Avez-vous votre coach?
Emmanuelle GANTET, ONUG
Q ui n’a pas entendu parler de coaching?
Pour certains, «un coach, c’est comme
un psy», pour d’autres «un coach c’est
essentiellement pour le sport» ou
encore «le coaching, c’est une mode». Que recouvre
exactement les termes «coach», «life coaching»,
«coaching en entreprise», «coaching individuel»
«coaching de groupe»?
Pour l’histoire, le mot coaching est dérivé du
français avant d’être anglais. Le terme anglais coaching
issu du verbe anglais to coach qui signifie
usuellement «entraîner», «accompagner», «motiver
», dans un contexte surtout sportif, est, en fait,
issu étymologiquement du français «coche» (luimême
dérivé du hongrois kocsis ou du tchèque
koczi) qui, au XVIe siècle, était une grande voiture
tirée par des chevaux pour le transport des voyageurs
et conduite par un postillon ou un «cocher».
Celui-ci est de fait une personne qui accompagne
des voyageurs d’un point à un autre.
Le coaching en marge des évolutions
de notre société
La complexification de l’environnement professionnel
et personnel pose des questions sur le développement
de la personne et la recherche de sens
dans sa vie, tant professionnelle que personnelle.
Aussi, le coaching s’est développé en marge d’un
monde de l’entreprise traversé par des mutations
importantes telles que restructurations, globalisation,
internationalisation, émergence de nouvelles
technologies, etc. Mais également face à l’affaiblissement
des repères traditionnels représentés par les
systèmes confessionnels, familiaux et idéologiques
qui ont donné au travail une place essentielle.
La notion de coaching renvoie aux Etats-Unis
des années 1950-1960 où les entraîneurs sportifs,
des coachs, mettent en évidence qu’il faut, au-delà
de l’entraînement physique d’un champion, une
approche holistique qui inclut les dimensions
essentielles du mental et de l’émotionnel. C’est à
partir des années 1980 que le terme coaching va
déborder du milieu sportif pour s’introduire dans
celui de l’entreprise où les enjeux et les comparaisons
en termes de compétition, d’excellence, de
besoin de dépassement justifient une telle
approche. En France, le coaching fait son apparition
dans l’entreprise, de façon notoire, au début
des années 1990, et plus récemment dans d’autres
domaines, très hétérogènes, plus personnels.
Les différents types de coaching
Le coaching individuel regroupe un champ
assez large d’interventions sur des problématiques
telles que l’amélioration de l’efficacité
personnelle, la prise d’un nouveau poste, le
management d’une équipe, la gestion de situations
interculturelles, l’image de soi, les problèmes
relationnels et la communication avec
autrui, la gestion du stress, la stimulation de la
créativité, la gestion du temps, la recherche
d’une plus grande cohérence d’action, etc.
Le coaching d’équipe vise l’amélioration de la
performance collective du groupe par le renforcement
de la cohésion. Il vise à dégager et optimiser
les synergies relationnelles qui feront que le tout,
représenté par le groupe, sera supérieur à la
somme des parties, représentées par les individualités.
Il aide à évacuer certains blocages ou
rigidités du groupe, permet aux compétences de
chacun de s’exprimer au mieux et fait émerger
une vision qui soit appuyée de tous.
La demande de life coaching, ou accompagnement
personnel de vie, recouvre un ensemble de
besoins qui vont de l’aide à la décision, au travail
sur l’épanouissement personnel, ou pour l’optimisation
de choix de vie.
Aujourd’hui, avec la pratique du life coaching, le
coaching devient une réponse potentielle à un
champ quasi infini de problématiques.
Le coach est un «passeur»
Le coach est avant tout pourvoyeur de nouvelles
perspectives à travers un regard bienveillant et
exigeant. L’objectif du coach n’est cependant pas
le bien-être à tout prix du coaché mais sa progression.
Le désordre, le questionnement, la souffrance
sont des facteurs de création, de progrès et de
changements. Le coach doit avoir la capacité
d’identifier les véritables enjeux du coaché dans
la profusion d’informations. Il doit alors être force
de stimulation et de propositions en définissant un
cadre qui mobilise les compétences et les désirs du coaché. Le coach doit avoir cette capacité dite
maïeutique pour être un «accoucheur» de solutions
qui sont, néanmoins, générées par le coaché,
toujours au centre du processus. La maïeutique,
littéralement «art d’accoucher» était le procédé
déjà utilisé par Socrate (et rapporté par Platon
dans Le Théétète) pour permettre à ses interlocuteurs
de rechercher des vérités qu’ils possèdent
en eux-mêmes et qu’ils doivent découvrir grâce à
un travail d’analyse et de réflexion.
L’enjeu du coaching est souvent de dépasser, de
s’écarter de la zone de confort du coaché afin de
tester de nouveaux comportements, savoirs, attitudes,
créateurs de progrès. Il faut se rappeler l’injonction
anglo-saxonne: Think outside the box, «pensez
en dehors du cadre». Il faut parfois passer à un
autre niveau logique, faire appel à une autre
représentation pour gérer quelque chose d’insoluble
au niveau précédent.
Les limites du coaching
La perspective de changement est une
démarche vers l’inconnu et peut induire de
fait une résistance. Comment oser le pas? Le
coach doit savoir créer un espace de confiance
et de partenariat où le coaché peut exprimer
librement sa parole et être écouté. Le
coach doit ici utiliser toutes les compétences
du coaché tels que les apprentissages, les
réussites, les capacités de faire, mais aussi ses
échecs et résistances, et mobiliser des outils
tels que le silence, l’attitude en miroir, l’attention
à l’autre, la «question miracle», le recadrage,
la reformulation, les métaphores, les
encouragements, les suggestions, etc.
Cependant, les remises en cause induites par le
coach sollicitent des ressources internes du coaché
qui peuvent ouvrir à des prises de conscience
et plus profondément à des remises en cause qui
peuvent générer des troubles auxquels aucun des
deux protagonistes ne s’attendent. La résistance
au changement et la mise en évidence de problèmes
plus profonds peuvent être d’autant plus
fortes que le coaché est dans une situation personnelle
ou/et professionnelle difficile.
Il est important de souligner que le coaching
ne doit pas être un exercice de psychothérapie.
Le coach travaille une relation d’aide mais doit
savoir s’effacer et éventuellement orienter le
coaché vers des spécialistes. Le coach ne doit
qu’éclairer des voies possibles que le coaché
choisira ou non d’emprunter. Dans ce contexte,
le coach n’est pas non plus un formateur, il n’enseigne
pas des techniques qui ont fait leurs
preuves. Il expérimente de l’intérieur la personne
qu’il accompagne pour l’amener à l’autonomie.
Le coaching a un impact ponctuel et comportemental.
Le protocole d’une mission de
coaching individuel s’étale d’ailleurs typiquement
sur six à dix séances (espacées de deux à
quatre semaines) de une à trois heures sur une
période de trois à neuf mois.
Un marché en émergence qui se
professionnalise
Comme tout marché en émergence ou récemment
constitué, ses caractéristiques sont: croissance
rapide de l’offre et de la demande, faiblesse
des barrières à l’entrée, hétérogénéité des pratiques
et des acteurs, effort de standardisation et
de contrôle. En témoigne la création il y a seulement
dix ans de la Société française de coaching
«SFCoach» qui regroupe en 2005 près de 700 membres,
ainsi que la multiplication récente des écoles
de formation. L’International Coach Federation
(ICF) est une association internationale de coachs,
d’origine américaine, fondée en 1995 et qui, en
2003 compte quelque 6 000 membres dans 30 pays.
A l’image des codes de déontologie existant dans
le champ médical et psychothérapeutique, des
principes fondamentaux guident le coach tels que
le respect des droits, de la liberté et des valeurs
propres du coaché, le respect d’une confidentialité
par exemple.
Cependant, à la façon de M. Jourdain se découvrant
un talent particulier pour la prose, le coaching
peut susciter, à tort ou à raison, de nombreuses
vocations. Le budget moyen d’une mission
de coaching individuel se situe tout de même entre
5 000 et 10 000 euros sur la base d’une douzaine de
séances.
Au coaché d’être prudent, pour ne perdre ni son
temps ni son argent, et travailler un objectif précis.
