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LA SOIRÉE MULTICLUBS DE FIN D’ANNÉE: UNE BELLE FÊTE INÉDITE

Le Hall XIV avait rarement été à si joyeuse fête.
Pourtant, cet altier quadrilatère de belle pierre qui
forme le foyer de la Salle des assemblées est
coutumier des circonstances de haute volée et des
moments de réjouissance : il accueille à longueur
d’année des concerts de haute tenue offerts par les
représentations diplomatiques auprès de l’Office,
dont nos collègues, pressés peut-être de rentrer
chez eux, le soir, profitent sans doute trop peu.

ALEX EZANA

Par cette soirée du 14 décembre, le hall XIV avait pris des accents carrément joyeux. Il y avait de quoi. Au pied des marches menant à la salle des assemblées, différents spectacles de musique et de danse d’une grande diversité culturelle s’offrirent pendant trois bonnes heures, aux regards, d’abord incrédules, puis rapidement conquis de plus de 200 collègues qui avaient eu la bonne idée de répondre à l’invitation du Club de Danse et du Club de musique.

Acrobatique capoeira
Peu oublieront, par exemple, les étonnants danseurs/lutteurs du groupe «Capoeira volta do Mundo», tout de blanc vêtus, qui présentèrent, avec une profusion de gestes acrobatiques et surprenants de félinité, une ronde traditionnelle afro-brésilienne, accompagnée par les chants, le berimbau («l’arc-quichante») et le pantalla (tambourin). Spectacle inattendu dans ces lieux plutôt austères, entre les bustes d’Eleanor et de Franklin Roosevelt à une extrémité et à l’autre d’Ignacy Jan Paderewski, Premier ministre et diplomate polonais qui signa pour son pays le Traité de Versailles en 1919 mais dont on sait trop peu qu’il fut aussi un très grand pianiste et compositeur.

Une exquise parenthèse
Peut-être ce grand musicien goûta-t-il en fin connaisseur la prestation d’Adriana Hodari, cantatrice familière des grandes scènes internationales qui, par la chance d’une amitié chez nous, offrit généreusement la surprise de la soirée, chantant divinement deux airs d’opéra italien, du Verdi d’une incroyable finesse. Sa voix extraordinaire de puissance et de délicatesse emplit avec une aisance stupéfiante cette salle d’un magnifique silence, qui sembla, pour quelques instants magiques, trouver enfin sa destination naturelle. Qu’importe si le Club de musique n’avait pu mettre à la disposition du pianiste accompagnateur qu’un modeste synthétiseur au lieu du piano de concert que le talent de la cantatrice exigeait naturellement. Peutêtre, par la grâce de quelque volonté administrative? Bonne et généreuse, l’avenir contribuera-t-il mieux au sublime? Qu’importe. On sentit l’auditoire se détendre, se relâcher, presque s’alanguir. Des regards se voilèrent; des yeux rêverent, mi-clos.
Cette exquise parenthèse, s’était insérée entre deux magnifiques chorégraphies présentées avec leur habituelle maestria par les professeurs de tango du Club de danse, Mariana Lagable et Juan Carlos Korol. Avec les deux morceaux dansés par nos collègues, élèves du cours, le tango fut comme un bel écrin de ce moment d’exception.

Cocktail de jazz, de rock et de mélodies éternelles
La soirée avait été remarquablement lancée par l’orchestre du Club de musique des Nations Unies, dirigé élégamment et précisément par notre collègue Patrice Piguet, qui avait ouvert le feu par quelques jolis airs de jazz et de bossa nova qui rehaussèrent le cocktail dînatoire d’accueil agrémenté par les délicieuses surprises du buffet canadien.
Les rockers du Kentucky Club avaient amicalement riposté aux souples évolutions des capoéristes par des danses endiablées, trempées corps et âme dans une athlétique énergie absolument sidérante d’audace et de virtuosité.
Le groupe «Mélodies éternelles» de notre collègue Igor Doudenkov, belle rencontre de guitares et de voix, entraîna chacun dans un beau détour imaginaire par les vastes pleines de Russie, par la grâce de mélodies qui méritent bien leur nom.

Trêve poétique, danses orientales, rite yoruba afro-cubain
Mais la poésie n’avait pas été oubliée. Une douzaine de récitants de la Société des écrivains, offrirent un moment de réflexion et
d’introspection contextualisée, explorant, par un contraste bienvenu avec l’exubérance ambiante, le thème d’une pastorale conçue par notre collègue Karin Kaminker.
Courte trêve poétique avant la reprise des festivités visuelles car déjà étaient entrées en scène nos collègues du cours de danses
orientales, sous la conduite attentive et rassurante de Ramah, leur maître de danse égyptien. L’assistance eut peine à croire que, conjuguée à la musique, tant de grâce et de beauté, apanage sans doute du corps féminin, put être le résultat d’une dizaine de leçons seulement. Sauf que les fascinantes danseuses du cours privé de maître Ramah, dont notre collègue Chirine Achkar, élevèrent leur ravissement de quelques degrés supplémentaires, surtout parmi les messieurs, qui eurent sans doute bien du mal à se libérer de leur effet d’envoûtement.
Et que dire de la danse yoruba afro-cubaine présentée par Ivonne Gonzales, sinon que ce fut une étonnante merveille? Seule dans le cercle de danse, qu’elle habite pourtant tout entier, vêtue de la grande robe bleue de Yemaya, déesse de la Mer au panthéon des dieux orishas transplantés et ré-acclimatés à Cuba par les Africains arrachés violemment à leurs terres ancestrales. Coiffe bleue et volants blancs, telle l’écume des vagues dont chacun de ses mouvements, d’une souplesse et d’une légèreté inouïes, reproduisent les incessantes ondulations. Rarement grande prêtresse aura eu un tel pouvoir d’envoûtement, par la seule grâce de la danse.

Soirée dansante
En fin de soirée, mais pas à bout d’énergie, bon vin, bonne chère et ambiance de fête de fin d’année aidant, les danseurs de salsa ne se firent pas prier pour libérer leur énergie et leur envie de danser trop longuement excitée et retenue, entraînés par les rythmes implacables et irrésistibles de la musique afro-cubaine. Aux rythmes des congas succédèrent sans relâche d’autres rythmes entraînants dans un enchaînement bienfaisant, du zouk antillais au compas haïtien et au reggae jamaïcain avec une pincée de rockn’roll.

Petite histoire
Ainsi, le Hall XIV qui n’avait été, jusqu’à la rénovation de 1937, qu’un vaste porche destiné à permettre aux dignitaires de descendre de leur voiture à l’abri des intempéries, s’est-il peut-être gagné un nouveau destin. La petite histoire dit que les immenses ouvrages de ferronnerie, qui le délimitaient sur trois cotés, avaient dû être amenés du Luxembourg, leur lieu de fabrication, après un vaste détour autour de la Suisse par la France, la largeur des camions luxembourgeois prévus pour les transporter étant supérieure aux normes suisses. Après un passage par le col de la Faucille, une dérogation spéciale permit au convoi de parcourir les quelques kilomètres restants, entre la frontière gessienne et le siège de la Société des Nations. Munis de l’histoire ancienne et récente du Hall XIV, nul doute que nos collègues seront bien avisés, à la prochaine fois des clubs, de venir plus nombreux encore, vivre une belle soirée multiculturelle. Sans détour, bien entendu.

Remerciements
Merci à tous ceux qui ont contribué au succès de la soirée du 14 décembre. D’abord aux «petites mains» de tous nos collègues, membres ou non des clubs qui ont généreusement participé à l’organisation et à la réalisation de cet événement inédit avant, pendant et après la soirée. Merci également aux artistes des différents clubs qui y ont joué, récité, chanté, dansé, photographié ou filmé. Aux collègues des services techniques qui nous font avec talent et gentillesse des installations de sono de plus en plus performantes et des services de manutention qui nous ont aidé à installer une belle salle de façon originale. Remerciements également aux artistes invités qui ont enrichi le programme et contribué à ce que cette première soirée multiclubs soit aussi une soirée multiculturelle brillamment réussie. Qu’ils soient remerciés plus personnellement dans l’organigramme publié conjointement. Merci enfin au Conseil de coordination qui nous a accordé une subvention de 2000 francs, fort utile pour couvrir une bonne partie des frais, notamment à son secrétaire exécutif adjoint, Christian David, qui ne nous a pas ménagé son soutien. Souhaitons que tous les membres du Conseil comprennent eux aussi que les clubs «forces vives et créatrices du personnel» méritent leur soutien concret et dévoué à l’action qu’ils mènent pour l’agrément et le bien-être de l’ensemble du personnel.

ALEX EZANA est Président du Club de danse des Nations Unies et Coordonnateur de la soirée multiclubs.
Photos: Club Photo International.

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