
Interview avec Alain Valmalette.
Par Sergio da Silva, ONUG.
Le télétravail, ça vous change la vie!
Alain Valmalette est un collègue nonvoyant
qui est entré à l’ONU en 1991
comme traducteur. Nous l’avions
déjà rencontré en 1999 et ensuite en
2001 (voir Tech-News no. 51 et no. 73).
Aujourd’hui, Alain dispose, à la maison, de
la technologie nécessaire sur son ordinateur, à l’aide de son clavier Braille et de
moyens de communication rapides et fiables
qui lui permettent de travailler dans de
bonnes conditions.
Dès mon premier appel téléphonique, Alain
(toujours à la pointe de la technologie) me
propose d’utiliser «Skype» pour la suite de
notre entretien. Ce logiciel permet de communiquer
gratuitement de PC à PC. En plus
de la voix, il transmet aussi l’image et du
texte, comme d’autres logiciels similaires
sur le marché.
plus volontaire et on ressent moins les contraintes»…
Qu’est-ce qui a changé dans votre vie
professionnelle ces dernières années?
Dans mon service, le télétravail est une
option possible (deux jours par semaine)
depuis environ 3 ans. Cela m’a intéressé
et j’ai pris cette option-là. Ce n’est que
depuis juin 2005 que je travaille en permanence à la maison, grâce à un arrangement
entre mon département, le service
des ressources humaines et
moi-même. Cela ajouté à des raisons
familiales, c’est ce qui m’a permis de
déménager à Valence, à environ 250km
de Genève.
Qu’est-ce que le télétravail vous a
apporté ainsi qu’à votre famille?
A midi, je peux manger à la maison et être
avec mes enfants. Je suis donc, plus disponible
pour eux. J’ai pu finalement choisir
le lieu et le milieu d’habitation qui
conviennent à mon handicap. J’ai longtemps
cherché un logement proche du travail
sans avoir pu trouver ce qui me convenait
et qui était aussi dans mes moyens.
Compte tenu de mon handicap, l’idéalétait de vivre en ville, mais avec trois
enfants et un seul salaire, il me fallait un
logement assez grand, chose que je ne
pouvais pas me permettre à Genève et
environs, du fait du prix de l’immobilier.
En déménageant, j’ai pu me permettre
d’habiter à la fois en pleine ville et dans
un quartier calme.
L’entourage familial ne présente-t-il pas
une source de distraction qui peut
perturber la concentration dans le travail?
Quand j’ai déménagé, j’ai spécifiquement
intégré la présence d’un bureau
bien séparé comme critère de choix de
ma maison. C’était même le critère No.
1, avec l’accès à l’ADSL très haut débit,
et j’ai refusé des maisons qui étaient
bien mais qui ne présentaient pas ces
deux garanties!
Je dois aussi veiller à bien séparer la
partie travail de la partie familiale de
ma vie. Vis-à-vis de mes enfants, quand
je travaille, je ne peux être dérangé
qu’en cas d’urgence, chose que je dois
leur rappeler de temps en temps...
Travaillez-vous de la même manière que si
vous étiez au bureau?
Etre à la maison me permet plus de souplesse
dans l’organisation de mon temps
de travail. Je dois bien évidemment faire
mes heures. Hier, par exemple, je devais
partir plus tôt l’après-midi, ce qui m’a
obligé de commencer à travailler plus
tôt le matin. Travailler à la maison, c’est
différent: on travaille d’une manière
plus volontaire et on ressent moins les
contraintes.
N’y-a-t-il pas une perte au niveau de
l’absence de contact avec les collègues du
bureau?
Un élément vital de la réussite du télétravail
sont les visites régulières au
bureau à Genève. Cela fait partie des
conditions convenues entre l’administration
et moi, mais c’est aussi important
sur un plan personnel. Je suis convaincu
que même sans ces conditions, j’effectuerai
ces visites, qui me permettent
de faire le point sur mon travail, de
retrouver mes collègues, bref, de rester
en contact avec mes bases... Je pense
qu’il serait difficile à quelqu’un qui n’a
pas d’«histoire professionnelle» en tant
que fonctionnaire de l’Organisation, de commencer directement en télétravail.
Vous semble-t-il que votre
profession est plus particulièrement
propice à cette formule de travail?
Le métier de traducteur est un
métier très individualiste. J’ai des
collègues que je peux toujours
consulter en cas de besoin pour
mon travail. Le fait d’être loin ne
change pas grand-chose avec les moyens
de communication actuels. Mes collègues
peuvent aussi me consulter, même
s’il est probable que spontanément ils
iront plutôt voir quelqu’un qui est sur
place. D’où l’intérêt de se rendre régulièrement
au Palais.
Dans la pratique, comment gérez-vous
l’occupation de vos journées?
D’ordinaire, je m’astreins à des horaires
de travail: je commence à 8 heures et je
finis à 17 heures. Je sais que c’est souple,
mais je me fixe des limites, c’est très
important pour savoir où on en est.
Disposez-vous de tous les moyens
nécessaires sur les plans technique et
informatique?
Il y a encore des aspects qui, sans entrer
dans les détails, font que certaines fonctionnalités,
(telles que l’Intranet) ne me
sont pas accessibles. Rien de vital pour
mon travail quotidien, mais souvent
gênant. Je pense que ce mode de travailà distance est appelé à se développer au
sein de l’ONU, quel que soit le statut des
personnes concernées. Il me semble
qu’il faudra tôt ou tard faire le nécessaire
pour une meilleure intégration du
système interne avec l’extérieur, une
fois réglés les problèmes évidents de
sécurité informatique. L’interface Notes
n’est pas très accessible compte tenu de
mon handicap. Il a donc fallu aménager
une redirection de tout mon courrierélectronique vers une adresse extérieure.
Je ne peux pas non plus accéder aux«broadcasts» puisque les liens pointent
sur Intranet.
Que faites-vous si votre matériel tombe
en panne?
Je suis responsable, en vertu de l’accord
que j’ai signé avec l’administration, de la
sécurisation et de l’entretien de
mon système informatique. C’est
important à savoir, parce que si j’ai
un virus ou un autre problème d’intrusion
dans mon système, ce ne
sont pas les techniciens de l’ONU
qui viennent me secourir, mais
moi-même ou le service maintenance
que je me suis choisi et que
je finance. Il est arrivé aux techniciens
du Palais de me donner des
conseils et je les en remercie, mais ce
n’est pas la règle.
A vous entendre, le télétravail semble être
avoir été une formule qui vous convient. La recommanderiez-vous à d’autres
collègues?
C’est un style de vie très particulier, qui
me convient à moi, mais pour franchir le
pas, il faut regarder bien au-delà du simple
fait de pouvoir travailler dans son
jardin ou sur sa terrasse. Les implications
sont bien plus nombreuses que ce
qu’on peut s’imaginer au départ.
Nota: pour plus d’informations sur les formules
d’organisation du travail autorisées par l’ONU,
consultez la circulaire ST/SGB/2003/4
du 24 janvier 2003.
