Par Christian David, ONUG.
Réduction des parkings au Palais:
Entre sécurité et développement durable
Le problème des parkings est
abordé de façon récurrente dans
les colonnes de notre magazine
car il interpelle les fonctionnaires.
Comment en effet permettre à tout
le personnel un accès à son lieu de travail
dans les meilleures conditions, lui garantir
la possibilité de stationner son véhicule?
L’accès aux places de parking déjà
problématique en temps normal risque
d’être rendu plus compliqué encore à
cause des nouvelles mesures imposées
pour des raisons de sécurité.
A l’heure actuelle, tous les lieux d’affectation
de notre Organisation sont tenus d’établir
et de maintenir un ensemble de normes
minimales de sécurité (HMOSS). Ces normes
auront pour conséquence une réduction des
places de parking qui se trouvent dans un
périmètre évalué comme dangereux.
Afin d’informer le personnel, le coordonnateur
du groupe de travail sur les parkings:
M. Ferrari, responsable de la caisse des pensions
à Genève a bien voulu répondre à nos
questions.
M. Ferrrari, quel est l’historique de cette
réduction des parkings ?
L’historique de cette mise en place découle
tout d’abord de la décision de l’Organisation
de définir des nouvelles normes de sécurité,
lesquelles ont pour but de veiller à éviter
tout danger que pourrait provoquer le stationnement
d’un véhicule dangereux et mettrait
en péril les fonctionnaires qui travaillent
dans les bâtiments.
Ces mesures sont d’ailleurs mises en place
peu à peu dans tous les bâtiments des
Nations Unies.
Le postulat pour Genève est donc simple et
complexe à la fois: il s’agit de faire en sorte
que ces normes imposées soient appliquées
en évitant de compliquer encore plus l’accès
aux fonctionnaires. L’un des éléments fondamentaux
de cette norme est l’introduction
d’une zone de sécurité de 25 mètres à l’intérieur
de laquelle aucun véhicule ne devra
stationner. Cette mesure aura pour conséquence
de réduire de manière significative,
les places disponibles.
A combien est évaluée cette réduction ?
La réduction serait actuellement, d’après les
calculs de la section des bâtiments, évaluée
à 400 places sur un total de 2000.
Un groupe de travail a été constitué pour
cette occasion ?
L’administration a pris connaissance des
normes imposées et a envisagé son impact à
Genève. La question s’est alors posée: trouver
une réaction appropriée qui prendrait
en compte les implications d’une telle mesure.
Il fallait en effet anticiper une situation
qui consisterait à refuser l’entrée aux fonctionnaires
sous prétexte du manque de places.
Que fallait-il faire, construire des parkings
supplémentaires, laisser le principe
du «premier arrivé, premier servi» s’installer?
L’administration a alors demandé la constitution
d’un groupe de travail sur cette question.
Le groupe a été créé au mois de mai, il est
constitué par un panel comprenant des
membres de la sécurité, du service des
conférences, de la représentation du personnel
et des bâtiments.
Vous avez abordé également l’aspect de
plan de transport durable ?
Les membres du groupe de travail ont très
vite proposé des solutions et sont arrivés à
s’interroger sur les mesures qui avaient été
prises par d’autres entreprises confrontées à
des exigences de limitation de places ou de
restriction de circulation dans le canton de
Genève.
Des entités telles que la ville, le canton, l’aéroport
de Genève; des sociétés comme Rolex
ou Serono et la TSR avaient déjà mis en
place des solutions.
Les questions de mobilité et de plan de
transport durable ont alors été abordées.
La notion de développement durable comprend
trois critères: l’écologie et la protection de la planète, le social et la prise en
compte du personnel, l’économie et la prise
en compte des besoins des entreprises.
La représentation des Nations Unies à
Genève ne pouvait rester insensible à cette
approche en sachant que nous hébergeons à
Genève le Programme des Nations Unies
pour l’Environnent. Nous nous devons de
montrer l’exemple dans la continuité du
«global compact» lancé par le Secrétaire
général. Il paraît en effet important que les
Nations Unies appliquent ce qu’ils prônent
dans le monde.
Le canton de Genève est en outre, déjà partie
prenante de cette démarche et il restait
donc à identifier la meilleure façon d’offrir
une alternative aux fonctionnaires tout en
leur laissant le choix.
Justement, les fonctionnaires ont-ils le
choix?
Nous avons voulu collecter l’avis des fonctionnaires
en diffusant un questionnaire
destiné à recueillir toutes les informations
pertinentes et mieux cibler leurs
contraintes, leurs habitudes et leurs suggestions.
A charge ensuite pour nous de
répondre au mieux à ces paramètres en proposant
des solutions qui répondent au
mieux à l’efficacité que tous recherchent.
Il convient en effet de noter que nous désirons
réellement que nos collègues puissent bénéficier
des meilleures solutions en terme de
temps passé pour rejoindre leur lieu de travail.
Nous voulons favoriser l’utilisation des
transports publics car nous nous sommes
aperçus que des réelles solutions ont déjà
fait leurs preuves au travers des exemples
qui sont mis à disposition des entreprises et
organismes déjà évoqués.
Quelles sont les solutions alternatives ? un
abonnement aux transports public pour
quel coût ?
Les entreprises en ville ont subventionné un
abonnement. Cette mesure a amené les gens
à volontairement abandonner leur véhicule
qui devient un véritable gouffre financier.
Le prix du baril de pétrole frôle les 80 $ et il
continue de monter.
Notre approche est guidée par la volonté
que le personnel choisisse de lui-même une
solution qui lui convient. Nous ne voulons
pas «gendarmer» mais diriger les fonctionnaires
vers des solutions alternatives en les
laissant choisir. Nous avions déjà négocié,
par l’intermédiaire de la mutuelle, une
réduction des coûts d’abonnements uni
réseaux. Il faut maintenant encore améliorer
cette offre et proposer un prix très avantageux
et incitatif.
Le covoiturage reste également une piste
envisageable, certains fonctionnaires l’utilisent.
Un site avait été créé l’année dernière
qui n’est pas assez connu. Cet aspect nécessite
également un accompagnement et des
propositions alternatives en cas de besoin.
La marche à pied et le vélo ne sont pas excellents
pour la caisse des pensions car ils améliorent
l’espérance de vie mais ils sont en
revanche recommandés pour la santé!
Le groupe de travail a également proposé
qu’un nombre limité de coupons soit remis
aux fonctionnaires. Cette possibilité donnerait
une autorisation de parking en cas d’urgence
ou d’impondérable.
Il faut garder une certaine souplesse pour
permettre de faire face à toutes les situations.
L’ambition affichée consiste à faire un tour
exhaustif de la panoplie de moyens à utiliser
pour se rendre au travail.

La subvention de l’abonnement serait
prise en charge par l’ONUG grâce au
paiement des parkings ?
Nous avons envisagé de faire payer les places
disponibles dans l’enceinte du Palais, à
un prix qui serait raisonnable pour les fonctionnaires,
sans commune mesure avec les
prix pratiqués à Genève mais qui serait tout
de même dissuasif pour les encourager à
abandonner leur véhicule.
Il paraît également important de préciser
qu’il existe depuis longtemps une pression
du Siège pour faire payer les places de parking
à Genève et que cet aspect risquait tôt
ou tard d’être imposé à Genève, plan de
développement durable ou pas. L’idée est de
prendre l’initiative et d’essayer de trouver
un équilibre intelligent pour que nos collègues
ne se sentent pas agressés mais stimulés
et responsabilisés.
Oleg Kiiamov le Secrétaire exécutif du
Conseil de coordination a demandé si
juridiquement, l’ONUG avait le droit de
faire payer les places de parking, qu’en
est-il ?
Le responsable du Bureau de liaison juridique
a répondu que l’administration avait
autorité pour introduire des paiements.
D’ailleurs, des places de parking payantes
existent déjà dans les parkings souterrains
et dans la cour intérieure.
Pourquoi ne peut-on pas envisager la
construction de parkings
supplémentaires ?
Il existe deux raisons principales pour ne
pas envisager cette solution. Premièrement,
cette démarche ne s’inscrit pas dans le plan
de transport durable et n’est pas écologique.
La deuxième raison est plus économique:
c’est le coût. Chaque parking coûterait,
d’après les architectes environ 10.000 CHF
pour une place non couverte.
L’occupation des parkings n’est pas la
même à différentes périodes de l’année,
cet aspect a t-il été abordé ?
La Section de la sécurité a été sollicitée pour
donner ces informations relatives à l’occupation
fluctuante des parkings. Cette information
nous est nécessaire pour cibler les
solutions proposées.
Les fonctionnaires les plus modestes
risquent d’être pénalisés car ils ont
souvent du mal à trouver des locations à
un prix raisonnable et doivent habiter
loin, quelle solution envisagez-vous pour
eux ?
Cette question a effectivement été posée
par le bureau exécutif du Conseil de coordination,
je la trouve très saine. Il nous
faut en effet nous assurer que le côté
social n’est pas ignoré.
Il faudra savoir faire la part des choses entre
cet aspect et les excès. A contrario la démarche
inverse consisterait à traiter tout le
monde de la même façon. Il nous faudra
trouver le juste milieu voire traiter des
groupes de fonctionnaires en adaptant les
solutions proposées. Je pense notamment à
la disparité en terme d’horaires, de kilométrages.
Une instruction administrative mise en
place par le Secrétaire général prévoit le
télétravail.
Cette disposition doit évidemment être prise
en compte car elle aurait pour effet de diminuer
le nombre de véhicules. Il s’agirait
donc de la faire appliquer telle qu’elle a été
prévue.
Ces mesures s’appliqueront-elles à tout le
personnel sans exception sans «passedroits» ?
Cette question est essentielle. Je souhaite
fortement que les modalités d’application
soient clairement énoncées et applicables à
tout le monde. Dés que nous rentrerons dans
des exceptions et traitements de faveur, l’ensemble
du projet sera compromis et nous perdrons toute crédibilité. Les fonctionnaires
auront la charge d’assurer l’équité du
processus.
Un périmètre de sécurité de 25 mètres ne
sera pas respecté dans les parkings
souterrains?
Dans notre groupe de travail, nous ne revendiquons
pas d’expertise en terme de sécurité.
Ces normes nous ont été données et nous
répondons par un plan de transport durable.
La Section de la Sécurité nous a informés
que des contrôles supplémentaires interviendraient
dans cette zone.
Vous avez pris contact avec une
société extérieure?
Effectivement nos recherches nous
ont conduit à contacter la société
Mobilidée (http://www.mobilide.ch),
laquelle est, comme son nom l’indique
spécialisée dans ce domaine
et qui a déjà proposé des solutions
pour de nombreuses entreprises.
Cette société sera chargée de multiplier
les offres et les solutions en
intégrant tous les paramètres. Une
solution ciblée quasi individuelle
pour chaque groupe de fonctionnaires
sera ensuite proposée.
Quel est actuellement le
calendrier proposé ?
Les multiples paramètres qu’il
nous faut coordonner empêchent
de fixer un calendrier très précis.
Cependant, le projet avance bien et
nous voulons le finaliser pendant
l’automne.
Un certain nombre d’actions sont
ou seront menées en coordination
avec Mobilidée et le personnel:
- Constitution de «focus-group» comprenant des fonctionnaires qui sont représentatifs des différents profils utilisateurs.
- Distribution de flyers d’information.
- Questionnaire envoyé à tous les fonctionnaires, destiné à donner les indications pour cibler les solutions.
- Aperçu, recueil et exploitation des données qui peuvent être extraites du questionnaire.
- Superposition de la cartographie des moyens de transports proposés et de la répartition géographique du personnel.
- Communication au personnel en septembre au cours d’une assemblée générale en présence de représentants de la société Mobilidée.
- Validation des mesures décidées.
A titre personnel il s’agit de votre dernier
grand «chantier» avant la retraite?
Je vais effectivement bientôt quitter les
Nations Unies après 37 années de service.
J’ai l’ambition de réussir ce pari avec
l’équipe mise en place. Je crois au développement
durable, je crois que ce projet
est un beau projet. Nous avons constitué
une bonne équipe et surtout, nous devons
travailler avec tout le personnel qui reste
la force principale de notre Organisation.
Le fait que le processus en cours doive
être validé par nos collègues me laisse
beaucoup d’espoir.
Quant à mon avenir personnel, j’envisage
de continuer à cultiver mon jardin comme
Candide. La démarche générale des
Nations Unies ne diffère pas vraiment du
conte philosophique de Voltaire puisque
l’un de ses messages est qu’il faut travailler
et que c’est le travail et non la critique,
qui contribue à l’amélioration et au
bonheur du monde.
