
Interview avec Pierre Masson fonctionnaire jardinier.
Par Christian David, ONUG.
Auprès de mon arbre, je vivais heureux…
Depuis près d’un quart de
siècle, Pierre Masson, fonctionnaire
jardinier, vit pleinement
sa vocation et son amour
de la nature dans les espaces verts du
Palais des Nations.
Depuis son plus jeune âge, Pierre est toujours
resté en contact étroit avec la nature. Il était d’ailleurs chef de culture en France
avant de devenir jardinier au Palais.
Le descriptif des tâches que les jardiniers
doivent accomplir comprend l’entretien de
ce parc de 45 ha, le fleurissement des parterres,
l’entretien et la coupe des arbres et la
connaissance des 400 variétés d’arbres dont
certains séculaires. Une clause particulière,
qui étonne et interpelle: ils doivent aussi
d’occuper des paons. L’histoire du Palais
impose en effet que la famille avait légué le
parc à la ville de Genève, à condition que les
paons puissent y vivre en liberté. Les jardiniers
du Palais sont donc les dépositaires de
cet héritage. L’équipe est composée par Eric
Luscher, Pierre Masson, Arnaud Lafon,
Emmanuel Liogier et Pierre Duperret. Cinq
jardiniers d’une entreprise extérieure viennent également renforcer l’effectif.
Pierre Masson s’acquitte donc de ces tâches
avec toute l’équipe. Il faut également souligner
qu’il est également bien aidé par son adjointe
Valentine, bergère des Pyrénées. Elle l’aide
notamment à éloigner les renards qui ont la
fâcheuse tendance à venir se régaler des poussins.
Les paons, Pierre en a compté jusqu’à 25.
Actuellement, ils ne sont plus que 6: 5 mâles et
une femelle. Une jeune femelle est morte
récemment bien qu’elle ait été amenée à la clinique
de Bellevue, elle avait une patte cassée.
Jardinier, vétérinaire, bûcheron, animalier,
toi et tes collègues avez plusieurs
casquettes ?
Effectivement, mes collègues et moi devons
nous occuper des plantes et des animaux qui
vivent sur cette grande propriété. Nous
avons la responsabilité, sous les ordres de
notre chef Eric, d’offrir à nos collègues fonctionnaires
et à tous les visiteurs un environnement
de travail agréable. Cette tâche est
difficile car le parc est grand mais il faut
reconnaître que le site exceptionnel sur
lequel nous officions nous permet de relativiser
les petites difficultés quotidiennes.
Et si tu nous présentais ton adjointe?
Elle s’appelle Valentine, c’est une chienne
de race berger de Pyrénées elle est âgée de
13 ans. Elle m’aide, notamment, à éloigner
les renards qui vivent dans le parc et qui
aiment croquer les poussins de nos paons.
Apparemment, tu aimes bien ces
volatiles ?
J’ai même une anecdote à ce sujet. Il y a
quelques années, j’avais découvert une femelle sur un tas de terre. Je me suis
aperçu qu’elle couvait deux oeufs. Je l’ai
mise à l’abri jusqu’à l’éclosion et je me
suis occupé des poussins, en venant même
au Palais le week-end. Malheureusement
un week-end, je n’ai pas pu venir et les
renards en ont profité: ils ont mangé la
mère et les deux poussins.
Et les autres animaux ?
En ce moment, je donne à manger à des bébés
écureuils, des canards et il arrive même à
Valentine de s’amuser avec deux corbeaux.
Vous avez été ennuyés avec ce problème
de grippe aviaire avec les paons ?
Nous avons dû confiner les volatiles dans une
volière qui n’est pas vraiment adaptée après les
avoir tous capturés. Ce n’a pas été une partie de
plaisir pour les attraper. En ce moment, ils souffrent
de cette situation d’autant plus que la saison
des amours les rend plus nerveux.
Avez-vous une tenue adéquate pour
manipuler les volatiles ?
Non, pas vraiment.
Et quand ils sont blessés ?
Nous avons récemment soigné une femelle qui
avait la patte cassée avec des doses d’antibiotiques
et de calcium avant de la conduire à la
clinique où elle est malheureusement morte.
Les gens vous ont appelé par peur de la
grippe aviaire ?
Des gens nous ont appelé quand les paons
n’étaient pas encore confinés à cause de
l’actualité. Le sujet apparaît moins brûlant
désormais et je pense qu’il sera complètement
oublié avec la prochaine la
coupe du monde de foot.
Quels sont vos rapports avec les collègues
du Palais ?
Nous avons d’excellents rapports, il arrive
fréquemment que des fonctionnaires nous
appellent pour nous confier les plantes d’appartement
qui sont dans leur bureau et qui
périclitent.
Vous possédez une serre magnifique,
comment est-elle utilisée ?
Cette serre est utilisée pour faire lever les
semis, pour les boutures, et pour «soigner»
les plantes d’intérieur que nous confient nos
collègues.
Quelles sont les astreintes ?
En cas de neige ou de problèmes liés à notre
emploi, nous devons pouvoir être joints et
intervenons avec notre matériel.
Intarissable sur son métier qui demeure une
passion,
Pierre Masson fait partie de ces
personnages attachants
et profondément humains
qu’il est bon de rencontrer
aux détours des jardins
du Palais des Nations.
