CONSEIL DE COORDINATION: L’ACTION CONTINUE
Christian David est le Secrétaire exécutif adjoint du Conseil de coordination du personnel depuis mars 2006, il répond à nos questions.

Christian David,
Secrétaire exécutif
adjoint du Conseil
de coordination
du personnel.
Quel est votre rôle
au sein du Bureau exécutif?
Je suis l’adjoint d’Oleg Kiiamov le Secrétaire
exécutif. Nous formons une équipe soudée
avec Liliane et Manuela nos deux secrétaires.
C’est grâce au vote de nos collègues que j’ai
pu accéder à cette fonction. Notre action
consiste à défendre les intérêts du personnel
à deux niveaux: des négociations pour le
long terme et les affaires «courantes». Je m’occupe
plutôt de cette catégorie, c’est-à-dire les
demandes de mes collègues relatives aux
problèmes qu’il faut régler au jour le jour.
Pourquoi avez-vous voulu prendre
ces dossiers?
C’est dans ce domaine que je pensais être
utile. En tant qu’agent de sécurité, militaire,
autodidacte et plutôt un homme de terrain,
j’ai acquis une certaine expérience dans
l’écoute des gens. Je pensais que je serais
plus efficace dans ce rôle.
Avez-vous été formé pour cette tâche,
comment procédez-vous?
Non, et c’est bien là le problème! Rien n’est
actuellement prévu pour la formation des
représentants du personnel. Nous tentons
de mettre en place un programme de formation.
Chaque demande est suivie. Selon la complexité
du cas, un formulaire, mis au point
cette année par le Bureau exécutif, est envoyé.
Il est renseigné directement par le collègue
concerné, car il répertorie précisément
tous les éléments dont nous avons besoin. Le
dossier est constitué et une rencontre intervient
pour envisager les différentes possibilités.
Le court délai avant la rencontre permet
de faire appel à l’expertise de personnes de
confiance ou de consulter la documentation
pertinente. L’idée principale est de répondre
de manière rapide et qualitative en s’organisant
pour aller à l’essentiel. Il arrive fréquemment
que des cas interviennent dans le cadre de la compétence de la Conseillère du
personnel et son adjoint ou de la psychologue
du travail. Nous avons convenu d’une
démarche commune et interactive, afin de
pouvoir offrir ensemble les meilleures possibilités
de résolutions de problèmes.
Quels sont les résultats
de ce formulaire?
Le cas d’une collègue est significatif. Elle
avait souffert de harcèlement et était psychologiquement
diminuée. Elle a renseigné
le formulaire en suivant la chronologie des
faits. Petit à petit, elle a retrouvé une maîtrise
qu’elle croyait avoir perdue, elle nous a finalement
donné une leçon d’efficacité. Un
bon dossier permet de disposer d’une argumentation
solide et de tenter la médiation. Il
peut aussi être utilisé par le collègue pour
avoir un certain recul par rapport à une situation
et faire le point.
Que pensez-vous de la justice
au sein de l’ONU?
Le système de justice de l’ONU a été qualifié
de «dépassé, dysfonctionnel, inefficace et
déficient» par des experts, dans leur rapport
sur la refonte de la justice (A/61/205). Il ne
sert donc à rien, actuellement, d’entraîner un collègue dans une longue procédure qui
durera des mois lorsqu’il est possible de
tenter une médiation ou un arbitrage et donc
un «règlement à l’amiable». Dans le même ordre
d’idée, il paraît inconcevable que nous ne
disposions pas d’un organe de médiation efficace
à Genève.
Quels sont les cas traités?
Ils sont confidentiels, nous avons aidé mes
collègues en envoyant des recours auprès
du Secrétaire général, des courriers au nom
du Conseil. Nous sommes intervenus auprès
de l’organe de médiation (Ombudsman)
de New York à quelques reprises. Nous
avons même dû intervenir dans des cas qui
mettaient en cause la pérennité de certains
services.
Comment vous organisez-vous?
Nous essayons de répondre rapidement aux
demandes. Nous nous sommes inspirés notamment
des approches qualitatives d’ISO.
Nous utilisons les différentes sources qui
permettent d’obtenir l’information recherchée.
L’amitié pour plusieurs personnes, auxquelles
il est fait appel selon leurs compétences,
a également permis de pouvoir
disposer de leurs expertises respectives pour
renforcer nos compétences dans certains domaines.
Le fait de travailler dans un environnement
multiculturel représente aussi une
satisfaction sans cesse renouvelée. Des
contacts ont été noués, y compris inter organisations,
avec des personnes «vraies», qui
offrent des qualités humaines et une connaissance
qui ne peuvent que rendre fructueux
les échanges. Ce dernier aspect apparaît
comme la meilleure approche pour parvenir
à améliorer le fonctionnement de notre Organisation.
Le courage est souvent nécessaire
pour aller au bout de notre démarche,
y compris lorsqu’il serait plus confortable
d’abandonner. Le contact et le partage avec
des personnes plus expérimentées, plus
compétentes demeurent le ciment de notre
travail quotidien.
Quels sont vos mécontentements?
Le vent de la réforme souffle, il faut le surveiller
afin d’éviter certaines dérives. La mobilité
notamment préoccupe nos collègues. Il
faut par ailleurs réformer la représentation du
personnel. Certains dossiers n’ont pas pu
aboutir, nous ne sommes pas parvenus à mettre en place le vote électronique alors
qu’il fonctionne à l’OMS et à Vienne. Des
dissensions internes mettent parfois en cause
notre efficacité. Force est également de
constater que les délais de réponses aux dossiers
que nous transmettons sont trop longs.
Dans la plupart des cas, lorsqu’un conflit ou
un différend se présente, il n’est pas résolu à
la source, des mesures transitoires sont prises
et il ressurgit plus tard. Dans quelques cas, il
apparaît que le fait de cacher l’information
provoque des suspicions. Un collègue n’a
pas été sélectionné pour une promotion?Expliquez-lui pourquoi afin qu’il puisse
s’améliorer!
Et tes satisfactions?
Nous répondons aux demandes, beaucoup
de dossiers ont abouti. Les rencontres avec
ceux qui possèdent l’intelligence du coeur,
qui est toujours plus efficace que la bureaucratie,
ont été essentielles. Il n’est pas nécessaire
d’être représentant du personnel
pour aider, il suffit simplement de faire savoir
que l’on est disponible. Nous avons la chance
énorme de travailler dans un environnement
privilégié de dans des conditions enviables.
Avant ces élections
quel serait votre message?
Nous avons la chance énorme de travailler
dans un environnement privilégié et dans des conditions enviables. Je crois profondément
que les «rivalités politiques» des représentants
du personnel n’ont pas lieu d’être et
affaiblissent leur action. Il faut que les fonctionnaires
n’hésitent pas à demander des
comptes si l’attitude de leurs représentants ne
les satisfait pas. Il faut qu’ils soient conscients
que par le biais de leurs représentants, ils ont
le droit tout autant que le devoir de demander
des comptes à tous ceux qui ne respectent
pas nos valeurs, quelle que soit leur position.
Comment définir
un bon représentant du personnel?
Il faut que les fonctionnaires n’hésitent pas à
demander des comptes si l’attitude de leurs
représentants ne les satisfait pas. Il faut qu’ils
soient conscients que par le biais de leurs représentants,
ils ont le droit tout autant que le
devoir de demander des comptes à tous ceux
qui ne respectent pas nos valeurs, quelle
que soit leur position.Un ancien représentant
du personnel, qui a longtemps occupé cette
fonction souvent ingrate, me disait que les
meilleurs représentants qu’il avait rencontrés
étaient ceux qui avaient eu à subir des injustices
et qui avaient transformé ces mauvaises
expériences en énergie positive pour
se mettre au service de leurs collègues. La
porte est toujours ouverte pour ceux qui se
reconnaîtront et qui hésitent encore…

