UN Special N° 649 Mars · March 2006 

Grippe aviaire

La pandémie: c’est pour quand?

Interview avec Isabelle Nutall, médecin de l’équipe de l’Organisation Mondiale de la Santé qui s’occupe de la grippe aviaire.
 
Par Jean Michel Jakobowicz, ONUG.

Où en est-on de l’épidémie de grippe aviaire?
Isabelle Nuttall: Du point de vue de l’épizootie, c’est-à-dire l’épidémie qui atteint les animaux, elle se développe de plus en plus puisqu’à l’heure actuelle chaque jour ou presque nous avons des notifications en provenance de nouveaux pays, l’un des derniers en date étant la France. A ce jour la liste des pays comprend l’Azerbaïdjan, l’Allemagne, la Bulgarie, la Chine, la Croatie, La France, la Grèce, l’Indonésie, l’Irak, l’Iran, l’Italie, le Nigéria, la Roumanie, la Russie, la Slovénie, la Thaïlande, l’Ukraine et le Vietnam. Pour de plus amples informations je vous conseille d’aller sur le site de la FAO ou sur le site de l’OIE (l’Organisation mondiale de la santé animale).

Ce qui est nouveau c’est qu’actuellement on trouve des cas en Afrique et en Europe?
La différence entre l’Europe et l’Afrique, réside dans le fait qu’en Europe on a que des animaux sauvages qui ont été repérés et qu’il y a un système de surveillance vétérinaire qui fonctionne bien, l’objectif étant que les élevages ne soient pas contaminés. Au Nigéria la situation est différente dans la mesure où on a déjà des volailles domestiques contaminées et donc un risque réel de contact de la population avec les volailles malades. Au niveau des actions qui sont menées par l’OMS il y a beaucoup à faire en Afrique. Il est important dans un pays comme le Nigéria pas exemple de faire passer des informations claires au niveau des populations pour bien expliquer les risques encourus. D’autre part, il est important de renforcer les capacités d’analyse des laboratoires de façon à pouvoir faire des diagnostics aussi rapidement que possible. Il faut aussi protéger le personnel médical et mettre à disposition des médicaments pour traiter les cas lorsqu’ils apparaissent.

En Afrique, seul le Nigéria semble être frappé.Cela paraît pour le moins étrange!
La FAO et l’OIE investiguent dans les pays voisins. Très vraisemblablement il y aura des cas dans d’autres pays africains.

Plus près de chez nous, faut-il se méfier des oiseaux que l’on voit passer dans les jardins?
Le message très clair qu’il faut diffuser dans le public est qu’il ne faut sous aucun prétexte toucher un oiseau mort. Dans le cas où vous auriez l’occasion d’en voir il faut immédiatement prévenir les pompiers ou la police qui se chargeront de les récupérer en prenant toutes les précautions voulues. Il ne faut pas non plus avoir l’impression que le virus peut vous sauter dessus au détour d’un l’alichemin. C’est un principe de précaution: on ne manipule par les oiseaux morts.Ils doivent être envoyés aux services vétérinaires.

Que s’est-il passé en Turquie?
Dans le cas de la Turquie, les conditions d’habitat ont fait que des personnes ont été infectées par les contacts directs avec les animaux malades. En particulier on a tous vu les images des enfants qui aidaient à l’abattage des volailles. Les personnes qui procédaient à l’abattage étaient bien protégées mais les enfants n’avaient aucune protection, ils attrapaient les volailles qu’ils donnaient aux autres pour qu’ils les tuent. C’est un comportement qu’il faut à tout prix éviter. Chaque personne qui peut avoir un contact avec des animaux malades doit être protégée.

Recommandations de l’OMS relatives aux voyageurs à destination de pays où sévissent des flambées de grippe aviaire à virus H5N1 hautement pathogène

Conseils aux voyageurs

L’OMS conseille aux voyageurs d’éviter les environnements à haut risque dans les pays affectés.
On considère que les voyageurs se rendant dans des zones où sévissent des flambées de grippe aviaire dans les populations d’oiseaux ne courent pas un risque élevé de contracter l’infection s’ils ne s’exposent pas directement et sans protection à des oiseaux infectés (ainsi qu’aux plumes, aux déjections, à de la viande et à des oeufs mal cuits de ces oiseaux).
L’OMS continue de recommander aux voyageurs se rendant dans les zones touchées d’éviter tout contact avecles marchés d’animaux vivants, les élevages de volailles et, plus généralement, toute volaille en cage ou évoluant en liberté. On sait que les oiseaux infectés excrètent de grandes quantités de virus dans leurs déjections. On conseille par ailleurs aux populations des pays affectés d’éviter tout contact avec des oiseaux migrateurs morts ou des oiseaux sauvages apparemment malades.
On considère que le contact direct avec des volailles infectées, ou avec des surfaces et des objets contaminés par leurs déjections, est la principale voie de transmission de l’infection à l’homme. On pense que le risque est maximal pendant l’abattage, la plumée, la découpe et la préparation des volailles pour la cuisson. Rien ne permet à ce jour de penser que des volailles ou des produits dérivés bien cuits puissent être une source de contamination.
Il est recommandé aux voyageurs de prendre contact avec les agents de santé locaux ou les autorités sanitaires nationales s’ils veulent en savoir plus.
www.who.int/csr/disease/avian_influenza/avian_faqs/fr/index.html

Sommes-nous en train d’assister à une grande pandémie au niveau mondiale?
Il faut remettre avant tout les choses en perspective. Lorsque l’on compare le nombre d’oiseaux dans le monde, le nombre d’animaux malades, et le nombre d’humains atteints cette épidémie reste très limitée. Au 13 février dernier, il y avait eu en tout et pour tout depuis 2003, 169 personnes touchées par la grippe aviaire et sur ces 169, 91 étaient décédées. Ce qui somme toute est un chiffre très limité sur l’ensemble de la population de la planète.

Y a-t-il vraiment un risque d’épidémie, en particulier y a-t-il un risque pour que le virus se transmette de l’homme à l’homme?
Ce risque existe dans la mesure où le virus H.5N.1 est connu pour sa faculté à muter assez facilement. Il peut soit muter progressivement, soit rencontrer un autre virus et faire ce que l’on appelle un réassortiment génétique. En d’autres termes cela signifie que le matériel génétique du virus de la grippe aviaire qui est dangereux mais qui se transmet difficilement de l’animalà l’homme pourrait rentrer en contact avec le virus de la grippe humaine qui lui se transmet facilement de l’homme à l’homme. Si cela se produit ce serait le début d’une pandémie. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas. Bien sûr plus le virus H5N1 circule au niveau des animaux plus le risque de voir des personnes contaminées augmente et plus le risque de voir le virus aviaire entrer en contact avec le virus de la grippe humaine augmente lui aussi. Ce que personne ne peut dire actuellement c’est à quelle distance nous sommes de la pandémie. Personne ne peut prédire le comportement du virus. Par contre ce que l’on sait, c’est que le virus que l’on retrouve au Nigeria est le même que le virus que l’on a trouvé en Chine en 2005. Ce qui veut dire que c’est le même virus qui circule. C’est plutôt rassurant dans le contexte actuel puisque cela veut dire qu’il n’y a pas eu de changement dans le matériel génétique du virus originel.

Il y a trois ans il y a eu le SRAS, maintenant la grippe aviaire. Y a-t-il plus de risque actuellement qu’il y a quelques années?
Il faut bien faire la différence entre le SRAS et la grippe aviaire. Dans le premier cas il s’agissait d’un virus totalement nouveau qui a émergé. Nous avons réussi à l’identifier. Il se transmettait par des contacts rapprochés de personne à personne. Il y avait certainement un réservoir animal que l’on n’a pas réussi à identifier avec certitude, les civettes étant porteuses mais n’étant peut-être pas les seules. Par contre nous avons été capable d’agir très rapidement sur l’épidémie humaine et de faire en sorte qu’il n’y ait plus de cas qui apparaissent mais il faut malgré tout rester vigilant. La grippe est totalement différente puisque c’est une maladie qu’on connaît très bien. La grippe aviaire est un type de virus qui circule parmi les oiseaux depuis très longtemps. Il est très bien connu des vétérinaires. Ce qu’il y a de nouveau c’est que depuis 1997, date de la première alerte à Hong Kong, ce virus H5N1 a pu passer la barrière entre les espèces et est passé de l’animal à l’homme. Même scénario en 2003 et depuis 2003 cela se poursuit. Pour arriver à circonscrire l’épidémie au niveau des oiseaux, il faudrait soit supprimer la source c’est-à-dire soit supprimer les oiseaux soit quand c’est possible les vacciner.

Est-ce que d’autres animaux peuvent être touchés par la grippe aviaire?
Le porc à des récepteurs pour les deux virus: la grippe aviaire et la grippe humaine. On sait depuis très longtemps que le porc est un animalà surveiller parce qu’il peut être le creuset biologique qui va permettre au virus aviaire de muter.

Peut-on continuer à manger du poulet?
Dans nos pays il n’y a pas de volailles domestiques contaminées. Par définition il n’y a aucun risque à manger du poulet. Le risque surgit lorsqu’il y a préparation d’animaux malades en particulier lorsqu’ils sont plumés ou manipulés avant de les faire cuire. C’est à ce moment-là que l’on s’expose à une contamination. Cela se fait à la fois à travers les mains et la respiration du virus en suspension dans l’air. Une fois que le poulet est cuit à plus de 70° le virus n’est plus présent dans la viande.

Quelles précautions faut-il prendre lorsque l’on se trouve dans des régions à risque?
Essentiellement ne pas avoir de contacts avec des animaux malades. Dans les pays touchés, ne pas se rendre sur les marchés de volailles. Et surtout je le répète ne pas toucher d’oiseaux morts dans la nature.

Up
UNSpecial   © 2006 UN Special | Contact Us | About Us | Terms of Use