Réforme de l’ONU:
Les mots qui font peur
Emmanuelle Gantet, ONUG
L’Organisation des Nations Unies s’investit depuis 60 ans dans les domaines pour lesquels elle a été créée par ses Etats Membres à l’issue de la seconde guerre mondiale, ceux de la paix et la sécurité, des droits de l’homme et du développement. Elle est un organe unique, le seul organe intergouvernemental à délibérer sur les déséquilibres de notre monde. Elle rassemble aujourd’hui 191 Etats Membres, gère un budget de 18,5 milliards de dollars et emploie près de 30 mille fonctionnaires dans le monde. Sa dimension est aujourd’hui à la hauteur des désordres et des enjeux, interconnectés et rapides, qui se jouent au niveau de la planète. L’ONU, empreinte d’une rigidité administrative et mise à mal par trop d’affaires qu’il n’est plus nécessaire d’évoquer, doit à nouveau forcer le respect, être plus performante, plus flexible, plus réactive, pour mieux répondre à ses missions.
Des concepts qui peuvent faire peur… dans un environnement concurrentiel
Le Secrétaire général a présenté son
rapport sur la réforme de la gestion de
l’ONU le 7 mars 2006 à l’Assemblée générale
puis au personnel à New York, présentation
retransmise à Genève le 10
mars. Ce rapport à fait l’objet d’une
réunion-débat ce 31 mars avec le personnel
de sa Division de l’administration, à
l’initiative de sa Directrice Madame
Aminata Djermakoye, et mardi 25 avril
2006 c’est Monsieur Mark Malloch Brown,
Vice-Secrétaire général de l’ONU, qui
prend la parole devant le personnel des
Nations Unies à Genève. Ces rencontres
ont permis de souligner des composantes
des réformes de gestion de l’ONU quiéveillent la peur pour beaucoup d’entre
nous autour de concepts tels que «coûtbénéfice», «délocalisation», «externalisation», «mobilité».
Ces termes soulèvent des craintes car
dans le privé, sous la pression économique
et la concurrence des marchés, ils ont souvent
pour finalité des réductions de coûts et
des pertes d’emploi.
Du fait même de sa singularité, tant dans sa
mission qu’en tant qu’organe politique,
l’ONU n’a pas de concurrence. Elle est soumiseà des pressions politiques, mais elle ne
subit pas les lois des marchés. Le personnel
des Nations Unies a le privilège de bénéficier
d’une Organisation qui parle non pas de
réduction des coûts et de suppression de
postes mais de transferts des coûts et des
compétences. Le monde évolue, l’ONU le
doit aussi.
Une mobilité à caractère obligatoire
pourrait aller à l’encontre de ses intérêts
Dans toute structure internationale la mobilité
est essentielle pour un fonctionnement et
un développement efficace de ses ressources
dans le monde. Dans le fond la démarche est
juste. Dans la forme elle doit l’être également.
La mobilité doit répondre à un cadre clair,
flexible, dans lequel les personnes concernées
se sentent en confiance, tant au niveau des
conditions de départ, que de retour.
Si la mobilité est dans l’intérêt de l’ONU,
elle doit également l’être dans l’intérêt de
ceux qui l’appliquent. Elle doit permettre un
développement personnel et professionnel.
Pour être efficace, elle doit aussi répondre à
un choix. Car, si certains se réalisent en
changeant de poste, de site, voire de métier,
parfois même tous les cinq ans, d’autres préfèrent
une certaine stabilité géographique
et professionnelle. Leur attitude n’est pas de
l’immobilisme. En restant dans leur profession
et/ou sur un site fixe, ils peuvent développer
une réelle expertise, nécessaire dans
certains métiers ou projets, et cette expertise
est alors dans l’intérêt de l’Organisation.
Aujourd’hui, le caractère obligatoire du
plan mobilité, mais également ses règlements
et procédures encore empreints de
zones d’ombres, donnent l’impression que
ce projet n’est pas à maturité et mérite
encore réflexion. Ce qui m’inquiète aujourd’hui
c’est que ce projet, comme l’a rappelé
Monsieur Mark Malloch Brown ce 25 avril
2006, a débuté il y a cinq ans.
Intégrer le prix du foncier et l’Internet
Le prix très élevé du foncier ne peut
plus être ignoré à Genève ou à New York.
Par ailleurs, les nouvelles technologies ont révolutionné la circulation de l’information.
Ces deux notions peuvent ouvrir à
de nouvelles approches moins onéreuses
pour l’ONU. Dans cette perspective, il
paraît opportun de s’interroger sur la pertinence,
dans des bâtiments situés au centre
de Genève ou de Manhattan, d’unités
de production fortement mobilisatrices
de mètres carrés, alors que dans un rayon
de 100 km autour desdits bâtiments le prix
du foncier baisse de façon significative.
Sans tomber dans l’excès inverse et
implanter des outils de production sur des
territoires où l’on sait que les droits de
l’homme et de l’enfant sont bafoués, un
juste équilibre doit exister. On peut également
s’interroger sur l’intérêt du partage
des bureaux pour des métiers qui le permettent,
tels les commerciaux dans le
privé du fait de leurs nombreux déplacements,
ou tels les services de traduction à
l’ONU, leur contribution pouvant se faireà distance.
Donner confiance au personnel
L’ONU doit compter sur ses hommes et ses
femmes. Ils ne demandent qu’à donner le
meilleur d’eux-mêmes dans des fonctions,
des valeurs et des actions dans lesquelles ils
se reconnaissent et dont ils veulent être
fiers, même si parfois exsangues sous le
poids d’un carcan et de procédures devenues
trop lourdes et inadaptées. Une part
importante du personnel d’aujourd’hui sera
renouvelée dans les dix prochaines années.
L’ONU doit s’employer dès aujourd’hui à
offrir à ses hommes et à ses femmes qui la
servent des procédures, des choix financiers,
technologiques et stratégiques performants
et adaptés aux équipes et aux méthodes
de travail de demain.
La mise en oeuvre des réforme de la gestion
proposée par le Secrétaire général
repose sur la finalisation de mesures qui
pour beaucoup en sont encore au stade de la
consultation. Son corollaire est la confiance,
tant dans les directives, que dans les hommes
qui les appliquent. Sa finalité, permettreà l’Organisation et à son personnel de
s’investir «gagnant-gagnant» pour le bénéfice
des idéaux et des buts communs de la
Charte des Nations Unies.
