UN Special N° 644 Octobre · October 2005 

Globe

A l’heure du renouvellement (part I/II)

Nicolas-Emilien Rozeau, ONUG

La colombe de la paix

«La liberté n’est pas l’absence d’engagement, mais la capacité de choisir.» écrit Paulo Coelho. En ce qui concerne les Nations Unies, ce choix est fermement ancré dans la Charte à San Fransisco? du 26 juin 1945: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international, à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, (…) »
De ce fait, nous ne devons pas perdre de vue le socle sur lequel reposent les fondations des Nations Unies. Des fondations bâties dans le but d’améliorer la condition humaine à travers le monde. C’est ainsi que pour redonner vigueur, modernisme et fierté à nos gestes quotidiens, il est primordial de se réapproprier le sens, les principes et les valeurs qui ont donné naissance aux fondements de nos métiers onusiens.
Le lundi 27 juin 2005, un concert dirigé par le chef d’orchestre et professeur Habid Kyaleh, suivi d’une exposition intitulée «A l’heure du renouvellement», métaphore allégorique de la Déclaration du Millénaire? se sont déroulés à l’Office de Genève pour le soixantième anniversaire de l’Organisation. L’art ouvre le bal des cérémonies. L’Art, forme virulente d’expression de la raison, sorte d’échappatoire à la folie et antibiotique de la passion, souvent porté par un vent de violence ou de folie, parfois extrait à même la souffrance du coeur de l’individu. D’ailleurs, existe t-il de grandes oeuvres nées de la sérénité et de la quiétude de l’âme? Car l’art ne concède rien à l’individu, il le submerge tout entier dans son tourbillon. Et voici que naît grâce aux prêts et aux donations des missions permanentes auprès de l’Office des Nations Unies à Genève du 26 juin au 24 octobre 2005 un pluralisme culturel et artistique vecteur d’ouverture d’esprit, de dialogue, de richesse, de partage et de compréhension entre les civilisations.
Associer l’art et la société revient à édifier un pont entre une entité et une autre afin d’afficher une seule et même unité universelle. De cette image unifiée systémique ne résulte point d’âge de raison ou d’âge de déraison, car ces notions sont inhérentes à notre égocentrisme, à notre vision parcellaire de la réalité et à notre vécu régurgité sur notre spirale existentialiste. Par ailleurs et paradoxalement, nous fêtons un jour le pays organisateur des JO 2012, puis pleurons le lendemain les morts des attentats de Londres. D’un côté, le besoin sécuritaire du groupe a remplacé la quête civique de l’individu. De l’autre côté, sous prétexte religieux, des fanatiques utilisent la terreur comme contestation radicale du modèle de démocratie libérale. Quels sont les facteurs qui nous conduisent à cette cassure béante entre des nantis du Nord et des désespérés du Sud dont l’histoire est d’ores et déjà gravée dans le temps par des luttes sanglantes et des religiosités extrémistes en quête du commandement de l’ordre moral et d’intérêts communautaristes?
Par ailleurs, il semble intéressant de noter que lorsqu’un pays mène une politique sociale, sa gouvernance recherche des résultats pour s’assurer, d’une part de la mise en place de ses décisions pour le bien de citoyens et d’autre part de gagner sa réélection. Cependant, dans le cas où le même pays conduit une politique sécuritaire, l’obtention de résultat n’est plus sa finalité puisque l’insécurité et la sécurité sont à la fois la stratégie et la garantie de réélection de ces gouvernants. C’est la raison pour laquelle sans la réinvention d’un dessein et d’une vraie stratégie politique humaine et sociale, la société civile se retrouve donc piégée au coeur d’une stratégie de pouvoir. Peut-il y avoir une partie gagnante dans cet affrontement fratricide? Ce qui est sûr, et nous le savons depuis des décennies; ce sont les populations innocentes qui payent le prix des abus et des ingérences des uns et des autres. Ainsi, de nos jours, le nouvel ordre du monde passe par l’imagination d’un nouvel Occident. Rousseau l’exprimait ainsi: «Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir».
PAX Soixante ans! C’est peu à l’échelle d’une humanité d’environ sept millions d’années. Et pourtant l’homme n’a pas changé. D’une part, il répond toujours à la violence par la violence, ce qui entraîne inexorablement un durcissement de la résistance (Réaction simple
de l’étude de la physique). D’autre part, la divergence entre les intérêts des Etats et ceux de la société civile s’affiche de plus en plus clairement dans l’analyse sociologique des nations. L’explosion des cadres de référence et des rapports de force de nos sociétés génèrent des sentiments et des actions de haine impersonnelle. La dualité à laquelle est soumis l’individu le conduit par des actes barbares à exclure une partie de l’humanité tout en déshumanisant l’autre partie. Entre destruction et construction, au XXIème siècle,
créateur de sa vie, l’homme n’a toujours pas choisi sa voie.
Les colombes Pore fine, aux tyrans idéologiques, étatiques, voire de voisinage, de comprendre que l’on ne peut violer la liberté d’un seul individu sans violer la liberté de tous. Et aux instances et organes internationaux de faire respecter avec équité et éthique les droits, les responsabilités et les devoirs de l’Homme en appliquant sans aucune distinction de grade, de titre ou de fonction leur arsenal juridique et législatif. A nous donc peuples de Nations Unies de nous poser les bonnes questions afin d’obtenir les vraies réponses: Notre chemin est-il celui du coeur? A qui ou à quoi sert l’ingérence, la misère et la violence du monde? Quelles autorités restent silencieuses face à la barbarie? Nos pensées et nos actes sont-ils guidés par l’amour ou par la peur? Comment cette situation est-elle arrivée? Qu’est ce que cela veut dire?

http://www.un.org/french/aboutun/charte/
http://www.un.org/french/millenaire/ares552f.htm

Up
UNSpecial About Us | Terms of Use | Contact Us | © 2001-2005 UN Special