Christian David, Président de l’Assemblée de secteur section de la sécurité et de la sûreté à l’ONU
Demande d’emploi
Voici l’histoire improbable d’un homme jeune, originaire de Bosnie,
qui a vécu la guerre. Il est militaire dans son pays et puis un jour, en
1993, il croise, à 18 ans, la route d’un homme, chef de la Forpronu:
le Général Morillon. Ce dernier promet à la population assiégée la
protection de l’ONU. Avec son unité, le jeune soldat accompagne, défend les
casques bleus dans l’enclave assiégée de Srebrenica. Les militaires bosniaques
tentent d’assurer la sécurité des populations et sauvent les vies de collègues
qui travaillent sous le drapeau de l’ONU. A partir de ce moment, l’idée de servir
cette bannière et ce qu’elle signifie, commence à germer dans son esprit. Il
continue sa carrière dans la police qu’il rejoint pendant quatre années.
La guerre, les horreurs vécues: il perd 38 membres de sa famille, le poussent à
quitter son pays. Il arrive en Suisse accompagné par sa mère gravement brûlée. Il
manifeste la volonté de porter l’uniforme des Nations Unies. Après avoir postulé, il
est accepté à la section de la sécurité à Genève. Pendant près d’une année, il porte
avec fierté cet uniforme. Pourtant, des propositions extérieures lui parviennent: un
meilleur contrat, un meilleur salaire. Ses chefs lui assurent qu’il doit continuer, que
tout se passera bien pour lui, il leur fait confiance, il fait confiance à l’ONU.
Il passe le test concocté pour les employés de bureau: le «clerical
test», devenu obligatoire pour décider de la compétence d’un employé.
Il n’obtient pas la moyenne. Ces tests se déroulent en français ou
anglais mais il n’est pas encore assez familiarisé avec ces langues pour
réussir. Que croyez-vous qu’il advient? Il échoue à deux reprises.
Qui pourtant, mieux que lui est sensé représenter les valeurs auxquelles certains
croient encore, basées sur la diversité culturelle, la foi en une grande idée?
Quel exemple d’aberration administrative plus fort peut permettre à notre
Organisation de justifier une telle situation? Un test de commis de bureau éliminatoire
pour un homme qui a versé son sang sous le drapeau de l’ONU. Un
test de commis de bureau inadapté à un travail spécifique de contrôle d’accès
et de sécurité! Un tel test permet-il de gérer les situations de crises au cours
d’une mission dangereuse? Ce test enfin est-il un bel exemple de la première
mesure du rapport récent du Secrétaire général: valoriser les ressources humaines
en répondant aux exigences d’une organisation à vocation de terrain et en
s’adaptant à l’évolution des besoins?
Des tests sont évidemment nécessaires pour déterminer l’aptitude d’un
employé mais ils doivent aussi intégrer tous les paramètres pertinents à un
emploi demandé. Ils doivent permettre à tous les postulants d’avoir une chance égale qui prendra en compte leur culture, leur valeur et enfin leur dignité!
Au fait, si vous avez dans vos connaissances, des personnes susceptibles de
trouver un emploi à vos anciens collègues, tout de bleu vêtus, qui écrivent mal le
français et l’anglais mais qui sont capables de soutenir des conversations dans cinq
langues, qui ne sont pas doués pour taper sur un clavier d’ordinateur, mais qui ont
entendu siffler les balles, faites-le savoir à notre rédaction car cet exemple n’est
pas isolé… Certains de vos futurs anciens collègues vous en seront reconnaissants,
certains de vos collègues qui y croient encore vous remercient d’avance!
