Formation en-ligne sur la prévention du harcèlement
Nigel Lindup, ONUG
Evaluation par Nigel Lindup, Coordonnateur du Groupe de travail du Conseil de coordination du personnel de l’ONUG sur le harcèlement (Note: les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement la position du Conseil de coordination du Conseil du personnel de l’ONUG ni de son Groupe de travail sur le harcèlement)
Le nouveau programme de formation en-ligne sur la prévention
du harcèlement et de l’abus d’autorité est arrivé! Le but de
cet article est d’analyser son contenu en ce qui concerne le harcèlement,
sur la base de commentaires et questions soulevées
au sein du Groupe de travail du Conseil de coordination du personnel
de l’ONUG sur le harcèlement, et de mes propres observations
en tant que fonctionnaire ayant suivi la formation en
anglais et français.
Le programme a été élaboré par un groupe d’agences de l’ONU (avec
le PNUD en tête). En général le Groupe de travail de l’ONUG, qui travaille
depuis 3 ans pour la mise en place de mesures préventives et de
protection contre le harcèlement, considère cette initiative comme un
grand pas en avant dans ce domaine.
Les points forts de cette formation obligatoire sont, entre autres, les
suivants:
- Elle définit le harcèlement et établit une politique de facto en attendant la promulgation d’instructions formelles (ST/AI), en train d’élaboration;
- Elle établit le droit de chaque fonctionnaire à un lieu de travail sans harcèlement;
- Elle établit le devoir de l’Organisation de protéger ses employés du harcèlement;
- Elle établit un devoir spécifique des superviseurs/gestionnaires de prévenir le harcèlement et les aide à le décharger;
- Elle prend en compte la diversité culturelle de nos lieux de travail;
- Elle suggère des réponses adéquates aux situations de harcèlement.
Pourtant, la présentation du harcèlement en tant que tel laisse à
désirer. D’un côté, le harcèlement sexuel est traité d’une façon très
concrète et exhaustive, mais ce type de harcèlement, malgré certaines
subtilités qui sont assez bien expliquées dans le programme, est relativement
facile à définir et à illustrer. De plus, il est d’actualité dans le
contexte des cas récents concernant des hauts fonctionnaires internationaux;
et enfin il s’agit parfois d’actes criminels. Pas surprenant donc
que l’Organisation y met une certaine emphase.
Le harcèlement psychologique (le «mobbing»), par contre, quoique
beaucoup plus répandu, est moins (re)connu et plus subtil et requiert
donc une approche bien travaillée. Il est vrai que le programme attire
notre attention sur quatre éléments importants:
- Une définition du harcèlement;
- Une description des comportements qui peuvent contribuer à créer une situation de harcèlement;
- Le fait essentiel que le harcèlement se définit par l’impact de nos actions, et non pas par notre intention;
- Les conséquences du harcèlement sur l’entourage professionnel des personnes directement concernées.
Néanmoins, en général son traitement constitue le point le plus faible de cette formation. En effet, le programme crée ou perpétue plusieurs mythes à ce sujet, tout en laissant de côté les vraies subtilités du harcèlement psychologique. En tant que membre du GT sur le harcèlement, je trouve ceci bien dommage.

- D’abord, la définition donnée tend à confondre le harcèlement et la discrimination, en laissant entendre que le harcèlement peut être «basé sur» certains attributs de la victime. Grand nombre, sinon la plupart, des victimes du harcèlement sychologique diraient que le traitement qu’elles subissent n’a aucun fondement du tout et que si seulement elles pouvaient en apercevoir un, elles trouveraient peut-être plus facile d’y faire face.
- Il n’est jamais mentionné que le harcèlement consiste souvent en des actions apparemment anodines mais qui
petit à petit détruisent la personnalité de la
victime. Goutte à goutte, comme la torture à
l’eau, tôt ou tard elles produisent une réaction
pathologique chez la victime. Il ne faut pas oublier que, dans les cas extrêmes, le harcèlement psychologique peut provoquer le suicide. - Toutes les situations évoquées montrent une femme victime d’un harceleur mâle, ce qui donne une fausse impression. Harceleur et victime peuvent être de n’importe quel sexe.
- Il y a trop d’emphase sur le sexe et la sexualité, ce qui ne nous aide pas à distinguer le mobbing du harcèlement sexuel.
- Un des scénarios évoque une situation
classique de mobbing, mais en donne une
analyse tout à fait erronée:
Situat ion
La photo d’une employée, mise sur le corps d’un cochon, circule dans le bureau. Pendant quelque temps cette photo a subi
des modifications et a été largement distribuée. Est-ce du harcèlement?
Réponse
Oui. La photo à laquelle le visage de la collègue a été ajouté n’est pas sexuellement explicite. Cependant, il y a harcèlement. La femme n’est pas traitée de la même manière que l’homme et cela pourrait être considéré comme du harcèlement et de la discrimination.
Ceci est tout simplement incorrect. Le harcèlement dans ce cas ne dépend pas du fait d’une discrimination générique entre «hommes» et «femmes» mais réside dans l’atteinte à la personnalité de l’individu visé, comportement destructif injustifiable et inadmissible. - Enfin, il y a des problèmes de traduction/transfert entre l’anglais et le français qui affectent la compréhension et l’évaluation des situations décrites. Une réplique censée souligner les stéréotypes sexistes comme élément du harcèlement se lit en anglais «You’re a typical man!» («Typiquement homme!») mais se traduit en français par «T’es un homme bête», qui constitue une simple insulte dirigée à un individu spécifique et par conséquent prive le scénario de son sens central.
Evaluation finale? Eh bien... réussite partielle,
donc frustration. Celui qui voit le verre à moitié plein félicitera l’Administration du
Secrétariat de l’ONU pour avoir acheté les
droits au programme aux agences qui l’ont
développé, mais il faut bien constater qu’elle
n’a pas vérifié que l’approche adoptée est
adéquate.
J’encourage donc notre Administration à
faire preuve de sa bonne foi et de sa volonté
d’éliminer ce fléau, en consultant avec des
experts dans ce domaine dans le but de rectifier
les déficiences du programme, et de faire
de cette formation un instrument effectif de
prévention du harcèlement au sein de notre
Organisation.
