Invité du mois

CDG, GVA, JFK, GVA:

ITINÉRAIRES D’UNE
FONCTIONNAIRE DE L’ONU

PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN MICHEL JAKOBOWICZ, ONUG
Interview de Madame Aminata Djermakoye,
Directrice de la Division de l’administration de l’ONUG
Madame Aminata Djermakoye

Quel a été votre parcours à l’ONU?
J’ai débuté dans cette grande maison, par une période de 18 mois, au bénéfice de contrats temporaires comme chargée d’information à Paris. A l’époque, il s’agissait de promouvoir une campagne pour le désarmement. Je n’étais absolument pas spécialiste en la matière puisque je possédais un diplôme de marketing.
Monsieur Cottafavi, l’un des anciens directeurs généraux de Genève, est venu à Paris pour une conférence et j’ai travaillé avec et pour lui. Il a dû être satisfait de mes services puisque à la fin de la conférence, il m’a proposé de venir travailler à Genève. J’avais complètement oublié cette histoire quand, six mois plus tard, j’ai reçu un message de Genève m’enjoignant de venir le plus rapidement possible: j’étais convoquée pour un entretien. Quelques mois plus tard, j’étais affectée aux relations extérieures et à la coopération avec les autres institutions internationales au sein du bureau du Directeur général. Je suis restée à ce poste pendant 10 ans.
Pendant cette période, j’ai aussi été représentante du personnel. Lorsque M. Petrovsky a pris les fonctions de Directeur général à Genève, il a cherché un chef de cabinet. Il désirait une personne qui connaissait bien la maison et le système des Nations Unies, qui pouvait travailler en français, et si possible une femme venant d’un pays en Voie de Développement. C’est ainsi que je me suis trouvée propulsée à ce poste de chef de cabinet du Directeur général à Genève. Je m’y suis engagée à titre temporaire car mon espoir était d’aller à New York. Ma fille y poursuivait ses études et j’avais envie de me rapprocher d’elle. Il s’est trouvé que ce poste que je voulais temporaire, a duré beaucoup plus longtemps que prévu puisque j’ai conservé cet emploi pendant 10 ans. Quel ques mois après le départ de M. Petrovsky, le Secrétaire général m’a fait appeler à New York afin de prendre la fonction de chef du protocole.

En quoi consiste la fonction de chef du protocole?
A New York, c’est un grand service. En temps normal, nous étions 14. Ce nombre s’explique par la charge de travail importante: le service du protocole fait le travail qui est dévolu à Genève au pays hôte. L’enregistrement des demandes de visas et, d’une façon plus générale, toutes les relations entre le pays hôte et les missions, passent par ce service. Cinq administrateurs chargés du protocole, se partagent les responsabilités de prendre en considération entre 38 et 45 pays ou organisations inter gouvernementales. Chacun connaît intimement, la composition des missions et intervient au quotidien auprès de chacune d’entre elles. L’aspect opérationnel, de la tâche est certainement le plus visible. Il consiste à accueillir les visites des chefs d’Etat. Cette organisation s’effectue soit par le biais les missions diplomatiques, ou avec ce que nous appelons des «advance team». Ces équipes sont composées par des collègues du protocole et de la sécurité de ces chefs d’Etat. Le protocole organise également les conférences des Nations Unies qui se déroulent à l’extérieur du siège. Nous accompagnons souvent le Secrétaire général lorsqu’il participe à des sommets de chefs d’Etat. Il existe d’autres tâches quotidiennes comme les plans de table, y compris pour les réunions importantes ou l’accompagnement de certains hauts dignitaires.

Existe-t-il des règles pour ces fonctions?
Les règles existent et sont prises en compte mais, dans la plupart des cas, la connaissance des dossiers est primordiale. Si un chef d’Etat vient pour une question difficile, nous en sommes conscients et nous organisons en conséquence.

Est-ce un travail intéressant?
Oui, cette mission est très intéressante. La charge de ce poste ne peut apparaître ni dans les livres ni dans les manuels. Il doit exister un mélange subtil, composé d’instinct, d’intuition et de connaissance parfaite du contexte politique international. Il est en effet primordial de nous tenir informés de l’actualité des chefs d’Etat qui sont accueillis. Ce travail nécessite également une excellente connaissance du fonctionnement de l’Organisation elle-même et de ses intérêts.

Une question triviale: quand vous avez une photo à prendre de tous les chefs d’Etat comment s’organise la mise en place des dits chefs d’Etat?
C’est un sujet très intéressant: La plupart du temps, c’est relativement simple et arrangé selon l’événement. Il est tenu compte de l’ordre alphabétique de l’année, c’est-à-dire celui de l’assemblée générale chaque année. Mais bien sûr il y a des exceptions et un ordre de préséance. Par exemple il faut placer le président de l’assemblée générale devant puis le président du conseil de sécurité, les présidents des groupes régionaux. Ensuite, il faut tenir compte des demandes spécifiques: tel chef d’Etat préfère être placé à tel endroit, etc. Au dernier moment, il faut aussi essayer «d’équilibrer» la photo, par exemple en répartissant les femmes de façon à ce qu’elles ne soient pas toutes au même endroit. Certaines délégations demandent même à voir le plan juste avant la photo pour s’assurer que l’endroit où se trouve leur chef d’Etat convient.

Après le poste de chef du protocole vous êtes revenue à Genève comme Directrice de la Division de l’administration. En quoi consiste votre nouveau travail?
J’ai d’abord été sélectionnée parce que je connaissais bien Genève. L’une des principales actions que j’avais à accomplir en revenant ici était de veiller à ce que Genève soit prête à mettre en oeuvre la réforme au moment venu. Il m’a fallu aussi veiller à ce que toutes les mesures de sécurité décidées par New York, étaient appliquées à Genève. A part la sécurité et la réforme, j’occupe les fonctions normales d’un chef d’administration, qui consistent à veiller sur la gestion des ressources humaines, les aspects budgétaires et financiers, les services centraux d’appui et tout ce qui a trait à l’informatique. Mon rôle consiste essentiellement à faire appliquer les politiques en matière de gestion et de fournir des services allant du soutien informatique au paiement des salaires en passant par le recrutement, la formation, les achats, etc. Il faut assurer un fonctionnement cohérent aux départements et organes des Nations Unies qui se trouvent à Genève ou en dehors de Genève et répondre à leurs besoins.

Pour en venir à ce qui concerne la sécurité, beaucoup de gens pensent que nous sommes allés trop loin!
Le fait n’est pas de savoir si nous sommes allés trop loin ou pas car notre marge de manoeuvre est très limitée. Il existe des normes de sécurité qui doivent être appliquées dans tous les bâtiments de l’ONU et dans tous les lieux d’affectation. Notre rôle est d’adapter ces normes aux besoins spécifiques de Genève.

Le Palais est-il un endroit sûr?
A mon avis, oui ! Parce que nous disposons d’un personnel de sécurité particulièrement efficace et que le pays hôte se montre très coopératif.

Les fonctionnaires à Genève font des travaux qui exigent beaucoup plus de responsabilités et d’esprit d’initiative qu’à New York

Que s’est-il passé exactement la semaine dernière lors de la fameuse alerte?
Ce qu’il faut avant tout savoir, c’est que nous ne disposons pas d’un service de renseignement spécifique à l’ONU. Nous dépendons essentiellement du pays hôte en ce qui concerne les renseignements. L’alerte qui a eu lieu il y a quelques jours et qui a été levée relativement rapidement nous a permis de tester «en temps réel» notre système et d’en tirer des leçons. Ce qui me paraît important, c’est de «former» nos collègues à de telles éventualités. Nous serons sans doute confrontés à de nouvelles alertes dans les mois et les années à venir.
C’est pourquoi il est essentiel que les collègues réagissent de façon ordonnée et rationnelle. Mais, il faut bien vous rendre compte qu’à New York le niveau d’alerte change d’une façon quasi hebdomadaire. Les gens sont beaucoup plus habitués à de telles situations.

New York ou Genève, lequel préférez-vous?
Le problème, c’est que je ne peux donner ma lecture de New York qu’à partir des fonctions que j’occupais. Il est vrai qu’être chef du protocole, côtoyer ceux qui possèdent le pouvoir de conduire la marche du monde et participer dans une modeste mesure au développement de l’histoire avec un grand H s’est révélé très enthousiasmant. Maintenant, il faut bien vous rendre compte qu’à New York j’étais qualifiée de Genevoise, ce qui dans la bouche des collègues signifiait un peu «la campagnarde»! En général à grade égal, les fonctionnaires à Genève font des travaux qui exigent beaucoup plus de responsabilités et d’esprit d’initiative qu’à New York. Ici, le savoir-faire est extraordinaire, et je trouve que nos collègues sont extrêmement qualifiés et hautement compétents. Cependant, en conclusion, je dois dire que je suis une amoureuse de New York et que cela était un grand plaisir pour moi de vivre dans cette ville.

Up