UN Special N° 654 Septembre · September 2006 

Interview avec M. Gilbert Ferrari, coordonnateur du groupe de travail sur les parkings.
Par Christian David, ONUG.

Réduction des parkings au Palais:

Entre sécurité et développement durable

Le problème des parkings est abordé de façon récurrente dans les colonnes de notre magazine car il interpelle les fonctionnaires. Comment en effet permettre à tout le personnel un accès à son lieu de travail dans les meilleures conditions, lui garantir la possibilité de stationner son véhicule? L’accès aux places de parking déjà problématique en temps normal risque d’être rendu plus compliqué encore à cause des nouvelles mesures imposées pour des raisons de sécurité.
A l’heure actuelle, tous les lieux d’affectation de notre Organisation sont tenus d’établir et de maintenir un ensemble de normes minimales de sécurité (HMOSS). Ces normes auront pour conséquence une réduction des places de parking qui se trouvent dans un périmètre évalué comme dangereux.
Afin d’informer le personnel, le coordonnateur du groupe de travail sur les parkings: M. Ferrari, responsable de la caisse des pensions à Genève a bien voulu répondre à nos questions.

M. Ferrrari, quel est l’historique de cette réduction des parkings ?
L’historique de cette mise en place découle tout d’abord de la décision de l’Organisation de définir des nouvelles normes de sécurité, lesquelles ont pour but de veiller à éviter tout danger que pourrait provoquer le stationnement d’un véhicule dangereux et mettrait en péril les fonctionnaires qui travaillent dans les bâtiments.
Ces mesures sont d’ailleurs mises en place peu à peu dans tous les bâtiments des Nations Unies.
Le postulat pour Genève est donc simple et complexe à la fois: il s’agit de faire en sorte que ces normes imposées soient appliquées en évitant de compliquer encore plus l’accès aux fonctionnaires. L’un des éléments fondamentaux de cette norme est l’introduction d’une zone de sécurité de 25 mètres à l’intérieur de laquelle aucun véhicule ne devra stationner. Cette mesure aura pour conséquence de réduire de manière significative, les places disponibles.

A combien est évaluée cette réduction ?
La réduction serait actuellement, d’après les calculs de la section des bâtiments, évaluée à 400 places sur un total de 2000.

Un groupe de travail a été constitué pour cette occasion ?
L’administration a pris connaissance des normes imposées et a envisagé son impact à Genève. La question s’est alors posée: trouver une réaction appropriée qui prendrait en compte les implications d’une telle mesure. Il fallait en effet anticiper une situation qui consisterait à refuser l’entrée aux fonctionnaires sous prétexte du manque de places. Que fallait-il faire, construire des parkings supplémentaires, laisser le principe du «premier arrivé, premier servi» s’installer?
L’administration a alors demandé la constitution d’un groupe de travail sur cette question.
Le groupe a été créé au mois de mai, il est constitué par un panel comprenant des membres de la sécurité, du service des conférences, de la représentation du personnel et des bâtiments.

Vous avez abordé également l’aspect de plan de transport durable ?
Les membres du groupe de travail ont très vite proposé des solutions et sont arrivés à s’interroger sur les mesures qui avaient été
prises par d’autres entreprises confrontées à des exigences de limitation de places ou de restriction de circulation dans le canton de Genève.
Des entités telles que la ville, le canton, l’aéroport de Genève; des sociétés comme Rolex ou Serono et la TSR avaient déjà mis en place des solutions.
Les questions de mobilité et de plan de transport durable ont alors été abordées. La notion de développement durable comprend trois critères: l’écologie et la protection de la planète, le social et la prise en compte du personnel, l’économie et la prise en compte des besoins des entreprises.
La représentation des Nations Unies à Genève ne pouvait rester insensible à cette approche en sachant que nous hébergeons à Genève le Programme des Nations Unies pour l’Environnent. Nous nous devons de montrer l’exemple dans la continuité du «global compact» lancé par le Secrétaire général. Il paraît en effet important que les Nations Unies appliquent ce qu’ils prônent dans le monde.
Le canton de Genève est en outre, déjà partie prenante de cette démarche et il restait donc à identifier la meilleure façon d’offrir une alternative aux fonctionnaires tout en leur laissant le choix.

Justement, les fonctionnaires ont-ils le choix?
Nous avons voulu collecter l’avis des fonctionnaires en diffusant un questionnaire destiné à recueillir toutes les informations pertinentes et mieux cibler leurs contraintes, leurs habitudes et leurs suggestions. A charge ensuite pour nous de répondre au mieux à ces paramètres en proposant des solutions qui répondent au mieux à l’efficacité que tous recherchent. Il convient en effet de noter que nous désirons réellement que nos collègues puissent bénéficier des meilleures solutions en terme de temps passé pour rejoindre leur lieu de travail. Nous voulons favoriser l’utilisation des transports publics car nous nous sommes aperçus que des réelles solutions ont déjà fait leurs preuves au travers des exemples qui sont mis à disposition des entreprises et organismes déjà évoqués.

Quelles sont les solutions alternatives ? un abonnement aux transports public pour quel coût ?
Les entreprises en ville ont subventionné un abonnement. Cette mesure a amené les gens à volontairement abandonner leur véhicule qui devient un véritable gouffre financier. Le prix du baril de pétrole frôle les 80 $ et il continue de monter.
Notre approche est guidée par la volonté que le personnel choisisse de lui-même une solution qui lui convient. Nous ne voulons pas «gendarmer» mais diriger les fonctionnaires vers des solutions alternatives en les laissant choisir. Nous avions déjà négocié, par l’intermédiaire de la mutuelle, une réduction des coûts d’abonnements uni réseaux. Il faut maintenant encore améliorer cette offre et proposer un prix très avantageux et incitatif.
Le covoiturage reste également une piste envisageable, certains fonctionnaires l’utilisent. Un site avait été créé l’année dernière qui n’est pas assez connu. Cet aspect nécessite également un accompagnement et des propositions alternatives en cas de besoin. La marche à pied et le vélo ne sont pas excellents pour la caisse des pensions car ils améliorent l’espérance de vie mais ils sont en revanche recommandés pour la santé!
Le groupe de travail a également proposé qu’un nombre limité de coupons soit remis aux fonctionnaires. Cette possibilité donnerait une autorisation de parking en cas d’urgence ou d’impondérable.
Il faut garder une certaine souplesse pour permettre de faire face à toutes les situations. L’ambition affichée consiste à faire un tour exhaustif de la panoplie de moyens à utiliser pour se rendre au travail.

La subvention de l’abonnement serait prise en charge par l’ONUG grâce au paiement des parkings ?
Nous avons envisagé de faire payer les places disponibles dans l’enceinte du Palais, à un prix qui serait raisonnable pour les fonctionnaires, sans commune mesure avec les prix pratiqués à Genève mais qui serait tout de même dissuasif pour les encourager à abandonner leur véhicule.
Il paraît également important de préciser qu’il existe depuis longtemps une pression du Siège pour faire payer les places de parking à Genève et que cet aspect risquait tôt ou tard d’être imposé à Genève, plan de développement durable ou pas. L’idée est de prendre l’initiative et d’essayer de trouver un équilibre intelligent pour que nos collègues ne se sentent pas agressés mais stimulés et responsabilisés.

Oleg Kiiamov le Secrétaire exécutif du Conseil de coordination a demandé si juridiquement, l’ONUG avait le droit de faire payer les places de parking, qu’en est-il ?
Le responsable du Bureau de liaison juridique a répondu que l’administration avait autorité pour introduire des paiements.
D’ailleurs, des places de parking payantes existent déjà dans les parkings souterrains et dans la cour intérieure.

Pourquoi ne peut-on pas envisager la construction de parkings supplémentaires ?
Il existe deux raisons principales pour ne pas envisager cette solution. Premièrement, cette démarche ne s’inscrit pas dans le plan de transport durable et n’est pas écologique. La deuxième raison est plus économique: c’est le coût. Chaque parking coûterait, d’après les architectes environ 10.000 CHF pour une place non couverte.

L’occupation des parkings n’est pas la même à différentes périodes de l’année, cet aspect a t-il été abordé ?
La Section de la sécurité a été sollicitée pour donner ces informations relatives à l’occupation fluctuante des parkings. Cette information nous est nécessaire pour cibler les solutions proposées.

Les fonctionnaires les plus modestes risquent d’être pénalisés car ils ont souvent du mal à trouver des locations à un prix raisonnable et doivent habiter loin, quelle solution envisagez-vous pour eux ?
Cette question a effectivement été posée par le bureau exécutif du Conseil de coordination, je la trouve très saine. Il nous faut en effet nous assurer que le côté social n’est pas ignoré.
Il faudra savoir faire la part des choses entre cet aspect et les excès. A contrario la démarche inverse consisterait à traiter tout le monde de la même façon. Il nous faudra trouver le juste milieu voire traiter des groupes de fonctionnaires en adaptant les solutions proposées. Je pense notamment à la disparité en terme d’horaires, de kilométrages.

Une instruction administrative mise en place par le Secrétaire général prévoit le télétravail.
Cette disposition doit évidemment être prise en compte car elle aurait pour effet de diminuer le nombre de véhicules. Il s’agirait donc de la faire appliquer telle qu’elle a été prévue.

Ces mesures s’appliqueront-elles à tout le personnel sans exception sans «passedroits» ?
Cette question est essentielle. Je souhaite fortement que les modalités d’application soient clairement énoncées et applicables à tout le monde. Dés que nous rentrerons dans des exceptions et traitements de faveur, l’ensemble du projet sera compromis et nous perdrons toute crédibilité. Les fonctionnaires auront la charge d’assurer l’équité du processus.

Un périmètre de sécurité de 25 mètres ne sera pas respecté dans les parkings souterrains?
Dans notre groupe de travail, nous ne revendiquons pas d’expertise en terme de sécurité. Ces normes nous ont été données et nous répondons par un plan de transport durable. La Section de la Sécurité nous a informés que des contrôles supplémentaires interviendraient dans cette zone.

Vous avez pris contact avec une société extérieure?
Effectivement nos recherches nous ont conduit à contacter la société Mobilidée (http://www.mobilide.ch), laquelle est, comme son nom l’indique spécialisée dans ce domaine et qui a déjà proposé des solutions pour de nombreuses entreprises. Cette société sera chargée de multiplier les offres et les solutions en intégrant tous les paramètres. Une solution ciblée quasi individuelle
pour chaque groupe de fonctionnaires sera ensuite proposée.

Quel est actuellement le calendrier proposé ?
Les multiples paramètres qu’il nous faut coordonner empêchent de fixer un calendrier très précis. Cependant, le projet avance bien et nous voulons le finaliser pendant l’automne.
Un certain nombre d’actions sont ou seront menées en coordination avec Mobilidée et le personnel:

A titre personnel il s’agit de votre dernier grand «chantier» avant la retraite?
Je vais effectivement bientôt quitter les Nations Unies après 37 années de service. J’ai l’ambition de réussir ce pari avec l’équipe mise en place. Je crois au développement durable, je crois que ce projet est un beau projet. Nous avons constitué une bonne équipe et surtout, nous devons travailler avec tout le personnel qui reste la force principale de notre Organisation. Le fait que le processus en cours doive être validé par nos collègues me laisse beaucoup d’espoir.
Quant à mon avenir personnel, j’envisage de continuer à cultiver mon jardin comme Candide. La démarche générale des Nations Unies ne diffère pas vraiment du conte philosophique de Voltaire puisque l’un de ses messages est qu’il faut travailler et que c’est le travail et non la critique, qui contribue à l’amélioration et au bonheur du monde.

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