UN Special N° 649 Mars · March 2006 

Formation en-ligne sur la prévention du harcèlement

Nigel Lindup, ONUG

Evaluation par Nigel Lindup, Coordonnateur du Groupe de travail du Conseil de coordination du personnel de l’ONUG sur le harcèlement (Note: les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement la position du Conseil de coordination du Conseil du personnel de l’ONUG ni de son Groupe de travail sur le harcèlement)

Le nouveau programme de formation en-ligne sur la prévention du harcèlement et de l’abus d’autorité est arrivé! Le but de cet article est d’analyser son contenu en ce qui concerne le harcèlement, sur la base de commentaires et questions soulevées au sein du Groupe de travail du Conseil de coordination du personnel de l’ONUG sur le harcèlement, et de mes propres observations en tant que fonctionnaire ayant suivi la formation en anglais et français.
Le programme a été élaboré par un groupe d’agences de l’ONU (avec le PNUD en tête). En général le Groupe de travail de l’ONUG, qui travaille depuis 3 ans pour la mise en place de mesures préventives et de protection contre le harcèlement, considère cette initiative comme un grand pas en avant dans ce domaine.
Les points forts de cette formation obligatoire sont, entre autres, les suivants:

Pourtant, la présentation du harcèlement en tant que tel laisse à désirer. D’un côté, le harcèlement sexuel est traité d’une façon très concrète et exhaustive, mais ce type de harcèlement, malgré certaines subtilités qui sont assez bien expliquées dans le programme, est relativement facile à définir et à illustrer. De plus, il est d’actualité dans le contexte des cas récents concernant des hauts fonctionnaires internationaux; et enfin il s’agit parfois d’actes criminels. Pas surprenant donc que l’Organisation y met une certaine emphase.
Le harcèlement psychologique (le «mobbing»), par contre, quoique beaucoup plus répandu, est moins (re)connu et plus subtil et requiert donc une approche bien travaillée. Il est vrai que le programme attire
notre attention sur quatre éléments importants:

Néanmoins, en général son traitement constitue le point le plus faible de cette formation. En effet, le programme crée ou perpétue plusieurs mythes à ce sujet, tout en laissant de côté les vraies subtilités du harcèlement psychologique. En tant que membre du GT sur le harcèlement, je trouve ceci bien dommage.

  1. D’abord, la définition donnée tend à confondre le harcèlement et la discrimination, en laissant entendre que le harcèlement peut être «basé sur» certains attributs de la victime. Grand nombre, sinon la plupart, des victimes du harcèlement sychologique diraient que le traitement qu’elles subissent n’a aucun fondement du tout et que si seulement elles pouvaient en apercevoir un, elles trouveraient peut-être plus facile d’y faire face.
  2. Il n’est jamais mentionné que le harcèlement consiste souvent en des actions apparemment anodines mais qui petit à petit détruisent la personnalité de la victime. Goutte à goutte, comme la torture à l’eau, tôt ou tard elles produisent une réaction
    pathologique chez la victime. Il ne faut pas oublier que, dans les cas extrêmes, le harcèlement psychologique peut provoquer le suicide.
  3. Toutes les situations évoquées montrent une femme victime d’un harceleur mâle, ce qui donne une fausse impression. Harceleur et victime peuvent être de n’importe quel sexe.
  4. Il y a trop d’emphase sur le sexe et la sexualité, ce qui ne nous aide pas à distinguer le mobbing du harcèlement sexuel.
  5. Un des scénarios évoque une situation classique de mobbing, mais en donne une analyse tout à fait erronée:
    Situat ion
    La photo d’une employée, mise sur le corps d’un cochon, circule dans le bureau. Pendant quelque temps cette photo a subi
    des modifications et a été largement distribuée. Est-ce du harcèlement?

    Réponse
    Oui. La photo à laquelle le visage de la collègue a été ajouté n’est pas sexuellement explicite. Cependant, il y a harcèlement. La femme n’est pas traitée de la même manière que l’homme et cela pourrait être considéré comme du harcèlement et de la discrimination.
    Ceci est tout simplement incorrect. Le harcèlement dans ce cas ne dépend pas du fait d’une discrimination générique entre «hommes» et «femmes» mais réside dans l’atteinte à la personnalité de l’individu visé, comportement destructif injustifiable et inadmissible.
  6. Enfin, il y a des problèmes de traduction/transfert entre l’anglais et le français qui affectent la compréhension et l’évaluation des situations décrites. Une réplique censée souligner les stéréotypes sexistes comme élément du harcèlement se lit en anglais «You’re a typical man!» («Typiquement homme!») mais se traduit en français par «T’es un homme bête», qui constitue une simple insulte dirigée à un individu spécifique et par conséquent prive le scénario de son sens central.
 

Evaluation finale? Eh bien... réussite partielle, donc frustration. Celui qui voit le verre à moitié plein félicitera l’Administration du Secrétariat de l’ONU pour avoir acheté les droits au programme aux agences qui l’ont développé, mais il faut bien constater qu’elle n’a pas vérifié que l’approche adoptée est adéquate.
J’encourage donc notre Administration à faire preuve de sa bonne foi et de sa volonté d’éliminer ce fléau, en consultant avec des experts dans ce domaine dans le but de rectifier les déficiences du programme, et de faire de cette formation un instrument effectif de prévention du harcèlement au sein de notre Organisation.

Up
UNSpecial   © 2006 UN Special | Contact Us | About Us | Terms of Use