«La liberté n’est pas l’absence d’engagement,
mais la capacité de choisir.»
écrit Paulo Coelho. En ce qui concerne les
Nations Unies, ce choix est fermement ancré
dans la Charte à San Fransisco? du 26 juin
1945: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du
fléau de la guerre qui deux fois en l’espace
d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles
souffrances, à proclamer à nouveau
notre foi dans les droits fondamentaux de
l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne
humaine, dans l’égalité de droits des
hommes et des femmes, ainsi que des nations,
grandes et petites, à créer les conditions
nécessaires au maintien de la justice et
du respect des obligations nées des traités et
autres sources du droit international, à favoriser
le progrès social et instaurer de meilleures
conditions de vie dans une liberté plus
grande, (…) »
De ce fait, nous ne devons pas perdre de
vue le socle sur lequel reposent les fondations
des Nations Unies. Des fondations
bâties dans le but d’améliorer la condition
humaine à travers le monde. C’est ainsi que
pour redonner vigueur, modernisme et fierté
à nos gestes quotidiens, il est primordial de se
réapproprier le sens, les principes et les
valeurs qui ont donné naissance aux fondements
de nos métiers onusiens.
Le lundi 27 juin 2005, un concert dirigé par
le chef d’orchestre et professeur Habid Kyaleh,
suivi d’une exposition intitulée «A l’heure
du renouvellement», métaphore allégorique
de la Déclaration du Millénaire? se sont
déroulés à l’Office de Genève pour le soixantième
anniversaire de l’Organisation. L’art
ouvre le bal des cérémonies. L’Art, forme
virulente d’expression de la raison, sorte
d’échappatoire à la folie et antibiotique de la
passion, souvent porté par un vent de violence
ou de folie, parfois extrait à même la
souffrance du coeur de l’individu. D’ailleurs,
existe t-il de grandes oeuvres nées de la sérénité
et de la quiétude de l’âme? Car l’art ne
concède rien à l’individu, il le submerge tout
entier dans son tourbillon. Et voici que naît
grâce aux prêts et aux donations des missions
permanentes auprès de l’Office des
Nations Unies à Genève du 26 juin au 24
octobre 2005 un pluralisme culturel et artistique
vecteur d’ouverture d’esprit, de dialogue,
de richesse, de partage et de compréhension
entre les civilisations.
Associer l’art et la société revient à édifier
un pont entre une entité et une autre afin d’afficher
une seule et même unité universelle.
De cette image unifiée systémique ne résulte
point d’âge de raison ou d’âge de déraison,
car ces notions sont inhérentes à notre égocentrisme, à notre vision parcellaire de la réalité
et à notre vécu régurgité sur notre spirale existentialiste. Par ailleurs et paradoxalement,
nous fêtons un jour le pays organisateur
des JO 2012, puis pleurons le lendemain
les morts des attentats de Londres. D’un côté,
le besoin sécuritaire du groupe a remplacé la
quête civique de l’individu. De l’autre côté,
sous prétexte religieux, des fanatiques utilisent
la terreur comme contestation radicale
du modèle de démocratie libérale. Quels sont
les facteurs qui nous conduisent à cette cassure
béante entre des nantis du Nord et des
désespérés du Sud dont l’histoire est d’ores et
déjà gravée dans le temps par des luttes sanglantes
et des religiosités extrémistes en
quête du commandement de l’ordre moral et
d’intérêts communautaristes?
Par ailleurs, il semble intéressant de noter
que lorsqu’un pays mène une politique
sociale, sa gouvernance recherche des résultats
pour s’assurer, d’une part de la mise en
place de ses décisions pour le bien de
citoyens et d’autre part de gagner sa réélection.
Cependant, dans le cas où le même pays
conduit une politique sécuritaire, l’obtention
de résultat n’est plus sa finalité puisque l’insécurité
et la sécurité sont à la fois la stratégie
et la garantie de réélection de ces gouvernants.
C’est la raison pour laquelle sans la
réinvention d’un dessein et d’une vraie stratégie
politique humaine et sociale, la société
civile se retrouve donc piégée au coeur d’une
stratégie de pouvoir. Peut-il y avoir une partie
gagnante dans cet affrontement fratricide? Ce
qui est sûr, et nous le savons depuis des
décennies; ce sont les populations innocentes
qui payent le prix des abus et des ingérences
des uns et des autres. Ainsi, de nos jours, le
nouvel ordre du monde passe par l’imagination
d’un nouvel Occident. Rousseau l’exprimait
ainsi: «Le plus fort n’est jamais assez
fort pour être toujours le maître, s’il ne
transforme sa force en droit, et l’obéissance
en devoir».
Soixante ans! C’est peu à l’échelle d’une
humanité d’environ sept millions d’années. Et
pourtant l’homme n’a pas changé. D’une part,
il répond toujours à la violence par la violence,
ce qui entraîne inexorablement un durcissement
de la résistance (Réaction simple
de l’étude de la physique). D’autre part, la
divergence entre les intérêts des Etats et
ceux de la société civile s’affiche de plus en
plus clairement dans l’analyse sociologique
des nations. L’explosion des cadres de référence
et des rapports de force de nos sociétés
génèrent des sentiments et des actions de
haine impersonnelle. La dualité à laquelle est
soumis l’individu le conduit par des actes barbares à exclure une partie de l’humanité tout
en déshumanisant l’autre partie. Entre destruction
et construction, au XXIème siècle,
créateur de sa vie, l’homme n’a toujours pas
choisi sa voie.
Pore fine, aux tyrans idéologiques, étatiques,
voire de voisinage, de comprendre que
l’on ne peut violer la liberté d’un seul individu
sans violer la liberté de tous. Et aux instances
et organes internationaux de faire respecter
avec équité et éthique les droits, les responsabilités
et les devoirs de l’Homme en appliquant
sans aucune distinction de grade, de
titre ou de fonction leur arsenal juridique et
législatif. A nous donc peuples de Nations
Unies de nous poser les bonnes questions
afin d’obtenir les vraies réponses: Notre chemin
est-il celui du coeur? A qui ou à quoi sert
l’ingérence, la misère et la violence du
monde? Quelles autorités restent silencieuses
face à la barbarie? Nos pensées et nos actes
sont-ils guidés par l’amour ou par la peur?
Comment cette situation est-elle arrivée?
Qu’est ce que cela veut dire?
http://www.un.org/french/aboutun/charte/
http://www.un.org/french/millenaire/ares552f.htm