UN Special N° 649 Mars · March 2006 

Grippe aviaire

H5N1: Inquiétude ou panique?

Interview avec Michel Neyron, Directeur adjoint et Fanny Terraz Laderrière, assistante médicotechnique du Laboratoire départemental d’analyses vétérinaires de Bourg-en-Bresse.
 

Par Christian David, ONUG.

Le laboratoire départemental d’analyses vétérinaires de Bourg-en-Bresse, est, depuis la mi février, sous les feux de l’actualité. Quelques canards morts dans l’Ain et le virus de la grippe aviaire redouté est révélé par ce laboratoire ont contribué à provoquer une inquiétude raisonnée chez les uns et un début de panique chez les autres. Ce laboratoire est situé dans l’Ain, à une vingtaine de kilomètres du parc naturel de la Dombes, dans lequel ont été trouvés les volatiles. Il est divisé en deux entités. La première est chargée d’analyser la qualité des produits alimentaires. La deuxième est le site de santé animale qui propose des analyses en autopsie, bactériologie, virologie et sérologie. Une visite guidée de ce deuxième site nous est proposée par Michel Neyron, Directeur adjoint et par Fanny Terraz Laderrrière, Assistante médico-technique.
Dans ce vaste bâtiment, les salles toutes communicantes, ont été disposées de part et d’autre d’un très long couloir. La fonctionnalité de cette disposition permet aux échantillons de passer d’une salle à l’autre en suivant un cheminement par des passages isolés selon l’analyse pratiquée. Toutes les précautions sont prises pour isoler ces salles par des accès spécifiques. Enfin, le bâtiment est équipé de deux laboratoires de confinement de type P3 qui permettent la manipulation des agents pathogènes dangereux, sans crainte pour les techniciens protégés par des tenues adaptées et formés aux risques qu’ils encourent. L’environnement et le personnel sont aussi protégés par un système de dépression d’air qui empêche tout agent pathogène de sortir des salles de manipulation.
Une certaine sérénité est palpable, aucun affolement, chaque technicien vaque à ses occupations selon une méthodologie qui semble parfaitement maîtrisée.

De quelle hiérarchie dépendez vous?
Nous dépendons du Conseil général de l’Ain, et sommes donc un organisme public départemental.

Quel est votre travail habituel?
Trois fois par jour, on nous livre des cadavres d’animaux afin de déterminer la cause du décès. Il faut souligner que l’immense majorité des décès est due à la fatigue, le froid, la faim ou la chasse. Les oiseaux sont autopsiés en partie et nous procédons à des prélèvements. Les cas litigieux sont examinés et nous cherchons à détecter la présence du virus de l’influenza aviaire par la méthode de PCR en temps réel qui consiste notamment à amplifier une séquence ADN du virus. Le test s’avère positif si l’amplification est possible.

Etiez- vous prêts à affronter cet événement?
Nous suivions l’avancée transsibérienne de l’épizootie et le cheminement logique passait par notre région. Le laboratoire national de référence situé dans les Côtes d’Armor a délégué aux six laboratoires référents départementaux, la possibilité d’effectuer des analyses afin de déterminer la présence du virus influenza. Le premier test révélé positif a été envoyé pour confirmation à ce laboratoire national. Cet événement a cependant provoqué un surcroît de travail important avec le même effectif.

Que veut dire H5 N1?
Comme dans la grippe humaine, la grippe aviaire peut avoir différentes souches et muter. La souche qui inquiète est dénommée H5 N1. Dans notre laboratoire nous déterminons si le virus est de type A influenza. Le laboratoire national effectue des analyses complémentaires et peut affirmer qu’il s’agit de la souche H5N1. Pour simplifier, cette appellation désigne deux récepteurs d’enveloppes virales. Les virus ont différentes souches qui peuvent muter.

Justement le virus peut- il être transmis par l’homme en ayant muté?
Cette possibilité existe et elle a été décrite par les épidémiologistes. La souche du virus est surveillée, observée pour voir si elle ne tente pas de muter pour s’adapter à d’autres espèces. Dans les pays d’Extrême Orient, les éleveurs vivent en étroite promiscuité avec les volailles et d’autres animaux et ce risque est important. On soupçonne que le porc pourrait servir de marche pied entre l’oiseau et l’homme.

Procédez-vous à des tests sur des animaux vivants?
Non, cependant l’école vétérinaire de Lyon avait fait un suivi de canards sauvages avant la crise. La faune sauvage fait, de plus, l’objet de prélèvement tous les hivers depuis 2001, particulièrement dans la Dombes. Pour les animaux domestiques, il existe un programme de surveillance des volailles de plein air toutes les années d’environ 1000 sérologies par an. La grippe porcine est connue, en particulier deux souches H1N1 et H3N3 et plusieurs sérologies ont lieu sur demande.

Comment peut-on observer l’évolution?
Des séquençages de gènes seront effectués afin de contrôler cette éventuelle évolution. Il existe certainement des laboratoires pharmaceutiques qui recherchent un vaccin et qui effectuent ces tests. Notre laboratoire diagnostique mais n’effectue pas de recherches.

Au niveau de l’information avez-vous reçu des consignes?
Nous avons des consignes relatives au cheminement des informations. Nous donnons immédiatement les résultats de la région sud-est au service vétérinaire et à la Direction générale de l’alimentation, laquelle donne l’information aux médias. Il arrive que des fuites puissent court-circuiter ce cheminement. Nous avons été très sollicités par les médias ces deniers jours, ce qui a rajouté à notre charge de travail.

Comment percevez-vous les changements intervenus dans la diffusion de l’information depuis l’épisode de la vache folle?
A notre niveau, la procédure est claire, nous n’avons pas, en tant que maillon, à gérer cet aspect. Cependant, nous en sommes conscients. L’effet média effervescent est actuellement comparableà la période de la vache folle.

La fin de la migration annuelle des oiseaux atténuera-t-elle la propagation?
Le risque réside en ce qu’à la fin de la migration, des foyers soient installés et contaminent les élevages. Ces derniers sont actuellement confinés mais ce confinement ne peut pas être indéfiniment prolongé.

La Commission Européenne a donné son aval pour le vaccin, qu’en pensez vous?
La volaille de Bresse est vaccinée contre un certain nombre de maladies, si le vaccin adéquat est découvert, il n’y aura aucun problème. Si un foyer avéré était découvert, une surveillance serait effectuée pour tenter de trouver des anticorps sur les bêtes d’élevage. Pour le moment, si la volaille est vaccinée, il sera impossible de déterminer si ces anticorps sont naturels ou s’ils résultent de la vaccination. A ce sujet, des recherches sont en cours en Europe.

Une question personnelle pour finir: qu’allez-vous donner à manger à votre famille?
Nous mangerons des volailles pour une raison simple. Elles sont extrêmement sensibles à ce virus. S’il atteint ces élevages, le taux de mortalité sera très élevé. Un éleveur dont les volailles seraient atteintes ne pourrait pas dissimuler l’information car les pertes seraient importantes. Les volailles abattues sont saines avant d’être commercialisées. De surcroît, la cuisson d’une volaille, cinq minutes à 70°, tue tout virus. Enfin, les volailles de Bresse sont les meilleures au monde!

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