Depuis quelques années, la
mode est aux mauvaises
nouvelles et à la négation de l’action
sans propositions de modifications
ou d’améliorations possibles.
Des «idéalistes» écrivent
des livres sous forme d’essais ou
de pamphlets sur l’Organisation
pour mettre en évidence ses
erreurs et ses défaillances diverses…
Quant aux journalistes, ils
ont dans leur grande majorité
plutôt tendance à voir les progrès
et les bienfaits des Nations
Unies sur l’humanité en terme de
verre à moitié vide, plutôt que de
verre à moitié plein. Face aux échecs retentissants,
aux scandales intolérables et à l’immobilisme qui
ont abîmé et souillé l’ONU «Oracle de forces et de
contraintes politiques à ficelles humanitaires»
bâtie pour éviter que l’individu ne sombre dans le
chaos, la critique est aisée. Cependant, décrire une
situation passée par nature est une bonne chose
car le débat public est une pratique fondamentale à
l’évolution de l’espèce humaine. C’est en ces
termes que la remise en cause à travers la critique
d’un système ou d’une action, grâce au travail des
ONG privées, des pouvoirs publics et des réactions
de la société civile, me semble riche d’enseignements.
Michel Foucault le rappelait, «Il y a eu un
humanisme qui se présentait comme critique du
christianisme et de la religion en général; il y a
eu un humanisme chrétien en opposition à un
humanisme ascétique et beaucoup plus théocentrique
(ceci au dix-septième siècle). Au dix-neuvième
siècle, il y eut un humanisme méfiant, hostile
et critique à l’égard de la science; et un autre
qui plaçait [au contraire] son espoir dans cette
même science. Le marxisme a été un humanisme,
l’existentialisme, le personnalisme l’ont été aussi;
il y eut un temps où on soutenait les valeurs
humanistes représentées par le national-socialisme,
et où les staliniens [eux-mêmes] disaient
qu’ils étaient humanistes». Alors qu’est ce que
l’humanisme? Selon moi, seul l’homme loin des
affres divines peut éprouver et rencontrer le sens
et la plénitude de l’Homme. Lorsque Alphonse de
Lamartine sous sa plume donne naissance au terme «humanitaire», il cherche à exprimer une attitude
d’aide et de compassion envers l’ensemble de l’humanité.
A mon sens, la critique est bénéfique à partir du
moment où elle n’est pas qu’un simple regard froid
et complice, mais une addition d’éléments sémantiques
constructifs à travers les défaillances et les
dysfonctionnements de l’objet critiqué. Car qu’y a
t’il de plus vain que de cracher dans la soupe dans
laquelle on s’abreuve avec allégresse! Albert Einstein
dont nous fêtons cette année le centième
anniversaire de la découverte
de la relativité a dit une phrase
qui colle à notre réalité: «Il n’y
a pas de signe plus évident de
dérangement mental que de
refaire sans cesse la même
chose en escomptant un résultat
différent».
Malgré tout ce que l’on voit et
ce que l’on entend, à ce jour, les
Nations Unies restent l’espoir,
l’outil, la survie et surtout la
conscience de la paix et du respect
de l’humanité. Edifice
incontournable et j’en veux
pour preuve les innombrables
succès quotidiens des agences des Nations Unies
(HCR, UNICEF, OMS…), la prise de conscience
universelle de la notion des droits de l’homme,
l’éradication et le recul de certaines pandémies, la
vaccination massive des enfants, ainsi que la prise
de position dans de nombreux pays pour maintenir
la paix. Et de conclure avec les mots de André
Comte-Sponville: «Cessons de rêver l’homme, cessons
de faire de l’humanisme une religion: ce ne
serait qu’un narcissisme généralisé ou hypostasié.
L’homme n’est grand que dans la conscience
qu’il a de sa misère. Il n’est humain qu’à condition
de renoncer à la divinité. L’homme, par
exemple, n’est ni maître ni possesseur de la
nature: si l’humanisme n’est pas un sous-ensemble
de l’écologisme, il ne saurait non plus justifier
une quelconque indifférence à l’environnement ou
aux autres espèces vivantes. La nature n’est pas
Dieu, l’homme n’est pas Dieu: il n’y a pas de Dieu
du tout, et c’est en quoi l’humanité est en charge
d’elle-même, de la nature et de l’esprit».