SÉCURITÉ: CE QUI A CHANGÉ, CE QUI VA CHANGER

La sécurité du Palais des Nations est, à
l’image
de notre
Organisation, en pleine
mutation.
Afin de renforcer la sécurité
des fonctionnaires,
le Secrétaire général a
voulu créer
un
Département de la Sécurité
et de la Sûreté
(DSS).
Cette
décision a
initié
un changement
profond
dans la nouvelle
mission
de cette
unité. Dans
ce cadre,
UN Special a voulu
informer
le
personnel
en
invitant
M. Wood,
nouveau
Chef de la
Sécurité
au Palais
à
s’exprimer.
CHRISTIAN DAVID, ONUG
Quelle est votre expérience
professionnelle, notamment,
au sein de l’ONU ?
En tant qu’ancien officier français, j’ai été
appelé en 2003 à occuper des fonctions pour
l’ONU en Afrique successivement au Congo
et au Burundi. J’ai également eu une expérience
de l’environnement multinational en
tant qu’attaché militaire à Washington. Outre
mes fonctions militaires, j’avais également
été nommé conseiller particulier d’un haut
dignitaire de l’ONU pendant la guerre en
ex-Yougoslavie. J’ai été confronté, tout au
long de ces années, à des situations de crise,
de danger. J’ai dû tenir compte d’exigences
contraignantes en milieu parfois hostile.
Quelle a été votre motivation pour
vous porter candidat à ce poste ?
J’ai été informé de l’avis de vacance du poste
de chef de la sécurité à l’ONUG. J’ai postulé
particulièrement pour deux raisons : la première
est qu’il s’agissait d’un défi difficile à
relever, la deuxième est liée à ma vie familiale.
Depuis plusieurs années, mes missions
sur le terrain, les dangers et les déplacements
qu’elles impliquaient se sont faites au détriment
de ma famille. J’ai donc désiré retrouver
davantage de stabilité.
Vous parlez de difficultés,
quelles sont vos tâches ?
Ce poste implique une approche vraiment
particulière due essentiellement aux responsabilités
qui en découlent.
En tant que Chef de la Section de la sécurité
et de la sûreté, je dois m’assurer que la mission
qui nous est confiée: veiller à la sécurité
des fonctionnaires de l’ONU à Genève, est
remplie.
Il convient de noter que j’assure également
le rôle de « Chief Security Adviser » pour les
33 agences de l’ONU qui occupent un siège
à Genève. Donc en quelque sorte, je porte
deux casquettes.
Que vous inspire la situation
actuelle à Genève ?
Le contexte international engendre des responsabilités
importantes en terme de sécurité
et nous devons, le cas échéant, être capables
à tout moment de faire face à une crise. Il ne
s’agit bien évidemment pas de sombrer dans
la phobie de l’attentat mais de se préparer.
Des exercices de gestion de crise sont d’ailleurs
en cours avec toutes les agences. Chacun
doit être conscient que la menace est
bien réelle. Nous avons dû faire face à une
crise en octobre dernier, laquelle a engendré
une alerte. Nous avons pu, à cette occasion,
réaliser les progrès qui restaient à entreprendre.
Pour la gestion des crises, plusieurs exercices
ont été rendus possibles. Ils contribuent
et contribueront à améliorer nos capacités
opérationnelles.
Les objectifs du Département de la Sécurité
et de la Sûreté (DSS) et du Directeur général
sont clairs. Ils imposent une meilleure coordination
des services concernés pour faire
face en cas de crise. Dans ce domaine, notre
Section dispose de contacts réguliers pour
évaluer la menace avec l’Etat hôte et les interlocuteurs
appropriés.
En ce qui concerne la situation de la Section,
j’ai été informé par mes prédécesseurs, que
la combinaison des compétences et des talents
de l’équipe de Genève pouvait permettre,
dans la durée, de mettre en place et
de générer une entité digne des défis futurs.
Depuis que je suis arrivé, je dois me rendre
à l’évidence que cette évaluation du potentiel
de mes collègues est bien réelle, y compris
parmi notre personnel administratif.
Quel est ou sera l’effectif
de la Section, le recrutement
continuera-t-il ?
Nous prévoyons un effectif de 200 collègues,
répartis dans le Palais et les annexes. Le recrutement
continue. Nous imposons des critères
sélectifs afin de sélectionner les meilleurs
candidats. Nous leur proposons ensuite
une formation de deux semaines avant de
leur attribuer un poste. Nous avons besoin de
« sang neuf » et également de permettre à
chaque collègue ancien de donner la pleine
mesure de son professionnalisme et de ses
qualités. Pour cette raison, nous entreprenons
des programmes de formation et de
recrutement qui se veulent ambitieux, interactifs et performants. Dans la même optique,
afin à la fois d’éviter un travail routinier et de
privilégier la polyvalence, nous effectuerons
des rotations dans tous les postes.
Un mot sur la diversité ?
Nous sommes pleinement conscients qu’il
faut développer la diversité culturelle. Malheureusement,
il est difficile dans tous les
sièges de pourvoir des postes services généraux
(G) en tenant compte de cette diversité.
Les conditions de recrutement imposent que
nous rencontrions les candidats et le voyage
et les frais engendrés ne sont pas pris en
charge. Nous travaillons sur ce problème
dans le cadre du DSS car il concerne toutes
les agences dans le monde.
La diversité, c’est également de permettre
au personnel féminin d’occuper une place
déterminante dans notre Section : je m’y
emploie.
Quels contrats sont offerts
aux agents ?
Nous avons des contrats journaliers avec les
retraités qui constituent un effectif de choix
pour nous permettre de faire face aux renforts
ponctuels.
Nous désirons développer les contrats fixes
afin de permettre à nos collègues d’assurer
leur implication et leur motivation dans la
durée et de pouvoir envisager sereinement
une bonne perspective de carrière. Cette
durée est également nécessaire pour nous
permettre de planifier de manière opérationnelle
notre mission.
Chaque membre de notre Section devrait à
terme, pouvoir planifier son emploi du temps
à l’avance, sa formation et parfaire sa condition
physique et ses compétences linguistiques.
Quel mandat avez-vous pour
améliorer le fonctionnement
de cette Section ?
Une réelle confiance existe avec le Directeur
général et avec la Directrice de l’administration.
Ce concours m’a permis de pouvoir
initier ce travail constructif qui consiste
à donner à cette Section, les moyens de répondre
aux exigences fixées par DSS. Nous
avons une ligne de conduite fixée mais également
une spécificité et une liberté d’action
qui nous permettra d’assumer nos responsabilités
pour accomplir notre mission.
L’approche de la formation
changera t’elle ?
Des moyens supplémentaires nous sont octroyés
et c’est à nous de savoir les utiliser au
mieux pour rendre notre approche qualitative
et professionnelle.
La formation constitue le passage obligé pour
améliorer la compétence de nos collègues, les
exercices d’incendie, les mises à jours et les
formations diverses pourront également être
données à d’autres organismes. L’amélioration
technique ne sera pas négligée même si notre
ressource principale est la ressource humaine,
nous utiliserons les techniques modernes
pour permettre la sécurisation de tous
nos collègues. Nous initions également un
module d’entraînement en zone hostile qui
permettra à nos collègues d’appréhender le
danger sur le terrain en mission.
Nous continuerons bien évidemment à utiliser
les possibilités offertes par le service de
formation de l’ONUG pour améliorer nos
compétences communes, notamment pour
les langues.
Un mot de la motivation
du personnel ?
La motivation passe par plusieurs critères
qui vont de l’adhésion et la participation
au projet collectif, le partage d’une vision à
long terme, l’exercice du commandement,
la confiance et le respect, le développement
des compétences et la valorisation des performances
par la promotion. A cet égard, je
m’engage à donner à tout agent la possibilité
d’évaluer sa marge de progression afin d’être
à même de répondre aux exigences demandées.
J’insiste également sur la notion de
transparence et l’honnêteté, je réclame que
ces exigences que j’applique soient également
celles de ceux et celles qui sauront venir
me trouver.
Cette unité très importante
est-elle facilement gérable ?
J’ai la chance d’avoir une expérience dans ce
domaine, puisqu’il m’est arriver de gérer
jusqu’à 2000 personnes. Il m’importe au plus
haut point que ce travail devienne un travail
d’équipe, que chaque collègue soit conscient
de ce qu’il apporte à la cause commune. Il
est également essentiel que chaque fonctionnaire
soit convaincu que notre mission
ne pourra pas se réaliser sans eux. Outre la
camaraderie et l’esprit de corps que nous voulons développer dans la Section, nous
restons des fonctionnaires à part entière et
nous partageons les mêmes valeurs que nos
collègues qui ne portent pas l’uniforme.
Les fonctionnaires sont préoccupés
par l’augmentation des mesures
de sécurité et les restrictions
des parkings ?
La grande majorité de nos collègues sont
conscients que cette augmentation des exigences
est nécessaire même si elle provoque
des perturbations en terme d’accès au Palais.
Cependant, le souci de renforcer l’efficacité
de notre Section a également pour but d’assurer
un meilleur service à nos collègues,
de prendre en compte leurs doléances et d’y
répondre. J’insiste sur le fait que nous
sommes fonctionnaires avant tout et, que
leurs préoccupations sont aussi les nôtres.
Comment envisagez-vous
l’avenir de cette unité,
espérez-vous réussir ?
« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre,
ni de réussir pour persévérer » c’est
une citation de Guillaume d’Orange et elle répond
parfaitement à votre question.

