Grippe aviaire
H5N1: Inquiétude ou panique?
Par Christian David, ONUG.
Le laboratoire départemental d’analyses vétérinaires de Bourg-en-Bresse, est, depuis la mi février, sous les feux de l’actualité. Quelques
canards morts dans l’Ain et le virus de la grippe aviaire redouté est
révélé par ce laboratoire ont contribué à provoquer une inquiétude
raisonnée chez les uns et un début de panique chez les autres. Ce laboratoire
est situé dans l’Ain, à une vingtaine de kilomètres du parc naturel de la
Dombes, dans lequel ont été trouvés les volatiles. Il est divisé en deux entités.
La première est chargée d’analyser la qualité des produits alimentaires. La
deuxième est le site de santé animale qui propose des analyses en autopsie,
bactériologie, virologie et sérologie. Une visite guidée de ce deuxième site nous
est proposée par Michel Neyron, Directeur adjoint et par Fanny Terraz
Laderrrière, Assistante médico-technique.
Dans ce vaste bâtiment, les salles toutes communicantes, ont été disposées
de part et d’autre d’un très long couloir. La fonctionnalité de cette disposition
permet aux échantillons de passer d’une salle à l’autre en suivant un
cheminement par des passages isolés selon l’analyse pratiquée. Toutes les
précautions sont prises pour isoler ces salles par des accès spécifiques.
Enfin, le bâtiment est équipé de deux laboratoires de confinement de type P3
qui permettent la manipulation des agents pathogènes dangereux, sans
crainte pour les techniciens protégés par des tenues adaptées et formés aux
risques qu’ils encourent. L’environnement et le personnel sont aussi protégés
par un système de dépression d’air qui empêche tout agent pathogène de sortir
des salles de manipulation.
Une certaine sérénité est palpable, aucun affolement, chaque technicien
vaque à ses occupations selon une méthodologie qui semble parfaitement
maîtrisée.
De quelle hiérarchie dépendez vous?
Nous dépendons du Conseil général de l’Ain, et sommes donc un organisme
public départemental.
Quel est votre travail habituel?
Trois fois par jour, on nous livre des cadavres d’animaux afin de déterminer
la cause du décès. Il faut souligner que l’immense majorité des décès
est due à la fatigue, le froid, la faim ou la chasse. Les oiseaux sont autopsiés
en partie et nous procédons à des prélèvements. Les cas litigieux sont
examinés et nous cherchons à détecter la présence du virus de l’influenza
aviaire par la méthode de PCR en temps réel qui consiste notamment à
amplifier une séquence ADN du virus. Le test s’avère positif si l’amplification
est possible.
Etiez- vous prêts à affronter cet événement?
Nous suivions l’avancée transsibérienne de l’épizootie et le cheminement logique
passait par notre région. Le laboratoire national de référence situé dans
les Côtes d’Armor a délégué aux six laboratoires référents départementaux, la
possibilité d’effectuer des analyses afin de déterminer la présence du virus
influenza. Le premier test révélé positif a été envoyé pour confirmation à ce
laboratoire national. Cet événement a cependant provoqué un surcroît de travail
important avec le même effectif.
Que veut dire H5 N1?
Comme dans la grippe humaine, la grippe aviaire peut avoir différentes
souches et muter. La souche qui inquiète est dénommée H5 N1. Dans
notre laboratoire nous déterminons si le virus est de type A influenza.
Le laboratoire national effectue des analyses complémentaires et peut
affirmer qu’il s’agit de la souche H5N1. Pour simplifier, cette appellation
désigne deux récepteurs d’enveloppes virales. Les virus ont différentes
souches qui peuvent muter.
Justement le virus peut- il être transmis par l’homme en ayant muté?
Cette possibilité existe et elle a été décrite par les épidémiologistes. La
souche du virus est surveillée, observée pour voir si elle ne tente pas
de muter pour s’adapter à d’autres espèces. Dans les pays d’Extrême
Orient, les éleveurs vivent en étroite promiscuité avec les volailles et
d’autres animaux et ce risque est important. On soupçonne que le porc
pourrait servir de marche pied entre l’oiseau et l’homme.
Procédez-vous à des tests sur des animaux vivants?
Non, cependant l’école vétérinaire de Lyon avait fait un suivi de
canards sauvages avant la crise. La faune sauvage fait, de plus, l’objet de prélèvement tous les hivers depuis 2001, particulièrement
dans la Dombes. Pour les animaux domestiques, il existe un programme
de surveillance des volailles de plein air toutes les années
d’environ 1000 sérologies par an. La grippe porcine est connue, en
particulier deux souches H1N1 et H3N3 et plusieurs sérologies ont
lieu sur demande.
Comment peut-on observer l’évolution?
Des séquençages de gènes seront effectués afin de contrôler
cette éventuelle évolution. Il existe certainement des laboratoires
pharmaceutiques qui recherchent un vaccin et qui effectuent
ces tests. Notre laboratoire diagnostique mais n’effectue
pas de recherches.
Au niveau de l’information avez-vous reçu des consignes?
Nous avons des consignes relatives au cheminement des informations.
Nous donnons immédiatement les résultats de la région
sud-est au service vétérinaire et à la Direction générale de l’alimentation, laquelle donne l’information
aux médias. Il arrive que des fuites puissent
court-circuiter ce cheminement. Nous
avons été très sollicités par les médias ces
deniers jours, ce qui a rajouté à notre
charge de travail.
Comment percevez-vous les changements
intervenus dans la diffusion de l’information
depuis l’épisode de la vache folle?
A notre niveau, la procédure est claire, nous
n’avons pas, en tant que maillon, à gérer cet
aspect. Cependant, nous en sommes conscients.
L’effet média effervescent est actuellement comparableà la période de la vache folle.
La fin de la migration annuelle des
oiseaux atténuera-t-elle la propagation?
Le risque réside en ce qu’à la fin de la migration,
des foyers soient installés et contaminent
les élevages. Ces derniers sont actuellement
confinés mais ce confinement ne peut
pas être indéfiniment prolongé.
La Commission Européenne a donné son
aval pour le vaccin, qu’en pensez vous?
La volaille de Bresse est vaccinée contre un
certain nombre de maladies, si le vaccin adéquat
est découvert, il n’y aura aucun problème.
Si un foyer avéré était découvert, une
surveillance serait effectuée pour tenter de
trouver des anticorps sur les bêtes d’élevage.
Pour le moment, si la volaille est vaccinée, il
sera impossible de déterminer si ces anticorps
sont naturels ou s’ils résultent de la
vaccination. A ce sujet, des recherches sont
en cours en Europe.
Une question personnelle pour finir:
qu’allez-vous donner à manger à votre
famille?
Nous mangerons des volailles pour une
raison simple. Elles sont extrêmement
sensibles à ce virus. S’il atteint ces élevages,
le taux de mortalité sera très élevé.
Un éleveur dont les volailles seraient
atteintes ne pourrait pas dissimuler l’information
car les pertes seraient importantes.
Les volailles abattues sont saines
avant d’être commercialisées. De surcroît,
la cuisson d’une volaille, cinq minutes à
70°, tue tout virus. Enfin, les volailles de
Bresse sont les meilleures au monde!
