Sécurité du Palais des Nations et architecture

Interview de Patrick Schalk,
architecte à l’ONU Genève,
mandaté pour la supervision des
travaux du projet sécurité du
Palais des Nations.
Par Emmanuelle Gantet, ONUG.
Le projet d’amélioration de la sécurité du Palais des Nations prend ses origines en 1999, alors que des manifestants kurdes envahissent le Palais. Ce projet repose alors sur un travail commun entre l’Office, la Mission suisse, les instances fédérales et cantonales suisses, ainsi qu’avec les autorités ad hoc de la Ville de Genève. Il est avant tout un projet d’architecture et il prend forme en 2002, le pool de mandataires piloté par le bureau d’études Bugna-Barro étant alors mandaté. Il est marqué par les attentats du 11 septembre 2001 à New York et du 19 août 2003 à Bagdad. Les parties visibles de ce projet d’envergure sont les entrées chemin de fer et Pregny, la route d’accès au Bocage, les clôtures. Bientôt un autre chantier fera surface: l’extension de la Porte 30 qui accueille actuellement le magasin près de l’entrée Chemin de fer.
Depuis quand travaillez-vous sur le projet
d’amélioration de la sécurité du Palais ?
La mission m’a été proposée par l’Office des
Nations Unies en février 2005. Ce poste a été créé
pour superviser les chantiers du projet d’amélioration
de la sécurité du Palais des Nations. Je suis
l’un des représentant du maître d’ouvrage, l’Office,
auprès du pool de mandataires et le bureau Bugna-Barro, et je défends les intérêts de l’Office tant au
niveau financier, qualitatif, que de la planification.
Quelle est votre formation et expérience ?
J’ai été diplômé en architecture à Genève
en 1976 et j’ai poursuivi ma formation les
années suivantes notamment dans le
domaine des énergies renouvelables. Depuis 20 ans, je me suis spécialisé dans
la direction et la coordination de travaux,
domaine qui englobe des aspects administratifs,
techniques et de contrôle des
coûts. J’ai acquis mon expérience essentiellement sur les chantiers de la transformation et de l’extension
de l’Aéroport International de Genève, ainsi que sur le chantier
complexe et court de la transformation du casino de Montreux (30
millions de francs suisses de travaux en 12 mois). J’étais alors collaborateur
d’un bureau d’architectes, puis d’un bureau international
de pilotage de chantier. Cette connaissance in situ du mandataire,
me permet aujourd’hui dans mon rôle de représentant
du maître d’ouvrage d’obtenir des gains de temps et une meilleure
approche technique et administrative.

Sécurité et courrier.
Les méthodes de travail à l’Office sont-elles très différentes de
celles que vous avez connues ?
Dans le cadre des chantiers de l’Aéroport les méthodes de travailétaient similaires, ainsi que l’organisation interne puisqu’elle
s’articulait, tout comme l’ONUG, entre les services techniques et
bâtiments, la sécurité, les douanes, le service des visites, les
ventes, et les nombreux exploitants – à l’ONUG, il est question
des nombreuses agences. Les procédures suivaient également le
même cheminement, cahier des charges, appel d’offres, bons de
commandes.
Lorsque vous êtes arrivé en février 2005, le chantier Pregny avait
déjà démarré….
En effet, il en était au gros oeuvre. Ce chantier de 11 millions de
francs suisses pour un bâtiment de 1350 m2 ne présentait pas à
l’origine de contraintes techniques particulièrement difficiles.
Et pourtant, la date d’achèvement, planifiée à l’origine en juin
2005, a été reportée en octobre 2005, pour finalement arriver à
mars 2006, sans compter que le Groupe d’identification et d’accréditation
de la Section de la sécurité et de la sûreté de l’Office
n’intégrera les locaux que mi-2006. Ce retard met en évidence
l’importance de la préparation en amont et du suivi des travaux.
Bien que les délais n’aient pu être tenus par le mandataire,
l’Office bouclera le chantier sans dépassement financier.

Valise diplomatique
Avez-vous d’autres chantiers au Palais des Nations après celui de
l’entrée Pregny ?
Au moins trois. Un est en cours depuis mars 2005 et se finira cetété. Il s’agit de la sécurisation du périmètre: dans les zones paysagères
où les clôtures sont cachées, les barrières ont été traitées
en treillis et rehaussées à 2,40 mètres; près des voies de circulation,
telles que vers Pregny, il est prévu des barrières ouvragées
métalliques; quant aux murs construits face à la place des
Nations, ils ne seront limités qu’à cette zone en raison des manifestations
qui s’y déroulent.
Deux autres chantiers, visibles par le fonctionnaire, sont l’entrée
Nations, qui devra être finie d’ici novembre 2006 pour l’inauguration
de la place des Nations, et le projet appelé Courrier à la porte 30 qui
centralisera et sécurisera l’arrivée et le départ du courrier traité par
l’Office. D’autre part, sans que les fonctionnaires ne s’en rendent
compte, les locaux actuels du centre de contrôle de la Section de la
sécurité et de la sûreté seront transformés et aménagés avec de nouvelles
technologies de mai 2006 à début 2007.
Pensez-vous tenir les délais ?
Pour les chantiers Nations et Courrier-porte 30, étant impliqué dès
la préparation du cahier des charges, je suis assez serein sur la tenue
des plannings et des travaux.
Quels budgets représentent les projets Nations et Courrierporte
30 ?
Les budgets varient de 1 million de francs suisses pour l’entrée
Nations à 8 millions pour le projet Courrier à la porte 30.
Les travaux à l’entrée Nations ne toucheront ni le portail, ni l’allée,
ils se limiteront à la guérite qui restera de petite taille puisqu’il
s’agira d’un volume de 30m2. Le projet à la porte 30, à proximité du portail de service Chemin
de fer, sera l’unique point d’entrée, de contrôle et de sortie du
courrier et des marchandises. Il a été conçu dans le but de sécuriser
les bâtiments principaux et les personnes qui y travaillent
en regroupant dans un bâtiment éloigné du bâtiment principal
les activités du Courrier et de la Valise diplomatique, aujourd’hui
situées dans l’enceinte même des bâtiments, respectivement
dans le bâtiment Conseil et sous les salles de conférence du
bâtiment E.

Triage central, ONUG.
Le projet de ce nouvel espace pour le contrôle du courrier
postal et diplomatique à la porte 30 est le résultat d’un
travail commun entre Olivier Bruyère, Chef du Groupe des
interventions spécialisées, Michel Dechen, Chef du Groupe de
la Valise diplomatique et de l’expédition du courrier, Eduardo
Corredoira, Chef du Groupe de la distribution du courrier,
avec l’appui de la Section des bâtiments et des services
techniques, le bureau d’études mandaté Bugna-Barro et la
Poste Suisse. Concrètement, comment se présente ce nouveau
bâtiment?
Le contrôle du courrier postal et diplomatique entrant passera
en premier lieu par un entonnoir sécuritaire qui sera un local
fermé de 100 m2 équipé du matériel de sécurité et de contrôle ad
hoc pour détecter les menaces ordinaires et plus spécifiques
telles que chimiques, bactériologiques ou explosives. De façon
schématique, le triage sera en position centrale, identifiant la
totalité du courrier interne, postal et diplomatique entrant, pour
le diffuser ensuite vers la Valise diplomatique, l’expédition postale,
ou l’acheminement par les messagers aux différents bâtiments
du Palais des Nations et ses annexes ainsi que sa remise
aux navettes des autres organisations internationales et agences
spécialisées à Genève. Ce nouveau bâtiment, de 65 m de long et
15 m de large, bénéficiera d’une lumière naturelle par sa façade
côté quai implantée en continuité de l’actuelle porte 30 et d’un
aménagement dans le respect des normes ergonomiques, sanitaires,
de ventilation ou de luminosité, et du respect des normes
de sécurité en incendie et intrusion.
Ce bâtiment ne risque-t-il pas de faire «verrue» dans le parc ?
Ce bâtiment sera construit à flanc de colline avec un toit végétalisé,
cette extension ne se verra pratiquement pas depuis le bâtiment principal et préservera ainsi la
beauté du parc.
Ce déplacement des activités postales et
diplomatiques aura-t-il un impact sur les
utilisateurs ?
Au-delà des notions de sécurité, ce projet a
pour objectif d’améliorer les flux internes du
courrier postal et diplomatique et le service
aux clients, sans que cela ne modifie les habitudes
des utilisateurs. Le courrier sera acheminé
en interne, comme actuellement, et l’office
de la Poste Suisse restera à laporte6, bâtiment
Conseil.
Après 20 ans dans le privé, comment
vivez-vous le fait de travailler dans une
Organisation internationale ?
En conduite de chantier, mes habitudes
changent peu. Je suis bien appuyé par
les structures en place au sein de la Section
des bâtiments et des services techniques,
qu’il s’agisse de son chef, Ruggero
Gruet, du chef du Groupe des
bâtiments Anis Chibli, le chef du Groupe
des services techniques, Pierre Wipf,
ou de leurs équipes. Par ailleurs, cette
expérience me permet d’avoir une autre
vue des mandataires qui parfois se «cachent», et à tort, derrière l’Office
pour justifier de retards.
La ligne architecturale des entrées
Chemin de fer ou Pregny ne fait pas
l’unanimité. En tant qu’architecte, quelle
est votre opinion?
En soi l’architecture est intéressante. Mais à
mon goût, et au regard de l’activité de l’Office
qui est avant tout un lieu de conférence
ouvert sur le monde, je trouve l’architecture
trop monumentale et défensive. Elle met en
valeur l’entrée avant le bâtiment qu’elle
sert. L’architecte mandaté aurait pu opter
pour une ligne plus discrète tout en intégrant
les éléments sécuritaires.
Quel avenir après le projet sécurité ?
Les chantiers ne manquent pas vous savez,
ni à l’Office, ni à Genève.
