UN Special N° 654 Septembre · September 2006 

Qui dirige l’ONU?

J.M.Jakobowicz, Rédakteur en chef

Vous avez peut-être l’impression que c’est notre administration qui dirige l’ONU, eh bien détrompez-vous ! Lorsqu’un problème apparaît, lorsqu’une question se pose, au lieu de réfléchir posément, la meilleure des solutions c’est encore d’appeler un consultant. Pas n’importe quel consultant! Une de ces grandes boîtes qui sont moins d’une demi-douzaine dans le monde et qui conseillent la plupart des entreprises et des gouvernements.
Il est étonnant de voir comment les choses ont évolué. Il y a quelques décennies, face à un problème, le réflexe était de créer un groupe de travail, une commission ou une sous-commission. Certes, les résultats étaient lents à venir et souvent douloureux à négocier. Mais, au moins, les personnes impliquées savaient de quoi elles parlaient. Puis est venue la mode des consultants itinérants. Des hommes et des femmes qui
vivaient difficilement de leur art et que l’on jetait après usage. Aujourd’hui comme le temps presse, l’administration de l’ONU fait appel à des boîtes de consultants internationaux qui ne connaissent rien à la situation, rien aux problèmes mais dont le nom et le prix suffisent à faire accepter les décisions les plus inacceptables.
Prenez l’exemple du fonds de pension. Une grande entreprise de consultants a fait un rapport sur la gestion des investissements. Ses recommandations ont été immédiatement acceptées dans une large mesure par l’administration sans aucune discussion. Lorsque des questions sont posées, la réponse invariable est: «Mais c’est la firme Untelle qui l’a dit.» Comme si la seule évocation du nom fameux suffisait à justifier n’importe quoi !
De plus, si demain quelque chose venait à se passer, personne ne serait responsable. L’administration de l’ONU pourra toujours dire qu’elle a pris toutes les précautions nécessaires en faisant appel à une entreprise de renommée internationale. Quant au consultant, il est là pour donner un avis mais, c’est bien connu, ce ne sont pas les « conseilleurs qui sont les payeurs ».
Le plus pitoyable dans tout ça, c’est que bien souvent ces rapports qui coûtent des fortunes sont les mêmes pour tous leurs clients. Nos problèmes étant similaires à ceux de la plupart des grandes entreprises, les consultants ne se gênent pas pour recopier leur rapport en ayant soin de changer les noms, les chiffres et parfois les lieux. Qu’importe, le sérieux du rapport n’est pas dans son contenu mais bien dans son prix. Plus il est cher, plus il est sûr, car nous le savons tous, un rapport à moins de 500 000 dollars n’est qu’un conseil d’ami alors que pour un petit million, on commence à avoir un avis d’expert.

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