L’HISTOIRE DE LA REGA
Mais je suis un sauveteur volant et
S’envoler comme Jonathan Livingstone c’est déjà
un peu de la poésie et
Dans ce métier on est très souvent confronté
à la comédie de la vie...
…J’ai presque atteint mes ambitions démesurées!»
JJS (Sauveteur professionnel)
MONIQUE EÏD, RETRAITÉE (ACTIVE) OMS
Lundi 8 novembre 2004
Florence, ou… Quand le bonheur
tombe du ciel!
Cela faisait une petite semaine que nous
avions plié notre stand d’information sur l’aérodrome
d’Annemasse, invité par le directeur
de la place, Monsieur Gonnet, à l’occasion
des journées portes ouvertes, pour présenter
aux visiteurs les activités de la Garde Aérienne
Suisse de Sauvetage (REGA).
Quelques jours donc après ces festivités, le 13 avril 1997, ce même directeur nous appelle directement à la base hélicoptère: «venez vite sur l’aérodrome, un grave accident de parachutisme s’est produit, le SMUR est avisé de votre arrivée et je vous guiderai avec la fréquence aviation sur le lieu de l’accident!»
Nous n’avions et n’avons toujours pas l’habitude de décoller pour une intervention sans l’aval de la centrale d’alarme de Rega Zürich ou des centrales régulatrices cantonales des 144, mais face à l’insistance et l’émoi de notre interlocuteur, nous décidons de faire fi des protocoles transfrontaliers si une vie peut être sauvée en gagnant de précieuses minutes. Nous courons donc près de notre oiseau salvateur, le sortons de son nid et au moment de faire rugir sa turbine, une confirmation outre-sarine nous parvient: «Rega 15 de rega, mission primaire, Annemasse, jeune femme de 28 ans, chute de 700 mètres en parachute dans la zone industrielle, consciente, polytraumatisée.»
Avons-nous bien compris, a-t-elle bien dit 700 mètres? Je regarde Myriam Treggiari (médecin anesthésiste du jour) incrédule. Cela nous semble tellement impossible et en même temps cette annonce pour le moins incroyable rejoint si bien l’appel du directeur de la place… Nous décollons ventre à l’air (pour ne pas dire ventre à terre) et le pilote se branche immédiatement avec la fréquence d’Annemasse pour se retrouver en conversation avec Monsieur Gonnet qui nous guide directement sur notre place d’atterrissage prévue près de l’accidentée, 11 minutes après l’alarme. Le tableau qui s’offre à nous est très loin d’être réjouissant. Une jeune femme au visage remplacé par une énorme plaie sanguinolente, est appuyée sur un coude gauche décharné, sa jambe gauche présente également une large fracture ouverte, ce sont les plaies visibles mais nous savons bien qu’un atterrissage estimé 120 km/h avec son parachute en torche depuis 700 mètres d’altitude, cache certainement d’autres lésions vitales internes. Je le dis et je le répète: «Nous ne sommes pas des héros et nous ne sommes de loin pas en bois» et dans ma petite tête je pense déjà que c’est triste de mourir à 28 ans en pratiquant son loisir préféré. Très vite les gestes s’effectuent comme par automatisme, allongement sur le dos, intubation, réalignement des membres, remplissage, etc. Nous passons 30 minutes auprès d’elle avant le décollage pour les Hôpitaux Universitaires de Genève que nous avions informés par téléphone de la gravité du cas. Après quelques jours nous prenons des nouvelles de Florence la parachutiste et apprenons avec joie qu’elle vit toujours et qu’elle est sur la bonne voie de la guérison. Nous allons la voir quelquefois dans sa chambre des soins intensifs. Sa famille a apporté des photos d’elle avant l’accident et les as de la chirurgie maxillo-faciale ont reconstruit son visage de mains de maître. Demain ou après demain, l’orthodontiste viendra pour les dents…

Et puis le temps passe, deux mois, six mois, dix sept mois. Et une heureuse nouvelle: Un faire-part de mariage! Florence ex-employée de banque dans un établissement de la place genevoise se marie dans le nord-est de la France et malgré notre impossibilité de nous y rendre, cela nous comble de joie. Un petit mot d’encouragement pour sa vie future, et la vie continue…
Le temps ne s’arrête jamais mais parfois vous rattrape. Cette histoire a déjà sept années et à chaque fois que l’on me demande quelle est ma plus belle mission, je raconte l’histoire de la parachutiste d’Annemasse qui finit comme un conte de fée et je me trompais pourtant puisque l’histoire n’était pas finie… Elle continuait simplement.
Alors que nous croyions cette jeune femme égarée dans un coin de l’hexagone à pratiquer son métier d’employée de banque, elle était là, tout près de nous, très près de nous. Son mari nous a téléphoné pour nous raconter la suite de sa vie et surtout pour nous inviter à une grande fête qui se déroulera à la fin du mois de novembre 2004 dans la périphérie genevoise, qui réunira tous les amis et connaissances de Florence qui vient de terminer ses études de médecine et de réussir ses examens en chirurgie orthopédique.
Si un jour vous devez subir une opération ortho et que la chirurgienne se présente en vous disant avec un grand sourire : “ Je m’appelle Florence et c’est moi qui vais vous opérer”. Eh bien sachez que ce sourire vient de très loin… Il vient du ciel !
«Le Poussin» sur la ville
Ce matin du 10 juin 2004 s’annonçait déjà torride
quand nous reçûmes l’alarme à 08:55h
pour une recherche de personne à la dérive
sur l’Arve, la rivière qui se marie avec le
Rhône sur le territoire genevois.
Immédiatement, nous décollons avec le ZEN notre poussin jaune et atterrissons dans la rade sur le toit de la police de la navigation pour prendre en charge Jean-Daniel B. le plongeur sauveteur. Conjointement à notre action, un bateau de la POLNAV navigue également sur le lieu de la disparition, avec à son bord du personnel qualifié. Jean-Luc W. le médecin de l’hélicoptère, a été mis en alerte sur l’héliport des Hôpitaux Universitaires de Genève et est prêt à intervenir selon l’issue de la recherche.
Depuis le pont des Acacias, le point de disparition, l’équipage rega 15 fouille le lit de la rivière et ses berges en descendant le courant jusqu’au pont de St-Georges. C’est alors que grésille la fréquence Détresse Lac émanant du bateau qui nous informe qu’ils ont retrouvé la victime et l’ont chargée à bord. Celle-ci est en ACR (arrêt cardio-respiratoire). Le Cardiomobile étant déjà occupé sur une autre intervention, la police demande s’il est possible de treuiller le médecin sur le pont de St-Georges afin d’offrir les chances maximales de survie à cette patiente, car l’atterrissage est impossible sur le site. En simultané nous faisons appel à une ambulance pour le transport ultérieur et surtout pour l’aide au sol. Comme éclosant du poussin jaune, le médecin anesthésiste suspendu au câble du treuil 35 mètres plus bas, s’est posé à côté de l’accidentée et tout de suite a pris le contrôle des gestes d’urgence. Malgré les efforts de tous, ambulanciers, police, sapeurs-pompiers, équipage hélico et les espoirs qu’elle nous avait laissé entrevoir, cette malheureuse femme devait décéder environ 2 heures après son admission à l’hôpital.
Et l’après-midi de ce 10 juin est toujours aussi torride. Nouvelle alarme pour une chute du pont Butin d’une hauteur de 58 mètres. Même protocole d’intervention que le matin, sauf que le rescapé est trouvé rapidement au pied du pont sur une petite grève. Le bateau de la POLNAV amène le blessé à son port d’attache, près du pont Sous-Terre et c’est alors que l’hélico se pose au milieu du pont, pour l’occasion fermé à la circulation par une police très efficace, sous les yeux ébahis de centaines de badauds. Le médecin et le sauveteur quittent la machine et laissent le soin au pilote de rejoindre seul le toit de l’hôpital afin de libérer cet axe routier. Après les premiers soins directement sur le bateau de la police, le miraculé sera transporté aux HUG par une ambulance des sapeurs-pompiers (SIS), accompagné du personnel de l’hélico. A la base hélicoptère on se souviendra du 10 juin 2004: 2 recherches positives sur des cours d’eau, 1 treuillage et un atterrissage en pleine ville, 2 patients traités, 1 de sauvé. Une chaîne des secours magnifique à tous les échelons: Transmission de l’alarme, police (du lac et de terre), ambulanciers, sapeurs-pompiers, médecin, pilote…
C’est en écoutant ces récits par l’un de ces sauveteurs, pour moi des héros – bien qu’ils n’aiment pas ce qualificatif – que j’ai voulu écrire l’histoire de la REGA.
Mais qu’est ce que la REGA?
Rettungsflagwacht
ou
Garde Aérienne suisse de sauvetage (GASS)
La Rega, une institution
riche de tradition
Le sauvetage par les airs existe sous cette
forme depuis environ 50 ans. La Garde aérienne
suisse de sauvetage a été fondée en
1952. Le petit groupe de pionniers d’autrefois
est devenu une organisation professionnelle
comptant environ 270 collaboratrices et collaborateurs.
L’impulsion initiale de cette magnifique aventure avait été donnée en 1952: au sein de la Société Suisse de Sauvetage (SSS), un petit groupe de pionniers s’était penché sur l’idée, alors utopique, du sauvetage par les airs. En avril 1952, les membres de la SSS s’étaient réunis pour leur assemblée annuelle à l’hôtel «Bären» à Douane, au bord du lac de Bienne. Le Dr Rudolf Bucher s’employa à ce qu’une partie de la Société Suisse de Sauvetage se spécialise dans le sauvetage par les airs. Avec l’approbation de l’assemblée, la Garde Aérienne Suisse de Sauvetage (GASS) était née, et avec elle, le sauvetage aérien organisé moderne.
L’époque des pionniers
Les précurseurs du sauvetage aérien furent
un hôtelier de Saint-Moritz, Fredy Wissel, et
le pilote professionnel valaisan Hermann
Geiger. La fondation de la GASS fut rapidement suivie de premières interventions. En
septembre 1952, les premiers parachutistes
de sauvetage de la GASS reçurent une formation
en Grande-Bretagne. Le 22 décembre
1952, à Davos, l’intervention de l’hélicoptère
dans une mission de sauvetage démontra
les nouvelles possibilités de cet engin.
Aux commandes de son Hiller 360, qui ressemblait
fort à un lit de camp volant, Sepp
Bauer, le pilote, transporta une personne
blessée dans une nacelle de ballon. A l’évidence,
l’avenir du sauvetage aérien appartenait
à l’hélicoptère.
Un nouveau départ
En 1960, les sauveteurs aériens devinrent indépendants.
Le 19 mars, sous l’égide de Fritz
Bühler, la GASS fut dissociée de la SSS et entièrement
réorganisée. Le dispositif du sauvetage
aérien fut décentralisé et doté d’une
centrale d’intervention. Petit à petit, de nouvelles
techniques de sauvetage furent développées,
ce qui valut à la Rega la reconnaissance
des spécialistes de la profession, en
Suisse comme à l’étranger.
En plus du sauvetage en montagne, la Rega s’occupa bientôt du rapatriement de personnes tombées malades ou accidentées à l’étranger. Ainsi parmi plusieurs exemples, en 1977, le 20 février, la garde aérienne suisse de sauvetage affrète une Super Caravelle pour une mission à Assouan (Egypte). Il s’agit de rapatrier des Suisses blessés dans un accident de car. Le 5 mars de cette année, à la suite d’un grave tremblement de terre à Bucarest (Roumanie), la GASS propose spontanément son aide. Pour la première fois, une organisation de sauvetage occidentale intervient dans un pays du glacis soviétique.
En 1992, sur mandat du Touring Club Suisse, la Rega s’acquitte de sa cent millième mission qui consiste à rapatrier un automobiliste grièvement bléssé de Tunis à Genève.
2004: Le raz-de-marée survenu en Asie du Sud-Est met la Rega devant l’un des plus grands défis de son histoire. Plusieurs de ses équipes s’envolent pour la Thaïlande et le Sri Lanka pour établir, sur place, des contacts avec des hôpitaux et procéder au rapatriement des patients. Les trois avions ambulance de la Rega sont mobilisés pour cette mission. En l’espace d’une semaine, plus d’une soixantaine de patients sont rapatriés en Suisse. Leur prise en charge est assurée par 16 équipages médicaux.
L’hélicoptère rouge
La Rega occupe également une place à part
dans l’esprit de la population suisse. L’hélicoptère
de la Rega est devenu un symbole.
Les 13 bases réparties sur tout le territoire helvétique
garantissent un secours rapide, précis
et efficace. Le principe visant à apporter
les secours médicaux directement sur le lieu de l’accident était une idée révolutionnaire à
l’époque. Son intérêt ne s’est pas démenti à
ce jour.
L’association devient une fondation
Cette organisation privée et indépendante,
jouissant du statut de fondation, n’a bénéficié
à ce jour d’aucune subvention des pouvoirs
publics. Ses performances lui ont valu
une excellente réputation. En 1965, le Conseil
fédéral a nommé la Rega membre corporatif
de la Croix-Rouge suisse.
Les bases Rega
La base des avions ambulance se trouve à
l’aéroport de Zurich-Kloten, de même que le
service d’entretien des avions et des hélicoptères.
En Suisse, la Rega dispose de 10 bases d’hélicoptères
(situées à Bâle, Berne, Erstfeld,
Gsteigwiler, Lausanne, Locarno, Samedan,
Saint-Gall, Untervaz et Zurich). Viennent s’y
ajouter les bases dirigées par des organisations
partenaires, à Mollis, Zweisimmen et
Genève. Ainsi, toute la Suisse est couverte en
15 minutes de vol maximum.
La philosophie d’intervention
Les principes de la fondation s’appuient sur
ceux de la Croix-Rouge. Ils s’énoncent ainsi:
«La Rega a pour but d’aider les personnes en
détresse, conformément aux principes de la
Croix-Rouge, sans tenir compte de la personne,
de ses possibilités financières, de sa situation
sociale, de sa nationalité, de sa religion
ou de ses convictions politiques. La
Rega apporte son aide partout où, grâce à
l’intervention de ses moyens, la vie ou la
santé d’êtres humains peut être sauvée, protégée
ou préservée.»
Une grande partie des interventions de la
Rega sont réalisées au moyen de l’hélicoptère.
En montagne, il s’agit surtout de sauvetages
d’alpinistes, d’interventions lors d’accidents
de ski, de vols de recherche et
d’évacuation. Aussi, accidents de circulation,
de travail et de sport.
Interventions secondaires
La Rega effectue également des interventions
dites secondaires. Il s’agit de transferts de patients
déjà hospitalisés, dont l’état nécessite
par exemple le déplacement d’un hôpital régional
vers un centre hospitalier universitaire
ou spécialisé. En outre, la Rega assure le
transport d’organes, de sang, de sérum, de
médicaments et de médecins spécialisés. Elle
réalise aussi des vols de secours en faveur des
paysans de montagne, des transports d’animaux
blessés ou de bétail mort. Enfin, elle intervient
en cas de catastrophes naturelles
(avalanches, tremblements de terre, inondations,
incendies de forêts, etc.).
Et voilà une belle histoire que je voulais vous raconter.


