UN Special N° 646 Decembre · December 2005 

Personnel

L’extrait d’un vieux parchemin, découvert dans les archives de la SDN, est communiqué en cette veille de Noël

Conte de Noël

Christian David, UNOG

Xmas candles Xmas tree

Il était une fois dans une ancienne contrée, un grand Palais, dans lequel travaillaient des femmes et des hommes d’une nationalité commune: ils étaient terriens.
Le Seigneur du château était le vassal d’un roi d’au-delà des mers dont la mission était de rassembler un peuple bizarre: les humains. Ces êtres étranges avaient envahi une planète bleue qu’ils croyaient posséder, gaspillant ses ressources, se battant pour un bout de terre. Depuis l’aube des temps, leur principale activité était la guerre.
Aussi, pour tenter de réparer ce qui pouvait l’être, une mission gouvernait tous les sujets de ce Palais: elle consistait à trouver des solutions pour panser les plaies d’un monde exsangue et pour éviter qu’il ne saigne à nouveau. Une nombreuse assemblée travaillait jour et nuit, vaquait à ses occupations en écrivant sans cesse sur de nombreux grimoires. Quelques-uns organisaient des réunions pour débattre et proposer. Ils avaient fait voeu de se conformer aux articles d’une Charte qui véhiculait un message de paix. Enfin, ils avaient juré de servir la trinité IDP: Intégrité, Diversité, Professionnalisme, dans leur travail et leur comportement quotidiens.
Chaque jour, ils tentaient de découvrir la formule de la pierre philosophale qui leur permettrait enfin de trouver le remède à cette question utopique: comment améliorer la condition humaine, abolir le malheur et les inégalités?
Des chevaliers missi-dominici étaient envoyés à travers ce monde et ils tentaient avec leurs armes dérisoires de réparer les dégâts occasionnés par toutes les ambitions hégémoniques des puissants et par la cruauté atavique de l’être humain.
Le Palais était entouré par une forêt magique où des cèdres séculaires abritaient, de leurs branches immenses, les destinées de tous. Depuis un parc magnifique, chacun pouvait admirer des cimes enneigées dans le miroir de l’eau d’un lac. Dans le bocage avoisinant, de sages professeurs dispensaient leur savoir à tous ceux qui parvenaient à se libérer des contraintes horaires de leur travail. Au détour des couloirs de ces vastes bâtiments, des oeuvres magnifiques, réalisées par des artistes de tous les peuples tapissaient les murs et pavoisaient les lieux, dans une certaine indifférence des occupants mais à la grande satisfaction des visiteurs. Les caves du Palais étaient remplies de monceaux de documentation, des tonnes de revues et papiers en tout genre dont certains même dénonçaient la déforestation… Des caves profondes aux donjons les plus hauts, les travailleurs acharnés, issus de tous les peuples de la terre, étaient répartis selon leur spécialité. Ils assuraient tour à tour, et chacun dans leur domaine, la promotion de ces nobles idées et oeuvraient pour faire connaître les bonnes résolutions que le monde alentour aurait dû prendre. Des intervenants de bonne volonté, connaissant les réalités du monde, participaient à cet effort et venaient apporter leur connaissance de tous les foyers qui devaient être éteints.
Des petits guerriers avaient été désignés pour veiller à protéger les habitants du Palais contre les attaques et les mauvais sorts. Ils surveillaient et contrôlaient que tout accédant possèdait le sésame magique permettant d’entrer dans ce sanctuaire.
Ce travail de fond était souvent critiqué, décrié parce qu’il manquait d’efficacité mais également pour des raisons plus inavouables: il gênait, dérangeait et contrariait certains puissants dans leurs tentatives à tendances hégémoniques.
Le temps passait dans ce Palais, la routine s’installait, les termes forts des valeurs auxquelles chacun devait se conformer s’estompaient… Peu à peu, le but initial du travail disparaissait devant des préoccupations telles que l’ambition, le désir de promotion et l’appât du gain: des comportements tellement humains! Une fois par mois, aux environs du 20, se déroulait une longue procession à la gloire du dieu Ubs. Chaque fidèle se recueillait, s’inclinait devant ce dieu tout puissant et récoltait, en contrepartie, le fruit de son labeur mensuel, lequel semblait parfois représenter la finalité essentielle du travail quotidien.
Le vaste horizon des incertitudes était parfois tempéré par une reconnaissance planétaire fugace du travail accompli par des personnes qui respectaient et croyaient toujours aux vertus de la Charte initiale…

La fin de ce conte a malheureusement été perdue et nul ne sait si la recherche du Graal improbable de concevoir un monde plus juste en abolissant les pires comportements humains a finalement été réalisée…

Père Noël
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