UN Special N° 646 Decembre · December 2005 

Personnel

Quel avenir pour les Nations Unies?

Nicolas-Emilien Rozeau, ONUG

60 ans de l'ONU

Depuis quelques années, la mode est aux mauvaises nouvelles et à la négation de l’action sans propositions de modifications ou d’améliorations possibles. Des «idéalistes» écrivent des livres sous forme d’essais ou de pamphlets sur l’Organisation pour mettre en évidence ses erreurs et ses défaillances diverses… Quant aux journalistes, ils ont dans leur grande majorité plutôt tendance à voir les progrès et les bienfaits des Nations Unies sur l’humanité en terme de verre à moitié vide, plutôt que de verre à moitié plein. Face aux échecs retentissants, aux scandales intolérables et à l’immobilisme qui ont abîmé et souillé l’ONU «Oracle de forces et de contraintes politiques à ficelles humanitaires» bâtie pour éviter que l’individu ne sombre dans le chaos, la critique est aisée. Cependant, décrire une situation passée par nature est une bonne chose car le débat public est une pratique fondamentale à l’évolution de l’espèce humaine. C’est en ces termes que la remise en cause à travers la critique d’un système ou d’une action, grâce au travail des ONG privées, des pouvoirs publics et des réactions de la société civile, me semble riche d’enseignements.
Michel Foucault le rappelait, «Il y a eu un humanisme qui se présentait comme critique du christianisme et de la religion en général; il y a eu un humanisme chrétien en opposition à un humanisme ascétique et beaucoup plus théocentrique (ceci au dix-septième siècle). Au dix-neuvième siècle, il y eut un humanisme méfiant, hostile et critique à l’égard de la science; et un autre qui plaçait [au contraire] son espoir dans cette même science. Le marxisme a été un humanisme, l’existentialisme, le personnalisme l’ont été aussi; il y eut un temps où on soutenait les valeurs humanistes représentées par le national-socialisme, et où les staliniens [eux-mêmes] disaient qu’ils étaient humanistes». Alors qu’est ce que l’humanisme? Selon moi, seul l’homme loin des affres divines peut éprouver et rencontrer le sens et la plénitude de l’Homme. Lorsque Alphonse de Lamartine sous sa plume donne naissance au terme «humanitaire», il cherche à exprimer une attitude d’aide et de compassion envers l’ensemble de l’humanité.
A mon sens, la critique est bénéfique à partir du moment où elle n’est pas qu’un simple regard froid et complice, mais une addition d’éléments sémantiques constructifs à travers les défaillances et les dysfonctionnements de l’objet critiqué. Car qu’y a t’il de plus vain que de cracher dans la soupe dans laquelle on s’abreuve avec allégresse! Albert Einstein dont nous fêtons cette année le centième
anniversaire de la découverte de la relativité a dit une phrase qui colle à notre réalité: «Il n’y a pas de signe plus évident de dérangement mental que de refaire sans cesse la même chose en escomptant un résultat différent».
Malgré tout ce que l’on voit et ce que l’on entend, à ce jour, les Nations Unies restent l’espoir, l’outil, la survie et surtout la conscience de la paix et du respect de l’humanité. Edifice incontournable et j’en veux pour preuve les innombrables succès quotidiens des agences des Nations Unies (HCR, UNICEF, OMS…), la prise de conscience universelle de la notion des droits de l’homme, l’éradication et le recul de certaines pandémies, la vaccination massive des enfants, ainsi que la prise de position dans de nombreux pays pour maintenir la paix. Et de conclure avec les mots de André Comte-Sponville: «Cessons de rêver l’homme, cessons de faire de l’humanisme une religion: ce ne serait qu’un narcissisme généralisé ou hypostasié. L’homme n’est grand que dans la conscience qu’il a de sa misère. Il n’est humain qu’à condition de renoncer à la divinité. L’homme, par exemple, n’est ni maître ni possesseur de la nature: si l’humanisme n’est pas un sous-ensemble de l’écologisme, il ne saurait non plus justifier une quelconque indifférence à l’environnement ou aux autres espèces vivantes. La nature n’est pas Dieu, l’homme n’est pas Dieu: il n’y a pas de Dieu du tout, et c’est en quoi l’humanité est en charge d’elle-même, de la nature et de l’esprit».

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