Une initiative privée qui devrait faire école
Emmanuelle Gantet, ONUG
Le Burkina Faso, pays d’Afrique de l’ouest, se trouve entre le Mali, le Niger, le Bénin, le Togo, le Ghana, et la Côte-d’Ivoire. Sous protectorat français en 1896, il prit le nom de Haute-Volta en 1919. Ce pays retrouve son indépendance en 1960 et, en 1984, est officiellement rebaptisé Burkina Faso. Le Burkina Faso est présidé par Blaise Compaoré depuis 1987. Les musulmans sont majoritaires. Le secteur agricole (agriculture, élevage, pêche et activités forestières) emploie 92% des actifs et procure près de 50% du totale des exportations. Le secteur artisanal, bien qu’informel, connaît un réel essor et occuperait 80% des actifs urbains (source: www.primature.gov.bf).
« Le pays des hommes intègres »
Je suis restée peu de temps à Ouagadougou, capitale
du Burkina Faso, mais assez pour être étonnée. J’ai découvert une société avec
peu de biens matériels, mais où chacun
mangeait à sa faim, où chacun avait sa
place, qu’il soit vieux ou jeune, en bonne
ou en mauvaise santé, qu’il soit un
homme ou une femme. J’ai été fascinée
par la disposition des burkinabés à toujours
dire bonjour, leurs rires, leurs
expressions pacifiques, leur aptitude à
la conversation. Par ces femmes, fières
et libres, à la démarche très digne, aux
habits très colorés, omniprésentes tant
dans les rues, que sur les marchés, que
dans les kiosques et maquis (bars et restaurants). Certains
pays de l’Afrique de l’ouest sont qualifiés de guerriers,
d’autres de commerçants ou encore d’agriculteurs. Ce que
l’on dit du Burkina Faso c’est qu’il est « le pays des hommes
intègres ».
La scolarisation, enjeu du développement
Cette disponibilité à l’honnêteté et au courage, à l’entraide, à la discipline
est favorable au développement économique. Mais l’éducation est nécessaire. Malheureusement les enfants dans les rues de Ouagadougou
sont nombreux. Ils travaillent, s’amusent, rient, jouent au foot, sautent à l’élastique,
tirent à la fronde. Ils sont en bonne santé, mais ils ne sont pas à l’école.
Leurs parents doivent payer une contribution à la scolarité et, aussi minime
soit-elle, elle n’est pour certains pas possible. En 1997, les chiffres officiels présentaient
un taux brut de scolarisation à hauteur de seulement 38%. Avant
même de penser crayons, manuels, cahiers, c’est l’école gratuite pour tous qui
est nécessaire.
Voir autrement
Jean-Michel Depoortere, franco-néerlandais, diplômé de l’Ecole des Beauxarts
de Bruxelles, dirigeait il y a encore une dizaine d’années deux maisons
d’édition et photogravure qu’il avait créées dans le nord de la France et il
présidait le club de football d’Arras. Un accident l’a laissé plusieurs semaines
dans le coma et hémiplégique. Il ne revient à la vie normale qu’après
deux années de rééducation… Cette expérience a changé sa façon de voir les
choses, notamment concernant l’argent et la notion de réussite professionnelle.
Il vit depuis de ses tableaux, a d’autres valeurs et apprécie une vie plus
simple. Son fils a grandi. Il lui a donné le goût de l’Afrique de l’ouest qu’il
connaît, lui, depuis plus de vingt ans. Après plusieurs allers et retours de
quelques mois en solo chez des amis burkinabés, Tristan, à 23 ans, se fond à
la vie locale et s’installe début 2005 dans la banlieue de Ouagadougou, capitale
du Burkina Faso. Le père et le fils, avec leur ami burkinabé, Seni, dessinent
alors les lignes d’un commerce qu’ils voudraient juste.
Commerce équitable et éducation
Les masques, statues en bronze, batiks (peintures de scènes de vies
traditionnelles sur toile cirée), ou encore la maroquinerie et les
bijoux en pierre, se vendent en Europe avec des marges qui peuvent
aller jusqu’à dix. Ce commerce génère un chiffre d’affaires qui peut
suffire à l’importateur, mais il reste trop faible pour le fournisseur
d’Afrique de l’ouest. La politique commerciale des trois protagonistes
est d’appliquer une marge juste qui permettrait plus de volume
et qui serait profitable à tous, du fournisseur à l’acheteur final,
en passant par les vendeurs. Elle permettrait également de vendre
des pièces plus «prestigieuses». Ils sont depuis début mai sur les
routes du Burkina Faso, Mali, Bénin, Togo, Ghana.
Un point de vente a été créé à Lille et d’autres devraient l’être
dans quelques villes importantes de France, mais aussi à
Bruxelles et Londres. Il leur faut encore développer le label commercial
qui positionnera leur activité entre artisanat africain, les
tableaux de Jean-Michel, et d’artistes-peintres africains.
L’initiative privée de ces trois hommes est d’apporter leur contribution
au développement et à l’indépendance d’hommes et de femmes
d’Afrique. Leur action ne s’arrête pas au commerce. Jean-Michel a loué pour 1000 francs CFA par mois, soit environ 25 francs
suisses, une maison avec patio, comprenant une grande pièce. Ce
sera une classe primaire pour une vingtaine d’enfants du quartier
de Kamsaoghin, secteur 6 de Ouagadougou, où vit son fils et leur
ami Seni. «Je sais enseigner l’art et la géographie. Enseigner les mathématiques
et le français devrait être dans mes capacités!». Il s’appuiera
sur des manuels et du matériel scolaire qui n’était plus utilisé
dans certaines écoles primaires autour du lac d’Annecy, et surtout
sur son énergie, positive et volontaire.
Les thèmes du développement durable ou du commerce équitable
sont à la mode. Mais Jean-Michel et Tristan s’investissent dans ce projet
loin de tout opportunisme. C’est une goutte d’eau sur la terre craquelée
de l’Afrique, dans le désert d’indifférence de l’Occident, mais
une goutte d’eau suffit à faire pousser une fleur et un sourire.
