UN Special N° 652 Juin · June 2006 

A propos de l’éditorial du numéro 651 d’UN Special:

«Les consultants sexuels»

Cher Jean-Michel,

No 651 d'UN Special

Je me trouve perturbé par ton éditorial du numéro de mai 2006 de UNS. Il fait preuve d’une certaine confusion par rapport à un problème que toi-même, tu qualifies de «grave».
D’après toi, l’obligation de signer le bulletin ST/SGB/2003/13 sur les abus sexuels serait la preuve que l’Administration de l’ONU «vit dans un monde irréel». Au contraire, c’est un grand pas vers le monde réel.
Dans ce monde réel il est largement accepté que la prévention et l’élimination progressive des abus sexuels au travail ou liés au travail passe tout d’abord par une franche reconnaissance que ceux-ci existent et que n’importe quel(le) employé(e) ou soustraitant (oui, Jean-Michel, même un prix Nobel ou un réparateur d’ascenseurs) peut en être soit victime, soit auteur; et ensuite par une signature individuelle qui atteste la lecture et l’acceptation de la politique de l’Organisation dans la matière. Plus d’excuses – on est tous(tes) au courant maintenant!
Tu ironises qu’il est «bien connu que l’ONU ne [recrute] que la pire des racailles... qui passe son temps à violer... la veuve et l’orphelin». L’ironie est peu appropriée au sujet des victimes réelles des abus et de l’exploitation sexuelle commis par des membres des forces de maintien de la paix et d’autres fonctionnaires internationaux (nos collègues!) au Congo en 2002, par exemple. Loin de racaille, il s’agit le plus souvent de personnes – surtout, mais pas exclusivement, des hommes – d’une éminente respectabilité au sein de leurs propres sociétés. Comme d’ailleurs le demontre sans faille toute investigation dans les cas de pédophilie et autres abus sexuels ...
«Circulaire vexatoire»? «Image absurde de notre bureaucratie»? Je ne suis pas d’accord. Ces démarches représentent un effort de compenser les relations de pouvoir tout à fait inégales entre, d’une part, des personnes qui ont tout et, d’autre part, des personnes qui n’ont rien et de surcroît sont totalement dépendantes des premières. C’est une manière de se donner les armes pour poursuivre en vraie justice – la justice interne d’un Etat – des criminels qui, sous le système de «justice» de l’ONU, pourraient agir avec impunité.
Il ne faut pas mélanger les choses. La cible, ce n’est pas la démarche mais la façon dont elle sera appliquée – ou pas – au sein d’une Organisation qui manque toujours de vraies chaînes de responsabilité. A suivre... dans le monde réel.

Cordialement,
Nigel Lindup, ONUG.

Up
UNSpecial   © 2006 UN Special | Contact Us | About Us | Terms of Use