1% FUND FOR DEVELOPEMENT
PROJET AMACLOS
Il est environ 11h du matin lorsque Félix Marin,
coordonnateur
de Terre des Hommes pour le Pérou,
arrête la voiture devant
le portail de l’Association
des Maria Clotilde. Nous sommes à Villa
Salvador,
un quartier défavorisé et difficile de la banlieue sud
de la capitale péruvienne.
TEXTE ET IMAGES CLAUDE ECHARD
Les chauffeurs de taxi refusent souvent de s’y
rendre ou alors triplent le prix de la course.
Toutes les habitations sont inachevées, les
rues non asphaltées et les terrains ne sont
que du sable. Souvent les bâtiments sont instables
car ils manquent d’assises suffisamment
profondes. Quatre têtes apparaissent
aussitôt; le visage fendu d’un large sourire,
elles nous invitent à pénétrer dans la cour du
bâtiment. Il y a là:
Gloria Buleje Miranda, Présidente de l’Association;
Tereza Tintaya Varagas, membre du
comité directeur; Hilda Navarro Chumpitaz,
ancienne présidente; Berta Navarro Chumpitaz,
membre de l’association.
L’Association des Marias Clotildes est une garderie pour des enfants dont les mères sont en difficulté et qui ne peuvent s’en occuper après la classe. La première phase de construction du bâtiment est achevée et 49 enfants en bénéficient déjà. Bientôt, avec le projet d’expansion au 1e étage elles espèrent en accueillir 90 voire 100. Le coût total du projet est de 45000 US $, fournis par Terre des Hommes et le Fonds 1% qui prend en charge la cuisine et les sanitaires. Outre les enfants, elles offrent aussi une aide psychologique aux mères du quartier qui le demandent. Ce sont essentiellement des femmes venues de l’intérieur du pays, des veuves et des mères célibataires. Le quartier est extrêmement violent, les jeunes ados y vivent en gangs et récemment un jeune de la maison d’en face a été tué pour avoir franchi la limite de sa zone et pénétré dans la zone d’un autre gang! Hilda en est encore bouleversée: «avant ce n’était pas comme cela mais il n’y a plus de limites à la violence!» dit-elle au bord des larmes. Au Pérou précise-t-elle 46% des adultes souffrent de malnutrition, 40% des enfants manquent de produits lactés et 38% de la population est au chômage.
Pour elles, l’aide du Fonds 1% pour le développement a été décisive dans leur décision d’aggrandir le foyer d’accueil car sa réputation ne cesse de croître et les mères du quartier sont de plus en plus nombreuses à vouloir y placer leurs enfants dès le plus jeune âge. Hilda me remet le rapport final destiné au Fonds 1% en s’excusant du retard mis à le faire mais ajoute-elle «nous sommes encore mal expérimentées dans ce domaine» Il manque un document comptable, elle promet de me le faire parvenir avant mon départ du Pérou prévu dans 5 jours1.
Depuis la veille, l’année scolaire est finie et
les enfants sont en vacances jusqu’en mars
2007. C’est la période de tous les dangers
pour eux, aussi certains d’entre eux ont-ils
malgré tout pris été en charge par l’Association;
je les retrouve dans le bâtiment d’à
coté. Joyeux, ils interrompent leurs travaux
de dessin pour me faire une bise aussi chaleureuse
que spontanée. Selon la tradition
péruvienne nous partageons alors le Panetone
de Noël arrosé d’une boisson douce!
Gloria en profite pour m’exposer leurs projets:
une nouvelle cuisine à l’étage. La cuisine
financée par le Fonds 1% n’a en effet pas pu
être construite au rez de chaussée comme initialement
prévue car il leur a été impossible
d’obtenir les autorisations nécesssaires malgré
les plans de l’architecte. Qu’à cela ne
tienne, elles la feront à l’étage! Gloria envisage
aussi un atelier de boulangerie. Pour
cela elles devront former un spécialiste mais
le local est déjà prêt. Il complètera ainsi
l’atelier de textiles qui fonctionne déjà. Elles
m’offrent d’ailleurs un T-shirt fabriqué sur
place par des mères du quartier.
Finalement nous repartirons vers 12h30. Nous remontons dans la voiture que F. Marin avait entre temps garée à l’intérieur de la cour; en effet, lors de son dernier passage il l’avait laissée devant le portail et en la récupérant il l’avait retrouvée entièrement vandalisée! Nous laissons derrière nous des femmes exceptionnelles, d’une lucidité et d’un courage impressionnants. Pendant toute la rencontre Hilda n’aura eu de cesse de remercier le Fonds 1% pour son aide précieuse. Décidemment, il valait la peine de venir de si loin pour se l’entendre dire!
1 En fait elle me l’apportera le soir même après avoir parcouru 1h30 en microbus, sans avoir mangé. Elle arrivera à 10h du soir à mon hôtel; épuisée mais heureuse d’avoir bouclé un dossier en ordre!

