UN FEU D’ARTIFICE PYROMÉLODIQUE AU PALAIS: C’EST POSSIBLE
Voici l’itinéraire croisé de deux musiciens qui jouent
d’un instrument à notes multiples: le feu d’artifice.
CHRISTIAN DAVID, ONUG
Si vous rencontrez Catherine Walder ou René
Gousset parlez leur de musique, d’art, de
spectacle, de photo pour éveiller leur attention.
Si vous poursuivez la conversation, c’est
certainement que vous avez su toucher cette
petite lumière qui ne demande qu’à s’éclairer.
Poursuivez plus avant en évoquant les feux
d’artifices: des étincelles commenceront alors à crépiter dans leurs yeux. Si en plus vous
abordez le thème de la pyromélodie alors là,
c’est le bouquet final!
Catherine, outre son métier d’assistante en informatique
à l’université de Genève, est une
passionnée de photographie, de paysages
et de beauté de la nature. René est auteur
compositeur, mais il officie également dans
les métiers du bâtiment.
Impliqués tous deux dans les Fêtes de Genève,
ils ont amélioré une technique particulière
appelée pyromélodie.
Expliquez moi ce qu’est une pyromélodie ?
La pyromélodie est l’art de combiner les feux
d’artifice (effets pyrotechniques) et la musique.
Nous avons voulu continuer à mettre en valeur
cette approche développée par Pierre
Walder, le père de Catherine avec les plus
grands artificiers de la planète.
En coopération avec la maison Panzera, Pierre
Walder a en effet conçu des bandes sonores
depuis 25 ans et ils ont réalisé d’inoubliables
pyromélodies comme le Bolero, le Lac des
Cygnes. Ils ont aussi créé des spectacles sur
des thèmes musicaux comme « Guerre et
paix», « Les mille et une nuits », « Circus », «Genève
cartoon », « Au rythme des étoiles », « Le
carnaval des animaux », « Carrousel » etc.
La combinaison de ces deux disciplines artistiques
est très exigeante. Elle suppose une
connaissance parfaite des produits d’artifice,
leur effet au sol ou dans le ciel et un calcul
précis par rapport au tempo qu’exige une
oeuvre musicale. La musique apporte en effet
une dimension supplémentaire qui sublime
l’explosion de lumière et de couleurs
des effets d’artifice.
Il faut être musicien pour réussir
un feu pyromélodique ?
Il existe une similitude avec un chef d’orchestre
qui installe ses musiciens par groupes
d’instruments puis leur fait jouer une oeuvre
en les combinant de manière coordonnée. Les
pièces d’artifice peuvent être comparées à
des instruments et leurs effets à une musique.
Un feu pyromélodique digne de ce nom se
conçoit en tout premier lieu avec le choix
des enchaînements musicaux. Les commandes
de produits découlent ensuite de
l’analyse préalable de l’effet désiré afin que les
produits d’artifice spécifiques s’assemblent à
la perfection avec le fil musical dans leurs mises en oeuvres, leurs apogées, leurs ampleurs,
leurs couleurs, leurs luminosités et
leurs durées.
Les musiques sont-elles composées
sur mesure en fonction de la durée
des effets ?
Non, ce serait plutôt le contraire, nous travaillons
en étroite collaboration avec des entreprises
et des fabricants de feux d’artifice à
des spectacles pyromélodiques en Europe.
Nous leur demandons de composer des
effets avec des timings bien précis. Nous définissons
la durée musicale de certains tableaux
suivant les exigences pyrotechniques.
Nous utilisons les produits qui sont à notre
disposition dans le commerce mais il nous arrive
également de faire fabriquer « sur mesure
» certaines pièces pour illustrer la musique
ou le message que nous voulons véhiculer.
Quelles sont vos dernières
réalisations?
René assure la coordination générale de
la Commission Feu d’artifice et diffusion
sonore des Fêtes de Genève. Il a mis au
point, avec son complice artificier Pierre-Alain
Beretta, la configuration actuelle du Feu pyromélodique
des Fêtes de Genève, en tridimensionnel
et visible sur 360°, ce qui est
unique au monde sur le plan technique et artistique.
En 2004 nous avons mis au point le
big bang de la création de l’univers pour fêter
le 50e anniversaire du Cern. Cette oeuvre
fera date dans l’histoire de la pyromélodie. En
2004, pour les Fêtes de Genève, le thème
musical choisi était les séries télévisées.
En 2006 pour les dernières fêtes de Genève,
le thème choisi était les musiques celtiques
d’Europe.
Nous avons mis en place un concours de
feux artistiques baroques. L’aspect artisanal
d’effets comme les roues de feu, les serpentins,
combinés avec une musique médiévale
nous a attirés car il revient aux origines du feu
d’artifice. La dimension magique que procure
un feu d’artifice pyromélodique peut permettre
tour à tour de nous transporter dans
une dimension temporelle de création du
monde, d’avenir de science fiction ou de fête
baroque en donnant au spectateur une sensation
d’être pleinement plongé dans l’avenir
ou dans le passé.
Comment s’organise un feu ?
Nous concevons plusieurs tableaux et choisissons
les artifices en fonction de l’effet
désiré. Chaque effet est installé, numéroté
puis connecté. La phase de montage des
pièces est longue et intègre des notions de
sécurité très précises car il s’agit d’explosifs.
La mise à feu s’effectue grâce à des allumeurs
électriques qui sont connectés à une
console de tir. Une vérification minutieuse
s’impose ensuite car nous n’avons pas le
droit à l’erreur. En effet, il est impossible de
répéter. Le soir du feu, il faut toute l’attention
des professionnels du métier pour allumer
au moment exact l’artifice désiré. Voilà pourquoi,
un spectacle « Son et Lumières », nécessite
l’implication de nombreux techniciens et
une préparation importante.
Cela coûte cher ?
Nous évaluons le prix d’un feu d’artifice normal
à environ 1000 CHF par minute. Pour un
feu pyromélodique il faut parfois multiplier
par trois ou par quatre. Cependant, il convient
de souligner que nous essayons de réduire
les coûts par notre connaissance des fournisseurs
et des produits, il ne s’agit pas d’une
activité lucrative pour nous mais plutôt de
l’accomplissement d’une passion.
Vous tirez des grosses bombes ?
L’essentiel n’est pas le calibre de la bombe ni
la force de l’explosion. Nous tentons en effet
de tirer partie du site, de la configuration du
terrain. Nous jouons sur les effets que peuvent
procurer une pièce d’eau, des arbres
majestueux. Nous tentons de souligner et
de mettre en valeur l’aspect historique ou prestigieux d’un lieu. Un feu d’artifice composé
uniquement d’explosions multicolores
ne nous intéresse pas.
Pour répondre précisément à cette question,
les «gros calibres» utilisés pour le big bang du
CERN étaient très importants car ils répondaient
à un effet désiré.
Vous avez récemment visité le Palais
des Nations, qu’en pensez-vous
comme site de tir?
Le site du Palais est évidemment exceptionnel,
il allie à la fois la beauté du paysage, l’aspect
historique et la force du symbole des
Nations Unies.
C’est quand vous voulez!
Le site internet réalisé par Catherine Walder
est à l’image du personnage et de ses photographies:
ni recadrage, ni retouches, un
bouquet final empreint à la fois de poésie de
force et de sensibilité.

