SAGESSE DES NATIONS
PROVERBES ET DICTONS SOUDANAIS
Ex Tempore : Société des écrivains des Nations Unies à Genève. Revue littéraire internationale, Vol. XVII.
La Société des écrivains des Nations Unies à Genève est heureuse d’annoncer la publication du volume XVII de la revue Ex Tempore. Cette année, 58 auteurs des organismes des Nations Unies et de la Société y ont collaboré.
Nous remercions tous ceux qui ont rendu
cette publication possible et espérons que
vous continuerez à soutenir notre revue en
2007 en nous adressant vos écrits.
Le volume XVIII est déjà en cours de préparation et le comité de rédaction vous invite à soumettre tout texte de prose ou de poésie qui pourrait y être publié. Essais, nouvelles, sciencefiction, théâtre, poésie, aphorismes, épigrammes, etc. peuvent être adressés par courriel à: k.kaminker@unog.ch or zayas@bluewin.ch.
Merci encore à chacun d’entre vous pour votre collaboration. Nous avons hâte de vous lire à nouveau.
Ex Tempore : United Nations Society of writers, Geneva. Intenational Literary Journal
The United Nations Society of Writers is pleased to announce publication of Ex Tempore, Vol. 17, which this year includes contributions by 58 authors from the United Nations family.
We are grateful to all who have helped to make this number possible and hope you will continue to support the publication in 2007 by sending in your latest works.
Ex Tempore, Vol. 18 is already in the planning stage and the Editorial Board invites you to submit your prose and poetry for publication. Essays, short stories, science fiction, plays, poems, reflections or epigrams in any of the UN languages may be forwarded in electronic form to: k.kaminker@unog.ch or zayas@bluewin.ch.
Thank you again for your participation. We look forward to hearing from you soon
ABDEL-RAHMAN MUSTAFA, UNECA
published by the UN Society of Writers in Ex
Tempore No. 17
La langue d’origine des proverbes et dictons dont on trouvera une traduction dans les pages suivantes est le dialecte qu’on appelle communément l’arabe soudanais, principale variété dialectale du pays, qui se parle non seulement au centre du pays maisaussi dans les villes et les centres urbains de tout le Soudan septentrional.
Les proverbes sont par excellence des spécimens linguistiques chargés de « référentsculturels », d’où la difficulté de les transposer dans une autre langue. La traduction quenous en faisons est assez large, ce qui permet de les rendre dans une formule plus oumoins condensée et d’éviter ainsi des paraphrases ou des explications trop longues.
Cependant, pour éviter toute ambiguïté, ou lorsque le « message » du proverbe ne nousparaît pas suffisamment explicite, nous avons dû, dans certains cas, faire suivre leproverbe d’une petite phrase explicative, et dans d’autres, ajouter à l’énoncé duproverbe des éléments, donnés entre parenthèses, pour éclairer le contexte.
Il est indigne du faucon, lorsqu’il
tombe dans un piège, de se débattre.
(Dans le malheur, il faut garder sa dignité)
Mieux vaut être tué (par l’ennemi) que
d’entendre crier sans cesse : « l’ennemi
arrive ! »
(Mieux vaut mourir que de vivre dans
l’inquiétude)
Le dromadaire ne voit pas la courbure
de son cou.
(Nos défauts sont mieux vus par les autres
que par nous-mêmes)
On ne peut pas applaudir avec
une seule main.
(On réussit mieux à plusieurs que
lorsqu’on est seul)
On ne redresse pas la queue d’un chien.
(Il est difficile de se débarrasser de
certains défauts invétérés. Qui a bu boira)
On ne menace pas un requin de noyade.
Avec la crue viennent les crocodiles,
et avec la nuit viennent les reptiles.
(Il n’y a pas de bienfait absolu, pas de
bonheur sans mélange)
S’il n’y avait pas de fissure, on
n’entendrait pas de craquement.
(Il n’y a pas de fumée sans feu)
N’étire pas tes jambes plus loin que ton matelas.
Dans un pays sans crocodiles, c’est le varan qui se dandine.
Mieux vaut la toux que
la bouche cousue.
(Mieux vaut quelque chose que rien)
Le repaire d’une hyène ne saurait être totalement dénué d’ossements.
Mieux vaut être dans l’attente (d’un bon dîner) que d’avoir déjà dîné.
Aux yeux de sa mère, un singe est (aussi beau qu’) une gazelle.
Une tortue sait où mordre une autre tortue.
Si ton frère était du miel, il ne
faudrait pas le lècher entièrement.
(Il ne faut pas abuser de la gentillesse
de ses amis)
(Pour se nourrir) le termite a (tout)
essayé, (y compris) la pierre.
(Il ne faut jamais désespérer)
Un homme s’attrape par la langue.
(Un homme qui ne tient pas sa parole n’est
pas digne de ce nom)
On ne fait pas garder les chèvres par une hyène.
Ce sont les grands arbres qui portent
la gomme.
(La sagesse se cherche chez les personnes
d’âge mûr)
Qui a une dent en or a le rire facile.
Le venin d’un serpent ne lui nuit pas.
Un malchanceux trouvera de l’os dans un mets de tripes (littér. « poumons »).
(De même que) le trou d’une aiguille ne tient pas deux fils, (de même) le coeur ne «tient» pas deux (amours).
Qui joue avec les chiots ne sera pas
à l’abri des égratignures.
(Quand on s’adonne à des occupations
peu sérieuses, on peut le regretter un jour)
Dans un pays qui n’est pas le tien, tu peux te promener tout nu.
Offre ton samedi, tu recevras le dimanche (en échange).
Lorsqu’un aveugle retrouve la vue,
il amènera un désastre sur les siens.
(On peut craindre le pire lorsqu’une
personne d’origine modeste accède subitement
à la richesse ou au pouvoir)
L’autruche aurait bien aimé voler aussi
bien qu’elle court.
(On ne peut pas tout avoir à la fois)
Un bateau à deux capitaines finit par couler.
Nul poison ne survit au feu.
Au pays des aveugles, le borgne fera figure de guide.
Le feu enfante la cendre!
(Se dit du rejeton raté d’un illustre père)
Ne cherche pas à devenir poutre d’une
maison sur le point de s’écrouler.
(Il faut bien calculer les risques avant de
prendre une grande décision)
Toute «qubba» (= mausolée) n’abrite
pas (la tombe d’) un saint.
(Les apparences sont parfois trompeuses)
Point n’est besoin de pousser un enfant qui vient de perdre sa mère à se lamenter.
(Subir) une injustice (de la part) d’un proche est aussi dur que (de) croquer des cailloux.
Nos pieds nous ramèneront là où notre coeur a battu d’amour.
(Certes) nous ne sommes pas encore
morts, mais nous avons déjà traversé
un cimetière.
(Certaines choses sont tellement évidentes
qu’on n’a pas besoin de les expérimenter)
On marche mieux après un trébuchement.
Lorsque ton fils grandit, traite-le comme un frère.
Par (souci de) propreté, la femme
du savant se met à laver les livres
de son mari.
(Se dit pour critiquer l’excès de zèle)
Même si la mort t’épargne, la vieillesse ne te laissera pas (jouir de la vie).
En voulant mettre du khôl sur
les paupière d’une femme,
un parfumeur lui a crevé les yeux.
(se dit d’une personne sur qui on a placé
de gros espoirs pour résoudre un problème,
mais qui échoue lamentablement)
Si tu ne peux l’atteindre, lances-y des pierres.
A quoi sert de tâter un mouton (pour apprécier la qualité de sa chair) après qu’on l’a égorgé?
C’est à celui qui marche dessus que la
braise ardente fait mal.
(On a beau compatir avec une personne
affligée par un malheur, c’est cette personne
elle-même qui ressent le plus de peine)
Un mur trop bas est facile à sauter
pour les chiens.
(Se dit d’une personne sans défense qui
est traitée comme bouc émissaire par
son entourage)
Quiconque monte sur deux selles
tombera, et quiconque embrasse deux
chemins s’égarera.
(Se dit pour critiquer l’indécision).
L’hyène ne s’attaque qu’à la brebis
éloignée (du troupeau).
(Une personne est plus vulnérable
lorsqu’elle est isolée)
Qui a connu la morsure d’un serpent
aura peur de la trace d’une corde
(sur le sol).
(On est plus avisé quand on a vécu une
expérience pénible)
Un noyé s’accroche même à une paille.
C’est devant son poulailler qu’un coq
chante le mieux.
(Nous sommes plus à l’aise dans les
milieux familiers)
Tout oison est bon nageur.
(Tel père, tel fils)
Sur la rive, nous sommes tous bons nageurs.

