UN Special N° 645 Novembre · November 2005 

Globe

Histoire de goûts (3e partie et fin)

F. Subiger, ONUG

le hamburger

On dit parfois qu’on garde le meilleur pour la fin, en serait-il de même si l’on parle de fast-food?
Après avoir situé les origines de deux innovations significatives des habitudes alimentaires, dans les 350 dernières années antérieures à nos jours; d’une part, la restauration, et d’autre part la première sorte de prêt-à-manger, il nous restait encore à boucler nos recherches sur un genre culinaire qui fit, fait et fera encore beaucoup parler de lui: le «hamburger».
Que de connotations, d’attribus, de qualificatifs incertains et propos divers avons-nous entendus, dès que le mot «hamburger» est prononcé! Il faut également considérer deux groupes de critiques: celles qui admettent le hamburger comme gastronomique, et puis celles qui limitent le hamburger à une fonction de nourriture simple ou éventuelle, par besoin de manger rapidement.
Comme Brillat Savarin aimait le dire: je dirai «Nous», si je désire transmettre ou enseigner, mais «Je», lorsque je parle de cuisine simplement; ainsi, notre enquête sur les origines du hamburger fut ardue, pour ne pas dire difficile.
Vers 1830, dans un territoire qui formera plus tard l’Allemagne, on sert à table, et en dehors de table, des légumes, des viandes ou encore des mélanges dits «à la russe». Ceci signifiait que les farces ou mélanges hachés principalement pour être contenus et consommés avec des volailles, étaient servis séparément. Ces hachis ou farces, étaient constitués alors de bas-morceaux et de certains abats, savamment préparés, afin que les saveurs des volailles et de certains oiseaux se conjuguent à ce mélange. A cet instant, il faut se souvenir que copier en imitant les formes partielles de mets réputés, est tout à fait dans l’air du temps: on ne dispose pas de moyens somptuaires pour réaliser des mets de choix, ainsi on ne copiera que la partie qui cache bien ses secrets, la boule de hachis qui servait à farcir.
Dans la région qui englobe Hambourg, on se sert chair à saucisse, principalement de boeuf, dont on fait une boule que l’on aplatit ensuite, pour mieux répartir la cuisson; tandis qu’à Francfort, on conserve la saucisse entière pour la cuire. Dans les deux cas, des oignons cuits et du pain accompagnent ces préparations à base de viande.
Donc, nous avons réussi à situer les origines des «hamburgers» et des «hot-dogs». Mais, nous avons encore un long chemin à explorer pour tout vous dire et vous apprendre comment les mots «hamburger» et «hot-dog» voyageront à travers le monde.
Le XIXe siècle est marqué par plusieurs périodes de famine et les populations émigrent en espérant trouver moins de difficultés, vers le nouveau monde. Les éleveurs de bétail et les cultivateurs seront nombreux à partir pour l’ Amérique. Le port de Hambourg est un des points de départ important de ces migrations et comme tous les ports, le contact des autres langues s’entend. Les lignes maritimes de la compagnie transatlantique Hapag relient Hambourg à New-York, régulièrement, et sur ces lignes, les bateaux transportent des passagers et aussi leurs goûts alimentaires. Vers 1890, on vend, sur le port de Hambourg, des «Deutsches Beefsteaks», ce sont les hamburgers que nous venons de décrire au paragraphe précédent. Mais alors, d’où vint cette habitude de les appeler hamburgers?
A Hambourg, un certain Monsieur Otto Kuasw cuisine et vend, ce que tous les gens du port nomment «Deutsches Beefsteak»; on cuisine et on vend également une saucisse en cage, donc entourée de pain, que certains nomment «Rund Stück», car la saucisse de Francfort est placée dans un pain long entier, ouvert par une fente dans sa longueur. Ensuite, ce pain-saucisse est coupé en tronçons, que l’on achète en demandant par son nom: Rund Stück.
A l’autre bout du voyage, à l’arrivée à New York de ces émigrants venus de Hambourg, ceux-ci apportent leurs préférences alimentaires et engendrent de nouvelles modes. Ils voudront longtemps manger le «Deutsches Beefsteak». Cependant, les occupants du nouveau monde avaient surnommé le Deutsches Beefsteak, Hamburger, car ils assimilaient ce repas allemand fait «tout-en-un», à un repas rapide typiquement de Hambourg, comme les voyageurs qui en venaient.
Monsieur Otto Kuasw, comme tant d’autres cuisines du port de Hambourg, pouvait-il se douter de ce que deviendrait le pain-saucisse coupé, dont les tronçons, Rund Stück, seraient encore appréciés et couramment consommés de nos jours, en les appelant hot-dogs.
Ainsi, Hot-Dog proviendrait de la déformation de Rund Stück, prononcé par les plus divers accents des langues des populations du nouveau monde, dont la langue anglaise prédominante et administrative, retiendra définitivement: Hot Dog. (Que les amis des animaux se rassurent, aucun chien n’a souffert de chaleur dans cette transformation!)
Nous arrivons maintenant au bout de notre enquête, car un dernier élément, mais non des moindres, reste à élucider: comment le hamburger se propagea de New York dans une grande part de l’Amérique et même au delà des mers?
De 1890 aux premières années du XXe siècle, le port de New York et les villes plus ou moins proches connaissent le hamburger, puis, finalement c’est à l’occasion de l’exposition internationale et universelle de Saint-Louis, Missouri, que hamburgers et hot-dogs vont conquérir tous les Etats-Unis et leurs frontières, dès 1904.
le Hamburg En outre, il n’a pas été possible de définir avec certitude, dans quelle mesure les jeux Olympiques, pour la première fois aux Etats-Unis, cette même année, auraient contribué à faire connaître ce nouveau genre de repas.
Enfin, ces nouveaux repas plutôt compacts sont encore servis dans bien des lieux où on peut les consommer. Mais, bien loin de Saint-Louis, une idée qui fera son chemin va naître. C’est en Californie, que deux frères, Maurice et Richard McDonald, inaugurent un point de vente «self-service», en 1948. A côté d’une salle de cinéma, à portée immédiate du trafic automobile, une vente de hamburgers au comptoir, prêts à emporter, est mise au point. Un avant-toit porté par des arches peintes en jaune, forme le point d’arrivée, service, vente, départ. La nouvelle de cette idée bien réalisée de service-repas rapide, qu’on nommera plus tard fast-food, se répand dans tout le pays. La performance tient au fait de garantir un service très rapide, donc les hamburgers doivent être cuisinés ou préparés en un temps record. Quelques années plus tard, en 1954, un certain Monsieur Ray Kroc aura l’idée de négocier avec les frères McDonald, afin de franchiser ce système de «self-service», de manière à copier et bénéficier de cette idée. Les arches jaunes vont alors se multiplier et gagner tout le pays, et puis, dans le dernier tiers du XXe siècle, s’établir bien au-delà des frontières américaines et européennes, jusqu’en Chine. Le hamburger aura fait le tour du monde.

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