UN Special N° 653 Juillet-Août · July-August 2006 

M. Alain Valmalette
Interview avec Alain Valmalette.
Par Sergio da Silva, ONUG.

Le télétravail, ça vous change la vie!

Alain Valmalette est un collègue nonvoyant qui est entré à l’ONU en 1991 comme traducteur. Nous l’avions déjà rencontré en 1999 et ensuite en 2001 (voir Tech-News no. 51 et no. 73).
Aujourd’hui, Alain dispose, à la maison, de la technologie nécessaire sur son ordinateur, à l’aide de son clavier Braille et de moyens de communication rapides et fiables qui lui permettent de travailler dans de bonnes conditions.
Dès mon premier appel téléphonique, Alain (toujours à la pointe de la technologie) me propose d’utiliser «Skype» pour la suite de notre entretien. Ce logiciel permet de communiquer gratuitement de PC à PC. En plus de la voix, il transmet aussi l’image et du texte, comme d’autres logiciels similaires sur le marché.

…«Travailler à la maison, c’est différent: on travaille d’une manière
plus volontaire et on ressent moins les contraintes»…

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie professionnelle ces dernières années?
Dans mon service, le télétravail est une option possible (deux jours par semaine) depuis environ 3 ans. Cela m’a intéressé et j’ai pris cette option-là. Ce n’est que depuis juin 2005 que je travaille en permanence à la maison, grâce à un arrangement entre mon département, le service des ressources humaines et moi-même. Cela ajouté à des raisons familiales, c’est ce qui m’a permis de déménager à Valence, à environ 250km de Genève.

Qu’est-ce que le télétravail vous a apporté ainsi qu’à votre famille?
A midi, je peux manger à la maison et être avec mes enfants. Je suis donc, plus disponible pour eux. J’ai pu finalement choisir le lieu et le milieu d’habitation qui conviennent à mon handicap. J’ai longtemps cherché un logement proche du travail sans avoir pu trouver ce qui me convenait et qui était aussi dans mes moyens. Compte tenu de mon handicap, l’idéalétait de vivre en ville, mais avec trois enfants et un seul salaire, il me fallait un logement assez grand, chose que je ne pouvais pas me permettre à Genève et environs, du fait du prix de l’immobilier. En déménageant, j’ai pu me permettre d’habiter à la fois en pleine ville et dans un quartier calme.

L’entourage familial ne présente-t-il pas une source de distraction qui peut perturber la concentration dans le travail?
Quand j’ai déménagé, j’ai spécifiquement intégré la présence d’un bureau bien séparé comme critère de choix de ma maison. C’était même le critère No. 1, avec l’accès à l’ADSL très haut débit, et j’ai refusé des maisons qui étaient bien mais qui ne présentaient pas ces deux garanties!
Je dois aussi veiller à bien séparer la partie travail de la partie familiale de ma vie. Vis-à-vis de mes enfants, quand je travaille, je ne peux être dérangé qu’en cas d’urgence, chose que je dois leur rappeler de temps en temps...

Travaillez-vous de la même manière que si vous étiez au bureau?
Etre à la maison me permet plus de souplesse dans l’organisation de mon temps de travail. Je dois bien évidemment faire mes heures. Hier, par exemple, je devais partir plus tôt l’après-midi, ce qui m’a obligé de commencer à travailler plus tôt le matin. Travailler à la maison, c’est différent: on travaille d’une manière plus volontaire et on ressent moins les contraintes.

N’y-a-t-il pas une perte au niveau de l’absence de contact avec les collègues du bureau?
Un élément vital de la réussite du télétravail sont les visites régulières au bureau à Genève. Cela fait partie des conditions convenues entre l’administration et moi, mais c’est aussi important sur un plan personnel. Je suis convaincu que même sans ces conditions, j’effectuerai ces visites, qui me permettent de faire le point sur mon travail, de retrouver mes collègues, bref, de rester en contact avec mes bases... Je pense qu’il serait difficile à quelqu’un qui n’a pas d’«histoire professionnelle» en tant que fonctionnaire de l’Organisation, de commencer directement en télétravail.

Vous semble-t-il que votre profession est plus particulièrement propice à cette formule de travail?
Le métier de traducteur est un métier très individualiste. J’ai des collègues que je peux toujours consulter en cas de besoin pour mon travail. Le fait d’être loin ne change pas grand-chose avec les moyens de communication actuels. Mes collègues peuvent aussi me consulter, même s’il est probable que spontanément ils iront plutôt voir quelqu’un qui est sur place. D’où l’intérêt de se rendre régulièrement au Palais.

Dans la pratique, comment gérez-vous l’occupation de vos journées?
D’ordinaire, je m’astreins à des horaires de travail: je commence à 8 heures et je finis à 17 heures. Je sais que c’est souple, mais je me fixe des limites, c’est très important pour savoir où on en est.

…«C’est un style de vie très articulier, qui me convient à moi, mais pour franchir le pas, il faut regarder bien au-delà du simple fait de pouvoir travailler dans son jardin ou sur sa terrasse»…

Disposez-vous de tous les moyens nécessaires sur les plans technique et informatique?
Il y a encore des aspects qui, sans entrer dans les détails, font que certaines fonctionnalités, (telles que l’Intranet) ne me sont pas accessibles. Rien de vital pour mon travail quotidien, mais souvent gênant. Je pense que ce mode de travailà distance est appelé à se développer au sein de l’ONU, quel que soit le statut des personnes concernées. Il me semble qu’il faudra tôt ou tard faire le nécessaire pour une meilleure intégration du système interne avec l’extérieur, une fois réglés les problèmes évidents de sécurité informatique. L’interface Notes n’est pas très accessible compte tenu de mon handicap. Il a donc fallu aménager une redirection de tout mon courrierélectronique vers une adresse extérieure. Je ne peux pas non plus accéder aux«broadcasts» puisque les liens pointent sur Intranet.

Que faites-vous si votre matériel tombe en panne?
Je suis responsable, en vertu de l’accord que j’ai signé avec l’administration, de la sécurisation et de l’entretien de mon système informatique. C’est important à savoir, parce que si j’ai un virus ou un autre problème d’intrusion dans mon système, ce ne sont pas les techniciens de l’ONU qui viennent me secourir, mais moi-même ou le service maintenance que je me suis choisi et que je finance. Il est arrivé aux techniciens du Palais de me donner des conseils et je les en remercie, mais ce n’est pas la règle.

A vous entendre, le télétravail semble être avoir été une formule qui vous convient. La recommanderiez-vous à d’autres collègues?
C’est un style de vie très particulier, qui me convient à moi, mais pour franchir le pas, il faut regarder bien au-delà du simple fait de pouvoir travailler dans son jardin ou sur sa terrasse. Les implications sont bien plus nombreuses que ce qu’on peut s’imaginer au départ.

Nota: pour plus d’informations sur les formules
d’organisation du travail autorisées par l’ONU,
consultez la circulaire ST/SGB/2003/4
du 24 janvier 2003.

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