Il était une fois dans une ancienne contrée, un grand Palais, dans
lequel travaillaient des femmes et des hommes d’une nationalité
commune: ils étaient terriens.
Le Seigneur du château était le vassal d’un roi
d’au-delà des mers dont la mission était de rassembler
un peuple bizarre: les humains. Ces êtres étranges avaient envahi une planète bleue
qu’ils croyaient posséder, gaspillant
ses ressources, se battant
pour un bout de terre.
Depuis l’aube des temps,
leur principale activité
était la guerre.
Aussi, pour tenter de
réparer ce qui pouvait l’être,
une mission gouvernait tous les
sujets de ce Palais: elle consistait à trouver
des solutions pour panser les plaies d’un
monde exsangue et pour éviter qu’il ne saigne à nouveau. Une nombreuse assemblée travaillait jour et nuit,
vaquait à ses occupations en écrivant sans cesse sur de
nombreux grimoires. Quelques-uns organisaient des
réunions pour débattre et proposer. Ils avaient
fait voeu de se conformer aux articles d’une
Charte qui véhiculait un message de paix.
Enfin, ils avaient juré de servir la trinité IDP:
Intégrité, Diversité, Professionnalisme,
dans leur travail
et leur comportement
quotidiens.
Chaque jour, ils tentaient
de découvrir la formule
de la pierre philosophale
qui leur permettrait
enfin de trouver le remède à
cette question utopique: comment améliorer
la condition humaine, abolir le malheur
et les inégalités?
Des chevaliers missi-dominici étaient envoyés à
travers ce monde et ils tentaient avec leurs armes
dérisoires de réparer les dégâts occasionnés par
toutes les ambitions hégémoniques des puissants et
par la cruauté atavique de l’être humain.
Le Palais était entouré par une forêt magique où
des cèdres séculaires abritaient, de leurs branches
immenses, les destinées de tous. Depuis un parc
magnifique, chacun pouvait admirer des cimes
enneigées dans le miroir de l’eau d’un lac. Dans le
bocage avoisinant, de sages professeurs dispensaient
leur savoir à tous ceux qui parvenaient à se
libérer des contraintes horaires de leur travail. Au
détour des couloirs de ces vastes bâtiments, des
oeuvres magnifiques, réalisées par des artistes de
tous les peuples tapissaient les murs et pavoisaient
les lieux, dans une certaine indifférence des occupants
mais à la grande satisfaction des visiteurs.
Les caves du Palais étaient remplies de monceaux
de documentation, des tonnes de revues et papiers
en tout genre dont certains même dénonçaient la
déforestation… Des caves profondes aux donjons
les plus hauts, les travailleurs acharnés, issus de
tous les peuples de la terre, étaient répartis selon
leur spécialité. Ils assuraient tour à tour, et chacun
dans leur domaine, la promotion de ces nobles
idées et oeuvraient pour faire connaître les bonnes
résolutions que le monde alentour aurait dû prendre.
Des intervenants de bonne volonté, connaissant
les réalités du monde, participaient à cet effort
et venaient apporter leur connaissance de tous les
foyers qui devaient être éteints.
Des petits guerriers avaient été désignés pour
veiller à protéger les habitants du Palais contre les
attaques et les mauvais sorts. Ils surveillaient et
contrôlaient que tout accédant possèdait le sésame
magique permettant d’entrer dans ce sanctuaire.
Ce travail de fond était souvent critiqué, décrié
parce qu’il manquait d’efficacité mais également
pour des raisons plus inavouables: il gênait, dérangeait
et contrariait certains puissants dans leurs
tentatives à tendances hégémoniques.
Le temps passait dans ce Palais, la routine s’installait,
les termes forts des valeurs auxquelles chacun
devait se conformer s’estompaient… Peu à
peu, le but initial du travail disparaissait devant des
préoccupations telles que l’ambition, le désir de
promotion et l’appât du gain: des comportements
tellement humains! Une fois par mois, aux environs
du 20, se déroulait une longue procession à la
gloire du dieu Ubs. Chaque fidèle se recueillait,
s’inclinait devant ce dieu tout puissant et récoltait,
en contrepartie, le fruit de son labeur mensuel,
lequel semblait parfois représenter la finalité essentielle
du travail quotidien.
Le vaste horizon des incertitudes était parfois
tempéré par une reconnaissance planétaire fugace
du travail accompli par des personnes qui respectaient
et croyaient toujours aux vertus de la Charte
initiale…
La fin de ce conte a malheureusement été perdue et nul ne sait si la recherche du Graal improbable de concevoir un monde plus juste en abolissant les pires comportements humains a finalement été réalisée…