UN Special N° 650 Avril · April 2006 

Une tête bien faite:

Une tête qui sait interroger

Paule Watteau et Ariane Ferrière

L’entrée à l’école enfantine est le moment idéal pour découvrir les relations sociales avec les pairs. Jouer, partager, discuter, se disputer, se consoler, expliquer, s’excuser, font partie du quotidien des petits.
Par ces différentes situations, l’enfant va peu à peu enrichir son vocabulaire, quelquefois même de mots que les adultes préféreraient ne pas entendre. Il découvre que, grâce à la parole, on peut obtenir de meilleurs résultats qu’avec des coups de pieds. C’est un apprentissage qui ne se fait pas sans heurts, mais qui peut être facilité quand la structure éducative, ici l’école, offre aux enfants des espaces d’expression où chacun peut dire son désaccord, sa tristesse, sa colère. Où il peut parler en sachant qu’il sera entendu.
— «Pourquoi tu m’as traité de bébé?»
— «Parce que j’étais fâchée?»
— «?»
— «Tu n’as pas joué avec moi.»
— «Mais, tu me l’as pas demandé…»
Des échanges comme celui-ci peuvent alimenter une petite discussion dans le groupe.
Comment se sent-on quand quelqu’un nous insulte, nous rejette, nous dit des choses «méchantes»?
Ces différents lieux de parole peuvent être plus ou moins formels.
— La petite réunion du matin au cours de laquelle les enfants s’expriment librement devant le groupe. Ils sont écoutés par les autres qui réagiront s’ils ne comprennent pas, s’ils veulent partager pour avoir vécu un moment semblable.
— Le conseil de classe où les enfants peuvent amener des discussions en rapport avec la vie de la classe. Exprimer un souci et demander qu’on en parle. Faire part à un copain, une copine des progrès qu’il a fait…Le conseil est un moment plus structuré. Il va évoluer avec l’âge de l’enfant. Lorsque celui-ci arrivera dans les classes primaires, il y aura un donneur de parole, un gardien du temps. Plus tard, quand ils sont capables de rédiger, un secrétaire.
— Les histoires dont les enfants sont friands à tout âge donnent bien sûr l’occasion de discuter aussi de situations extérieures à leur vécu. Ils apprennent à donner leur point de vue, à écouter celui des autres.
— La pratique de la philosophie en communauté de recherche.
Au cours d’ateliers hebdomadaires, dont le point de départ est la lecture d’une histoire philosophique spécialement conçue pour les enfants, ils sont encouragés à penser philosophiquement, ce qui signifie en premier lieu à s’engager dans un dialogue soumis à des critères de rigueur, d’objectivité, d’impartialité et aux conditions d’écoute et de respect des raisons avancées par les pairs.
La curiosité naturelle, commune à tous les enfants, est encouragée. Intrigués par leur propre pensée, ils partagent une expérience riche de sens et cela dans un climat de réflexion fondé sur le dialogue et la coopération. Ils développent petit à petit des habiletés de penser qui visent au développement d’un meilleur jugement critique.
NB: Par facilité rédactionnelle, le masculin est employé à titre générique.

«La violence, c’est une absence de vocabulaire…»

(Gilles Vignault).

Gilles Vignault, chanteur québecois, est aussi parrain d’un projet intitulé «Prévention de la violence et pratique de la philosophie avec les enfants».
En 1998, le directeur de la Division de la philosophie et de l’éthique de l’UNESCO soulignait: «Au-delà de toute participation d’ordre médiatique à une nouvelle vogue, l’intérêt de la philosophie pour les enfants rentre dans les préoccupations fondamentales de l’UNESCO. En vue de la promotion d’une Culture de la Paix, de la lutte contre la violence, d’une éducation visant à l’éradication de la pauvreté et le développement durable, le fait que les enfants acquièrent très jeunes l’esprit critique, l’autonomie à la réflexion et le jugement par eux-mêmes, les assure contre la manipulation de tous ordres et les prépare à pendre en main leur propre destin.»

Les auteurs sont enseignantes à l’école Active de Malagnou. Depuis trente ans, l’école active fait partie du paysage socio-éducatif genevois. Elle offre ainsi une proposition d’éducation dans laquelle les enfants ne font pas ce qu’ils veulent mais veulent ce qu’ils font.

ecole.active@worldcom.ch

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