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LES LIVRES DES NATIONS UNIES
FONT SALON À FRANCFORT

EMMANUELLE GANTET, ONUG

Avec 280000 visiteurs pour sa 58e édition qui s’est
tenue du 4 au 8 octobre 2006, le Salon du livre de
Francfort a été comme chaque automne le rendez-vous
mondial pour les auteurs et les éditeurs, les agents
littéraires, les illustrateurs et créateurs, les
distributeurs et les libraires, les bibliothécaires, les
imprimeurs et journalistes.
La logistique de l’événement est impressionnante:
cinq halles qui totalisent 13 étages, soit 172000 m2
d’espace d’exposition où se réunissent près de 7000
exposants venus de 105 pays.

Depuis 50 ans, la Section vente et marketing des Publications des Nations Unies basée à New York et Genève s’associe à cet événement international en coopération avec une vingtaine d’agences des Nations Unies et quel - ques agences intergouvernementales. Le chef d’orchestre de ce stand de 180 m2 est depuis une vingtaine d’année Patrice Piguet, Chef de la Section vente et marketing des Publications des Nations Unies à Genève.

Quel marché représentent les publications des Nations Unies?
En volume, les Publications des Nations Unies ce sont 45000 titres depuis la création des Nations Unies en 1945, soit environ 700 titres par an, même si nous sommes plus proche de 400 aujourd’hui. En valeur cela représente un chiffre d’affaires mondial annuel de l’ordre de 7 millions de dollars US, dont 2,5 réalisés par le bureau de Genève.

Les Nations Unies sont saisies des problèmes du monde qu’il s’agisse de pauvreté, d’environnement, de guerres, de droits de l’homme, de terrorisme, de maladies et pandémies. Les Publications des Nations Unies abordent-elles ces thèmes?
Qui les écrit et à qui s’adressent ces publications? Les Nations Unies sont en effet connues avant tout à travers l’expression «pompiers du monde». Mais les Nations Unies représentent aussi une source d’information unique et inestimable de données suivies et mises à jour dans les domaines de l’économie, du droit international, des sciences sociales, de l’environnement, de l’énergie ou encore du transport pour n’en citer qu’une partie. Les départements auteurs de ces publications souvent très techniques sont des départements du Secrétariat des Nations Unies tels que celui des affaires économiques et sociales, ou des commissions régionales telles que la Commission Economique pour l’Europe. Les publications proviennent également d’institutions spécialisées telles que la FAO ou l’UNESCO et de programmes et fonds comme la CNUCED, le PNUE ou l’Université des Nations Unies. Environ 80% des publications des Nations Unies s’adressent aux gouvernements et au secteur académique-universités et bibliothèques. Les 20% restant se répartissent entre les ONG et les particuliers.

Votre lectorat vous est-il acquis ou avez-vous l’obligation d’aller au-devant d’eux?
Vous savez, je crois qu’aucun lectorat n’est jamais réellement acquis. Il est vrai que certains titres sont mondialement reconnus, sont attendus et se vendent presque «sans effort». Nous bénéficions d’un réseau de distributeurs qui s’organise par pays et par zones géographiques. Le bureau de New York couvre ainsi les zones Amérique du nord, Amérique latine, Asie et Pacifique et celui de Genève l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient. En fonction des marchés, plus ou moins organisés, plus ou moins atomisés, nous avons un ou plusieurs distributeurs.


Equipes de NY et Genève finalisant la présentation des
nouveautés avant la réunion avec ses distributeurs.

Quels sont vos best-sellers?
Nos meilleures ventes sont incontestablement l’«ABC des Nations Unies» et le «Yearbook of the United Nations» qui consolide les travaux de référence des Nations Unies et ses agences spécialisées. On peut également citer l’ADR (Accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route) et le WIR (World Investment Report). La «success story» la plus surprenante est celle du «Manual for the Preparation of Industrial Feasibility Studies» qui s’est vendu à plus de 150000 exemplaires depuis 1978, principalement en milieu universitaire.

Quels sont les thèmes qui se vendent le plus?
L’économie et la statistique sont des domaines très porteurs. L’habitat, la migration, l’environnement et les pays en transition
connaissent aussi ces dernières années un réel intérêt.

Qui produit les livres ? Votre section ou les départements auteurs ?
Pour certains titres, ce sont les départements auteurs qui gèrent entièrement la production de leurs livres et nous ne leur donnons que les références techniques telles que numéro ISBN et numéro de vente. Lorsque nous gérons la production d’une publication, nous travaillons avec la Section de la reproduction qui dépend de la Division des Services de conférence. Je tiens à souligner leur remarquable coopération.

Les Publications des Nations Unies répondent-elles à une ligne éditoriale?
Nous ne sommes pas une maison d’édition classique avec une ligne éditoriale définie. L’Organisation des Nations Unies publie ce que les différents départements produisent. La fonction même de l’éditeur qui crée et sélectionne les titres en fonction du goût des lecteurs n’existe pas. Les Nations Unies ne sont pas dans une réelle démarche marketing concurrentielle. Aussi, leurs publications se présentent pour beaucoup avec une mise en page assez austère, même si on note une évolution graphique significative pour de nombreuses couvertures.

M.Nicolas Bovay
QUATRE QUESTIONS A NICOLAS BOVAY
Chef de la Section vente et marketing
des Publications des Nations à Genève,
à partir du 1er novembre 2006

Quelle est votre expérience de l’édition?
Formé comme juriste et journaliste à Londres, j’ai plus de seize années d’expérience dans le domaine de la communication et de l’édition, dont huit ans dans une grande ONG internationale et cinq ans à l’ONU. J’ai également travaillé dans la rubrique internationale d’un grand quotidien francophone.

Votre expérience à l’ONU ?
J’ai grandi avec l’ONU. Mes parents étaient tous deux de la maison! Plus tard, alors que je travaillais à la Commission Internationale de Juristes, je passais beaucoup de temps au Palais. En 2000, je suis devenu fonctionnaire international. Je crois que je me suis toujours destiné à la fonction internationale et mon ambition est d’oeuvrer à rendre l’ONU plus visible, pour les messages de paix, des droits de l’homme et de justice sociale qu’elle porte.

Quels sont les qualités premières pour cette fonction ?
Avant tout, savoir être à l’écoute du monde, du public et de ses collègues. Une solide expérience du monde de l’édition, des organismes internationaux et des grands enjeux d’aujourd’hui est également essentielle. Enfin, pour mener à bien les projets, il faut savoir faire preuve de diplomatie sans renier ses propres idéaux ainsi que de discipline, tout en préservant une certaine flexibilité.

Quels sont les premiers projets que vous pensez mener dans vos nouvelles fonctions ?
Les relations avec les départements auteurs doivent faire partie de nos priorités et, en aval, il serait intéressant de développer certains lectorats tout en entretenant nos lecteurs actuels. Je souhaite également réussir l’orientation définitive que le marché a pris vers le commerce électronique. Mais avant tout, c’est avec mon équipe que je réussirai mes nouvelles fonctions. Je m’investirai donc plus particulièrement auprès d’elle pour que la Section réalise au mieux ses projets.

Parlons du Salon du livre à Francfort.
C’est un salon incontournable pour qui travaille dans l’édition. Il est un grand rendezvous des acquisitions et cession des droits. C’est aussi le moment par excellence pour appréhender les tendances des marchés, renforcer sa position sur certains d’entre eux et s’ouvrir à de nouveaux.
Le coût d’entrée pour exposer sur un tel salon étant élevé, une vingtaine d’institutions spécialisées, de programmes et fonds et d’organisations intergouvernementales s’associent à l’événement sous la bannière des Nations Unies. Parmi ceux basés à Genève, peuvent être par exemple cités l’UNESCO, l’OMS, la FAO ou encore le BIT, l’OMM, mais également l’OIM et l’OMC.

Le salon est réservé aux professionnels les trois premiers jours avant de s’ouvrir le samedi et le dimanche au grand public. Trois jours pour rencontrer vos distributeurs et négocier des droits, est-ce assez ? Etes-vous satisfait de l’édition 2006 ?
Trois jours suffisent. Cette année, j’ai été déçu par les contacts avec les distributeurs 45 – UN Special – Novembre 2006 qui étaient moins nombreux que d’autres années. En revanche, j’ai trouvé les perspectives de développement des ventes des produits électroniques très intéressantes. Au-delà des résultats quantifiés en rendez-vous, être présent sur un tel événement est important pour l’image des Nations Unies en tant qu’éditeur d’ouvrages de référence. Par ailleurs, c’est un moment privilégié pour une réunion générale avec nos distributeurs pendant laquelle nous leur présentant les nouveautés. C’est également l’occasion d’avoir une réunion avec l’ensemble des représentants des agences présentes sur le stand des Nations Unies et partager nos expériences.

Les publications des Nations Unies s’exposent-elles sur d’autres foires internationales du livre telles celles de Londres, du Cap, de Tokyo ou du de Beijing ?
Lorsque j’ai pris mes fonctions il y a une vingtaine d’années, l’ONU était présente sur de très nombreuses foires du livre, internationales ou non. La politique de présence sur les salons s’est depuis fortement restreinte. Cependant, certaines foires sont essentielles pour notre marché. C’est pourquoi nous seront présents au Salon du livre de Londres en avril 2007. Il est vrai qu’être présent sur un salon mobilise des ressources financières, et des ressources humaines pour la préparation commerciale en amont (recherche de contact et prise de rendezvous en réponse à une stratégie de marchés), ressources humaines dont nous n’avons pas toujours disposé.

La numérisation de l’industrie des médias et du livre connaît un réel développement. Quelle est la position de l’ONU pour ses publications?
Depuis maintenant une dizaine d’années, les publications des Nations Unies sont disponibles sur Internet et nos bureaux à New York lancent actuellement un nouvel outil qui permet à nos distributeurs de réaliser un catalogue personnalisé à leur adresse avec les thèmes des publications qui les intéressent. Par ailleurs, je pense qu’aujourd’hui le livre de référence a pris une orientation définitive vers l’information en ligne et ce genre de livre sera de moins en moins demandé dans sa version papier. C’est pourquoi la Section à Genève travaille sur un projet d’achat de pages en ligne avec la possibilité de «créer» son propre livre qui pourrait être une compilation de plusieurs pages sur un thème choisi. Ce projet initié il y a maintenant quelques années trouve une écoute attentive auprès de la direction à New York ainsi qu’auprès de certains départements auteurs.


L’équipe de la Section vente et marketing des Publications
des NU à Genève.

Etant donné la présence quasi-permanente de l’ONU dans les problèmes du monde et dans les médias, ne pensezvous pas qu’une meilleure présence auprès des particuliers et de l’enseignement primaire et secondaire permettrait une image plus objective des Nations Unies et une meilleure connaissance de l’ONU ?
Votre remarque est intéressante. Cependant, pour être présent auprès du grand public, il nous faudrait développer des outils de communication qui répondent à une stratégie et qui soient bien accueillis par nos distributeurs et les libraires. Il nous faudrait également disposer de plus d’ouvrages «grand public». Eduquer
les enfants dès le primaire sur les Nations Unies serait aussi certainement prometteur pour l’avenir des Nations Unies. Il existe des outils proposés aux enseignants sur le site Internet des Nations Unies. Des supports pour les collèges ont été développés il y a déjà une trentaine d’années. Mais leur diffusion auprès des programmes d’enseignement nationaux n’est pas toujours aisée.

Pourriez-vous me présenter votre équipe à Genève ?
A Genève, la Section ventes et marketing des Publications des Nations Unies représente une dizaine de personnes qui gèrent les questions administratives et financières, les commandes et la facturation, l’attribution des numéros ISBN et de vente, l’inventaire et les stocks, le traitement des abonnements on-line, la liaison avec la librairie des Nations Unies au sein du Palais des Nations (le Bookshop) ainsi que le développement des outils d’aide à la vente. Pour certaines fonctions, comme le on-line ou la promotion, notre équipe à Genève travaille en étroite coopération avec l’équipe de New York dont nous dépendons.

Quels sont vos liens avec le Bookshop situé au Palais des Nations à la porte 40 et à l’entrée Pregny ?
Pendant longtemps, le Bookshop a été géré par notre section. Depuis 2001, nous avons confié sa gestion au prestataire extérieur Adeco, Editions van Diermen, qui nous distribue également sur le marché suisse. Nous travaillons en étroite coopération tant sur le plan administratif qu’au niveau de la politique marketing, des produits de merchandising et des outils de promotion à développer.

Avez-vous toujours travaillé dans l’édition ?
Après mes études à la Haute école de commerce de Lausanne, j’ai effectivement commencé à travailler en librairie puis rapidement dans une maison d’édition. Mon goût pour l’étranger m’a conduit dans plusieurs pays dans lesquels j’ai continué à exercer dans des maisons d’édition telles Payot ou Hachette. C’est donc tout naturellement que lorsque je suis revenu à Genève, j’ai accepté la proposition de travailler pour les publications des Nations Unies.

Vous êtes très impliqué au sein du Club de musique de l’ONU: le saxophone ou la flûte traversière n’ont presque plus de mystère pour vous. Ferez-vous de la musique votre activité première à la retraite ?
La musique est très enrichissante tant sur un plan personnel que dans nos relations avec les autres. Je pense que sa pratique peut contribuer à développer les compétences nécessaires au management. Par ailleurs, un Club de musique à l’ONU me semble important et je souhaite, même à la retraite, contribuer à son développement durable.

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