Qui dirige l’ONU?
Vous avez peut-être l’impression
que c’est notre administration
qui dirige l’ONU, eh
bien détrompez-vous ! Lorsqu’un
problème apparaît, lorsqu’une
question se pose, au lieu de réfléchir
posément, la meilleure des solutions c’est encore
d’appeler un consultant. Pas n’importe quel consultant! Une de ces grandes boîtes qui sont moins d’une
demi-douzaine dans le monde et qui conseillent la
plupart des entreprises et des gouvernements.
Il est étonnant de voir comment les choses ont évolué.
Il y a quelques décennies, face à un problème, le
réflexe était de créer un groupe de travail, une commission
ou une sous-commission. Certes, les résultats
étaient lents à venir et souvent douloureux à négocier.
Mais, au moins, les personnes impliquées savaient de
quoi elles parlaient. Puis est venue la mode des consultants
itinérants. Des hommes et des femmes qui
vivaient difficilement de leur art et que l’on jetait après
usage. Aujourd’hui comme le temps presse, l’administration
de l’ONU fait appel à des boîtes de consultants
internationaux qui ne connaissent rien à la situation,
rien aux problèmes mais dont le nom et le prix suffisent
à faire accepter les décisions les plus inacceptables.
Prenez l’exemple du fonds de pension. Une grande
entreprise de consultants a fait un rapport sur la gestion
des investissements. Ses recommandations ont été
immédiatement acceptées dans une large mesure par
l’administration sans aucune discussion. Lorsque des
questions sont posées, la réponse invariable est: «Mais
c’est la firme Untelle qui l’a dit.» Comme si la seule évocation
du nom fameux suffisait à justifier n’importe
quoi !
De plus, si demain quelque chose venait à se passer,
personne ne serait responsable. L’administration de
l’ONU pourra toujours dire qu’elle a pris toutes les précautions
nécessaires en faisant appel à une entreprise
de renommée internationale. Quant au consultant, il
est là pour donner un avis mais, c’est bien connu, ce ne
sont pas les « conseilleurs qui sont les payeurs ».
Le plus pitoyable dans tout ça, c’est que bien souvent
ces rapports qui coûtent des fortunes sont les
mêmes pour tous leurs clients. Nos problèmes étant
similaires à ceux de la plupart des grandes entreprises,
les consultants ne se gênent pas pour recopier
leur rapport en ayant soin de changer les noms, les
chiffres et parfois les lieux. Qu’importe, le sérieux du
rapport n’est pas dans son contenu mais bien dans son
prix. Plus il est cher, plus il est sûr, car nous le savons
tous, un rapport à moins de 500 000 dollars n’est qu’un
conseil d’ami alors que pour un petit million, on commence
à avoir un avis d’expert.
