UN Special N° 645 Novembre · November 2005 

Personnel

Sécurité: l’autre bout de la lorgnette

C. David, ONUG

La Section de la sécurité et de la sûreté accentue actuellement ses contrôles que chacun ressent de manière personnelle. L’agent de sécurité est pleinement conscient des désagréments causés aux personnes contrôlées. La réciproque est-elle vraie? Deux visions différentes:

Le fonctionnaire envers l’agent:

J’en ai assez:
— de ces longues files d’attente pendant les heures d’arrivée et de départ;
— de ces contrôles alors «qu’il me connaît»;
— de cette attitude agressive qu’il semble avoir à mon égard;
— qu’il me dévisage comme si j’étais un terroriste;
— de cette fouille du véhicule alors que je suis en retard, pourquoi moi?;
— de ces difficultés pour trouver une place après 9 heures du matin;
— de ces complications pour accueillir mes invités.

L’agent de sécurité:

J’en ai assez:
— de ces gens qui demandent de leur indiquer une salle, un bureau, semblant s’adresser à un robot et que l’idée d’un merci ou d’un au revoir n’effleure pas;
— de ces nouvelles infrastructures construites sans qu’aucun détail n’ait été donné sur les aménagements et les modalités de fonctionnement;
— de ces fonctionnaires qui ont le visage fermé et hostile oubliant qu’ils ont la chance de travailler dans un environnement et un cadre privilégiés;
— de ces contrôles des véhicules, à cheval sur deux voies qui ne sont pas assez larges en tentant d’éviter les véhicules qui me frôlent et parfois me touchent;
— du mépris de certains collègues du Palais et membres des missions qui lèvent machinalement leur badge semblant ignorer l’automate, tout de bleu vêtu, qui balise le milieu de la voie;
— de ces conducteurs agressifs qui ne respectent pas les règles élémentaires de conduite;
— de ces conducteurs qui lâchent le volant au moment du passage, leur téléphone portable tenu d’une main collé à l’oreille, ils présentent leur badge de l’autre main: CQFD: il manque une main pour tenir le volant!;
— de ce numéro de voltige avec le contrôle aléatoire des véhicules qui sont stoppés sur la voie de passage obligeant un agent à réguler en même temps les entrées et les sorties pendant que ses deux collègues, accomplissent leur mission de détection;
— du travail à l’intérieur du poste avec les téléphones qui sonnent sans discontinuer pour les prises de rendez-vous, des cohortes de touristes qui patientent pour une visite guidée et des autres visiteurs, délégués tentent de se frayer un passage;
— des marteaux piqueurs et autres machines outils qui accompagnent d’une douce musique le quotidien actuel de Prégny;
— de surveiller les piétons perdus dans le dédale des barrières et balisages provisoires qui empruntent les voies des véhicules ou traversent le chantier;
— de ces avis apposés sur les pare brises de véhicules garés en dépit du bon sens;
— de ces gens «importants» qui considèrent qu’ils occupent une position qui les distingue du commun des mortels et qui ne respectent pas les valeurs qu’ils sont sensés promouvoir.

Palais des Nations, entrée Prégny

Heureusement, il existe des moments privilégiés lorsque:

Le contrôle se transforme en une demi seconde en accueil parce que l’automobiliste entrouvre sa vitre, sourit, dit bonjour.
Une brève conversation avec des visiteurs de pays, de cultures différentes, abolit les différences et renforce, en un instant des valeurs humaines communes. Cette brève lueur de complicité échangée en dit plus que de longs discours, parce que le sourire n’a pas besoin de traduction.
Le regard de complicité, de connivence, échangé avec le collègue devant une situation qui sort de l’ordinaire.
La satisfaction de répondre à une demande qui n’a rien à voir avec la sécurité, trouvée par l’agent qui connaît son environnement, le fonctionnement du Palais, les différents interlocuteurs susceptibles de donner la bonne information.
Des situations cocasses et amusantes se produisent également telle cette dame qui, perdue au milieu du chantier de Prégny, s’enfonce peu à peu dans une plaque de béton frais et laisse des empreintes de ses pieds comme sur Hollywood boulevard.
Automobilistes, piétons, vous qui passez devant les hommes et les femmes en bleu, gardez à l’esprit qu’ils occupent des postes ingrats, qu’il sont à votre service et surtout qu’il ne s’agit ni de robots, ni de tortionnaires mais de fonctionnaires comme vous.

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