrice de l'âme hu­maine. John Coltrane est suprême et son art est divin. Dans son élan, il se consume et refuse la maladie qui le brûle et l'emporte dans son «Expression» à l'âge de quarante ans. John Coltrane est déjà ailleurs, loin, plus loin, toujours plus loin...

Up