La dernière merveille du monde
Jean Michel Jakobowicz, ONUG — Photos: Pierre Virot
Je ne sais pas vraiment d’où il
venait, mais il était là avec son chameau.
Sans rien demander, il s’est
mis à parler. Je ne sais pas dans
quelle langue il s’exprimait, mais le fait
est que j’ai très bien compris ce qu’il
disait. Devant mes yeux ébahis, il a fait
revivre la construction du Sphinx, des
pyramides de Kheops et de Khephren. A
travers ses mots et ses gestes, je voyais ces
100 000 hommes qui avaient souffert sur le
plateau de Gizeh il y a plus de 4 600 ans
pour construire la dernière merveille du
monde. J’entendais leurs cris lorsqu’ils
poussaient des chariots sur lesquels étaient juchées des pierres qui pesaient
plus de 2 tonnes, ces blocs de granite qui
arrivaient d’Assouan sur de grandes
péniches. Certains soirs, le pharaon
venait avec toute sa suite inspecter l’avancée
des travaux, impatient de voir son
mausolée terminé avant sa fin prochaine.
La nuit était tombée et nous étions plus
d’une dizaine à écouter le vieil homme:
des adultes, des enfants, tous fascinés par
ce conteur merveilleux. Tout à coup, il
s’est arrêté, puis il est monté sur son chameau
et a disparu dans le désert.

