UN Special N° 651 Mai · May 2006 

UNOG

Réforme de l’ONU:

Les mots qui font peur

Emmanuelle Gantet, ONUG

L’Organisation des Nations Unies s’investit depuis 60 ans dans les domaines pour lesquels elle a été créée par ses Etats Membres à l’issue de la seconde guerre mondiale, ceux de la paix et la sécurité, des droits de l’homme et du développement. Elle est un organe unique, le seul organe intergouvernemental à délibérer sur les déséquilibres de notre monde. Elle rassemble aujourd’hui 191 Etats Membres, gère un budget de 18,5 milliards de dollars et emploie près de 30 mille fonctionnaires dans le monde. Sa dimension est aujourd’hui à la hauteur des désordres et des enjeux, interconnectés et rapides, qui se jouent au niveau de la planète. L’ONU, empreinte d’une rigidité administrative et mise à mal par trop d’affaires qu’il n’est plus nécessaire d’évoquer, doit à nouveau forcer le respect, être plus performante, plus flexible, plus réactive, pour mieux répondre à ses missions.

Des concepts qui peuvent faire peur… dans un environnement concurrentiel
Le Secrétaire général a présenté son rapport sur la réforme de la gestion de l’ONU le 7 mars 2006 à l’Assemblée générale puis au personnel à New York, présentation retransmise à Genève le 10 mars. Ce rapport à fait l’objet d’une réunion-débat ce 31 mars avec le personnel de sa Division de l’administration, à l’initiative de sa Directrice Madame Aminata Djermakoye, et mardi 25 avril 2006 c’est Monsieur Mark Malloch Brown, Vice-Secrétaire général de l’ONU, qui prend la parole devant le personnel des Nations Unies à Genève. Ces rencontres ont permis de souligner des composantes des réformes de gestion de l’ONU quiéveillent la peur pour beaucoup d’entre nous autour de concepts tels que «coûtbénéfice», «délocalisation», «externalisation», «mobilité».
Ces termes soulèvent des craintes car dans le privé, sous la pression économique et la concurrence des marchés, ils ont souvent pour finalité des réductions de coûts et des pertes d’emploi.
Du fait même de sa singularité, tant dans sa mission qu’en tant qu’organe politique, l’ONU n’a pas de concurrence. Elle est soumiseà des pressions politiques, mais elle ne subit pas les lois des marchés. Le personnel des Nations Unies a le privilège de bénéficier d’une Organisation qui parle non pas de réduction des coûts et de suppression de postes mais de transferts des coûts et des compétences. Le monde évolue, l’ONU le doit aussi.

Une mobilité à caractère obligatoire pourrait aller à l’encontre de ses intérêts
Dans toute structure internationale la mobilité est essentielle pour un fonctionnement et un développement efficace de ses ressources dans le monde. Dans le fond la démarche est juste. Dans la forme elle doit l’être également. La mobilité doit répondre à un cadre clair, flexible, dans lequel les personnes concernées se sentent en confiance, tant au niveau des conditions de départ, que de retour.
Si la mobilité est dans l’intérêt de l’ONU, elle doit également l’être dans l’intérêt de ceux qui l’appliquent. Elle doit permettre un développement personnel et professionnel. Pour être efficace, elle doit aussi répondre à un choix. Car, si certains se réalisent en changeant de poste, de site, voire de métier, parfois même tous les cinq ans, d’autres préfèrent une certaine stabilité géographique et professionnelle. Leur attitude n’est pas de l’immobilisme. En restant dans leur profession et/ou sur un site fixe, ils peuvent développer une réelle expertise, nécessaire dans certains métiers ou projets, et cette expertise est alors dans l’intérêt de l’Organisation.
Aujourd’hui, le caractère obligatoire du plan mobilité, mais également ses règlements et procédures encore empreints de zones d’ombres, donnent l’impression que ce projet n’est pas à maturité et mérite encore réflexion. Ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est que ce projet, comme l’a rappelé Monsieur Mark Malloch Brown ce 25 avril 2006, a débuté il y a cinq ans.

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Intégrer le prix du foncier et l’Internet
Le prix très élevé du foncier ne peut plus être ignoré à Genève ou à New York. Par ailleurs, les nouvelles technologies ont révolutionné la circulation de l’information. Ces deux notions peuvent ouvrir à de nouvelles approches moins onéreuses pour l’ONU. Dans cette perspective, il paraît opportun de s’interroger sur la pertinence, dans des bâtiments situés au centre de Genève ou de Manhattan, d’unités de production fortement mobilisatrices de mètres carrés, alors que dans un rayon de 100 km autour desdits bâtiments le prix du foncier baisse de façon significative. Sans tomber dans l’excès inverse et implanter des outils de production sur des territoires où l’on sait que les droits de l’homme et de l’enfant sont bafoués, un juste équilibre doit exister. On peut également s’interroger sur l’intérêt du partage des bureaux pour des métiers qui le permettent, tels les commerciaux dans le privé du fait de leurs nombreux déplacements, ou tels les services de traduction à l’ONU, leur contribution pouvant se faireà distance.

Donner confiance au personnel
L’ONU doit compter sur ses hommes et ses femmes. Ils ne demandent qu’à donner le meilleur d’eux-mêmes dans des fonctions, des valeurs et des actions dans lesquelles ils se reconnaissent et dont ils veulent être fiers, même si parfois exsangues sous le poids d’un carcan et de procédures devenues trop lourdes et inadaptées. Une part importante du personnel d’aujourd’hui sera renouvelée dans les dix prochaines années. L’ONU doit s’employer dès aujourd’hui à offrir à ses hommes et à ses femmes qui la servent des procédures, des choix financiers, technologiques et stratégiques performants et adaptés aux équipes et aux méthodes de travail de demain.
La mise en oeuvre des réforme de la gestion proposée par le Secrétaire général repose sur la finalisation de mesures qui pour beaucoup en sont encore au stade de la consultation. Son corollaire est la confiance, tant dans les directives, que dans les hommes qui les appliquent. Sa finalité, permettreà l’Organisation et à son personnel de s’investir «gagnant-gagnant» pour le bénéfice des idéaux et des buts communs de la Charte des Nations Unies.

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