Les artistes de l’ONU entrent en scène
Alex Ezana, ONUG
Au cours du mois de juin, les membres du personnel de l’ONU Genève ont été invités à assister à trois concerts organisés le jeudi dans le cadre du programme SCAT*, dans la salle de cinéma XIV, durant la pause-déjeuner. Ils répondirent nombreux à cette invitation et découvrirent avec un étonnement ravi la grande qualité d’artistes dont ils ignoraient souvent l’existence.
Jeudi 1er juin: Blues, Ballads, Bossas And
Calypsos.
Ce jeudi 1er juin, un quintet du Club de
musique des Nations Unies, constitué de Chandra
Darusman au piano, Alfred Simms-Protz à la guitare, Nicolas Stauble à la contrebasse,
Andrew Flukiger à la batterie et Patrice
Piguet (saxophone alto, flûte et clarinette),
présenta un choix de musiques de jazz.
Le chef d’orchestre, Patrice Piguet, notre
aimable collègue du Service des publications,
ayant annoncé que chaque morceau
mettrait en valeur un instrument de l’orchestre,
chacun pu apprécier sous cet angle
la remarquable maîtrise de ces musiciens
inspirés et la cohérence de ce groupe qui
jouait sans le bénéfice d’une sonorisation,
dans une salle qui a tendance à absorber etétouffer le son des instruments.
Dans «Take Five», le saxophoniste improvisa
avec une joyeuse virtuosité ce morceau
rendu célèbre par le quartet du pianiste
Dave Brubeck. On sentit pendant quelques
instants planer avec légèreté l’esprit de Paul
Desmond, cet autre magnifique saxophoniste
qui créa ce morceau à la métrique si particulière
et au thème obsédant et tenace,
immédiatement reconnaissable entre tous.
«Night in Tunisia», du fameux trompettiste
Dizzie Gillespie, mit en valeur l’inventivité
et la précision rythmique du batteur.
Dans «Stolen Moments», ce fut le contrebassiste
qui prit un solo tout en souplesse et
délicatesse sur ce morceau qui évoque la
mélancolie du blues, écrit par un Oliver
Nelson comme habité par l’esprit du grand
John Coltrane.
Vint ensuite «Blue Bossa», de Kenny
Dorham, sur lequel le guitariste dessina
dans l’air des lignes mélodiques à la fois simples
et complexes, dans une espèce de géométrie
dans l’espace infiniment inventive,
sur une assise rythmique impitoyable.
Sur Mercy, Mercy, de Jo Zawinul, ancien
comparse de Miles Davis, le pianiste fit
apprécier son toucher délicat et la finesse
sinueuse de ses improvisations, en interaction
constante avec les autres instrumentistes.
Le concert réservait à titre de surprise
trois chansons interprétées par Danjela
Kambaskovic-Sawers, superbe voix
serbe qui offrit avec une grâce ondulante
quelques standards de la chanson américaine
des années cinquante, pleines de
charme et de fragilité: Dream a little
Dream of Me, de Gus Khan, Embraceable
You, de George et Ira Gershwin, et le
fameux Night and Day, de Cole Porter. Sa
voix avait parfois ce je-ne-sais-quoi, ces
accents brisés à la Billie Holliday, qui
donnent ce frisson du sentiment de la fragilité
de toute chose.
Enfin, pour clore le concert, les musiciens
se lancèrent avec un entrain jubilatoire
dans St. Thomas, un calypso chaloupé et
débridé du grand saxophoniste Sonny
Rollins, qui donne des envies de soleil et de
déhanchement.
Jeudi 8 juin: Chansons folkloriques et
populaires russes
Changement complet d’horizons puisque
le SCAT, en partenariat avec le CLUB «SAISONS RUSSES» offrait à l’oeil et à
l’oreille d’un public de plus en plus fidèle et
curieux, le groupe CASUS VIVENDI, composé
de quatre musiciens russes Julie Nevski,
Igor Doudenkov, Pavel Odentsov (guitares
et chant) et Julie Doubrovine (chant) qui puisaient
dans le répertoire populaire de
magnifiques chansons.
Les quatre musiciens réussirent instantanément
à créer une atmosphère à la fois
douce et mélancolique, habitée par l’esprit
d’une musique et d’une culture, transformant
la distance d’une langue étrangère en
proximité d’une intelligibilité immédiate.
Par quel miracle? La simple beauté des voix,
féminines surtout, savamment accompagnéesà la guitare et bien mises en valeur par
la remarquable sonorisation installée par
François Rattoni.
Chacun eut sans doute le sentiment
d’avoir fait un beau voyage, un détour enrichissant
dans un univers en même temps si
différent et si proche. Où la tendresse,
l’amour, l’amitié et la fidélité sont la chair de
thèmes inépuisables de notre commune
condition affective.
Une fois encore, le public ne fut pas avare
de ses applaudissements et rendit un hommage
largement mérité à ces artistes de
talent.
Jeudi 15 juin: Hommage à Joseph Haydn
et Franz Schubert
La sobriété de la scène annonçait une
musique sobre et rigoureuse, l’assistance ne
fut pas déçue. Deux trios d’instruments à
cordes, constitués de musiciens du Club de
musique des Nations Unies, présentèrent avec
une délicatesse précise et appliquée quelques
pièces de musique de chambre.
Dans la première partie, un trio composé
de Janet Weiler (contrebasse), Kiyoshi Adachi (alto) et Richard Harrison (violon)
interprétèrent, allegro, puis scherzo, un divertissement
en ré majeur de Joseph Haydn,
puis moderato et tempo di minuet, un second
divertissement en fa majeur du même compositeur.
Dans la deuxième partie, Sheila Singh,
(violoncelle) remplaça Janet Weiler pour
participer à l’interprétation du «Mouvement
en si bémol majeur pour trio, D.471», de Franz
Schubert, morceau d’un délicat romantisme
qui entraîna certains dans une légère rêverie
teintée de mélancolie.
Avec ce beau concert de musique classique
qui fit admirer le talent de ces musiciens
et fit redécouvrir la beauté captivante
de cette musique, s’achevait cette première
tentative d’installer à l’ONU l’habitude de
fréquenter la salle de cinéma XIV pour de
nouveaux événements artistiques et culturels.
De nouvelles rencontres sont prévues
pour la rentrée de septembre.
* Staff Cultural Activities on Thursdays / activites culturelles et artistiques du jeudi pour et par le personnel.
