UN Special N° 654 Septembre · September 2006 

Avez-vous votre coach?

Emmanuelle GANTET, ONUG

Q ui n’a pas entendu parler de coaching? Pour certains, «un coach, c’est comme un psy», pour d’autres «un coach c’est essentiellement pour le sport» ou encore «le coaching, c’est une mode». Que recouvre exactement les termes «coach», «life coaching», «coaching en entreprise», «coaching individuel» «coaching de groupe»?
Pour l’histoire, le mot coaching est dérivé du français avant d’être anglais. Le terme anglais coaching issu du verbe anglais to coach qui signifie usuellement «entraîner», «accompagner», «motiver », dans un contexte surtout sportif, est, en fait, issu étymologiquement du français «coche» (luimême dérivé du hongrois kocsis ou du tchèque koczi) qui, au XVIe siècle, était une grande voiture tirée par des chevaux pour le transport des voyageurs et conduite par un postillon ou un «cocher». Celui-ci est de fait une personne qui accompagne des voyageurs d’un point à un autre.

Le coaching en marge des évolutions de notre société
La complexification de l’environnement professionnel et personnel pose des questions sur le développement de la personne et la recherche de sens dans sa vie, tant professionnelle que personnelle. Aussi, le coaching s’est développé en marge d’un monde de l’entreprise traversé par des mutations importantes telles que restructurations, globalisation, internationalisation, émergence de nouvelles technologies, etc. Mais également face à l’affaiblissement des repères traditionnels représentés par les systèmes confessionnels, familiaux et idéologiques qui ont donné au travail une place essentielle.
La notion de coaching renvoie aux Etats-Unis des années 1950-1960 où les entraîneurs sportifs, des coachs, mettent en évidence qu’il faut, au-delà de l’entraînement physique d’un champion, une approche holistique qui inclut les dimensions essentielles du mental et de l’émotionnel. C’est à partir des années 1980 que le terme coaching va déborder du milieu sportif pour s’introduire dans celui de l’entreprise où les enjeux et les comparaisons en termes de compétition, d’excellence, de besoin de dépassement justifient une telle approche. En France, le coaching fait son apparition dans l’entreprise, de façon notoire, au début des années 1990, et plus récemment dans d’autres domaines, très hétérogènes, plus personnels.

Les différents types de coaching
Le coaching individuel regroupe un champ assez large d’interventions sur des problématiques telles que l’amélioration de l’efficacité personnelle, la prise d’un nouveau poste, le management d’une équipe, la gestion de situations interculturelles, l’image de soi, les problèmes relationnels et la communication avec autrui, la gestion du stress, la stimulation de la créativité, la gestion du temps, la recherche d’une plus grande cohérence d’action, etc.
Le coaching d’équipe vise l’amélioration de la performance collective du groupe par le renforcement de la cohésion. Il vise à dégager et optimiser les synergies relationnelles qui feront que le tout, représenté par le groupe, sera supérieur à la somme des parties, représentées par les individualités. Il aide à évacuer certains blocages ou rigidités du groupe, permet aux compétences de chacun de s’exprimer au mieux et fait émerger une vision qui soit appuyée de tous.
La demande de life coaching, ou accompagnement personnel de vie, recouvre un ensemble de besoins qui vont de l’aide à la décision, au travail sur l’épanouissement personnel, ou pour l’optimisation de choix de vie.
Aujourd’hui, avec la pratique du life coaching, le coaching devient une réponse potentielle à un champ quasi infini de problématiques.

Le coach est un «passeur»
Le coach est avant tout pourvoyeur de nouvelles perspectives à travers un regard bienveillant et exigeant. L’objectif du coach n’est cependant pas le bien-être à tout prix du coaché mais sa progression. Le désordre, le questionnement, la souffrance sont des facteurs de création, de progrès et de changements. Le coach doit avoir la capacité d’identifier les véritables enjeux du coaché dans la profusion d’informations. Il doit alors être force de stimulation et de propositions en définissant un cadre qui mobilise les compétences et les désirs du coaché. Le coach doit avoir cette capacité dite maïeutique pour être un «accoucheur» de solutions qui sont, néanmoins, générées par le coaché, toujours au centre du processus. La maïeutique, littéralement «art d’accoucher» était le procédé déjà utilisé par Socrate (et rapporté par Platon dans Le Théétète) pour permettre à ses interlocuteurs de rechercher des vérités qu’ils possèdent en eux-mêmes et qu’ils doivent découvrir grâce à un travail d’analyse et de réflexion.
L’enjeu du coaching est souvent de dépasser, de s’écarter de la zone de confort du coaché afin de tester de nouveaux comportements, savoirs, attitudes, créateurs de progrès. Il faut se rappeler l’injonction anglo-saxonne: Think outside the box, «pensez en dehors du cadre». Il faut parfois passer à un autre niveau logique, faire appel à une autre représentation pour gérer quelque chose d’insoluble au niveau précédent.

Les limites du coaching
La perspective de changement est une démarche vers l’inconnu et peut induire de fait une résistance. Comment oser le pas? Le coach doit savoir créer un espace de confiance et de partenariat où le coaché peut exprimer librement sa parole et être écouté. Le coach doit ici utiliser toutes les compétences du coaché tels que les apprentissages, les réussites, les capacités de faire, mais aussi ses échecs et résistances, et mobiliser des outils tels que le silence, l’attitude en miroir, l’attention à l’autre, la «question miracle», le recadrage, la reformulation, les métaphores, les encouragements, les suggestions, etc.
Cependant, les remises en cause induites par le coach sollicitent des ressources internes du coaché qui peuvent ouvrir à des prises de conscience et plus profondément à des remises en cause qui peuvent générer des troubles auxquels aucun des deux protagonistes ne s’attendent. La résistance au changement et la mise en évidence de problèmes plus profonds peuvent être d’autant plus fortes que le coaché est dans une situation personnelle ou/et professionnelle difficile.
Il est important de souligner que le coaching ne doit pas être un exercice de psychothérapie. Le coach travaille une relation d’aide mais doit savoir s’effacer et éventuellement orienter le coaché vers des spécialistes. Le coach ne doit qu’éclairer des voies possibles que le coaché choisira ou non d’emprunter. Dans ce contexte, le coach n’est pas non plus un formateur, il n’enseigne
pas des techniques qui ont fait leurs preuves. Il expérimente de l’intérieur la personne qu’il accompagne pour l’amener à l’autonomie. Le coaching a un impact ponctuel et comportemental. Le protocole d’une mission de coaching individuel s’étale d’ailleurs typiquement sur six à dix séances (espacées de deux à quatre semaines) de une à trois heures sur une période de trois à neuf mois.

Un marché en émergence qui se professionnalise
Comme tout marché en émergence ou récemment constitué, ses caractéristiques sont: croissance rapide de l’offre et de la demande, faiblesse des barrières à l’entrée, hétérogénéité des pratiques et des acteurs, effort de standardisation et de contrôle. En témoigne la création il y a seulement dix ans de la Société française de coaching «SFCoach» qui regroupe en 2005 près de 700 membres, ainsi que la multiplication récente des écoles de formation. L’International Coach Federation (ICF) est une association internationale de coachs, d’origine américaine, fondée en 1995 et qui, en 2003 compte quelque 6 000 membres dans 30 pays. A l’image des codes de déontologie existant dans le champ médical et psychothérapeutique, des principes fondamentaux guident le coach tels que le respect des droits, de la liberté et des valeurs propres du coaché, le respect d’une confidentialité par exemple.
Cependant, à la façon de M. Jourdain se découvrant un talent particulier pour la prose, le coaching peut susciter, à tort ou à raison, de nombreuses vocations. Le budget moyen d’une mission de coaching individuel se situe tout de même entre 5 000 et 10 000 euros sur la base d’une douzaine de séances.
Au coaché d’être prudent, pour ne perdre ni son temps ni son argent, et travailler un objectif précis.

Up
UNSpecial   © 2006 UN Special | Contact Us | About Us | Terms of Use