Dans notre organisation, nous croisons des
centaines de visages. Et souvent les mêmes.
Parfois dans un couloir. Parfois, dans une cafétéria.
Plusieurs fois par jour, il arrive que nous
nous regardions sans un mot. Silencieux nous
sommes. Silencieux nous restons. Prisonniers
de notre mutisme, nous passons à côté des
Autres et immanquablement à côté de nousmême.
(Par paresse, peurs, timidité, éducation…)
Pendant un, deux ans et souvent lors
d’une carrière complète, pas le moindre mot échangé avec son (sa) voisin(e). Un «bonjour»,
quelques sourires, un contact téléphonique professionnel,
quelques poignées de main viriles et
des milliers de regards en tout genre. Silencieux,
nous passons. Silencieux, nous trépassons.
Cependant, il arrive que nous prenions des
renseignements en demandant à une collègue
ou à un collègue: qui est cette femme? Qui est
cet homme? Hormis la fonction et éventuellement
le grade, rien! Car comment parler du «Qui» lorsque personne ne connaît personne
et lorsque tout le monde croit connaître tout
le monde. Aujourd’hui, les ouï-dire et les
bruits de couloirs ont remplacé les échanges
humains. Vrais ou faux, inexorablement, les
silences se suffisent à eux-mêmes et suffisent à nous conforter au sein de notre absence.
«L’Eau, Miroir du Monde» est un livre. La
première photo de couverture est symbolique.
Elle a pour objectif de rassembler les
peuples et les nations autour d’une matière
précieuse. En fait, quel est le sujet? Il s’agit
d’eau, de photos, peu de texte, des réflexions,
voire de simples observations écrites ou guidances
pour mieux observer le visible. A la
librairie des Nations Unies, j’ai donc ouvert
ce livre au hasard et j’ai su dès la première
page: «L’Eau, Miroir du Monde» est un véritable
bijou photographique.
Peu m’importe à moi, le nom, la notoriété, les
mots, les recommandations, les voyages, les prix
perdus, les récompenses gagnées, les expositions
et les études réalisées par les créateurs. Ce qui
compte à mon sens est l’alchimie entre le résultat
obtenu et l’intensité offerte à l’Autre. Ainsi qu’une
vérité et une émotion pour que mon crayon
accepte de rassembler des mots.
L’auteur de ce magnifique ouvrage a su m’interpeller dans son
voyage visuel. Sa vision est ponctuée d’intrigues et d’arrêts sur image
universels. Il m’a fallu une fraction de seconde pour savoir que cette
personne que je croise de temps en temps dans les couloirs du Palais
ou à des réunions possède dans son objectif quelque chose au-delà du
talent. Ni retouches, ni mises en scène, ni montages, juste de la
patience pour offrir à chacun d’entre nous un nouveau souffle culturel
face à la beauté d’une simple goutte d’eau. Cette force, cette énergie
rare qui se dégage des clichés est le fruit de la cohérence de trois éléments:
l’oeil, le coeur et le geste.
«L’Eau, Miroir du Monde» comprend 84 oeuvres d’art pour admirer
le prisme de la Terre dans un rythme incolore et sensuel. Eau, source
de vie et patrimoine de l’humanité. 84 photos pour parler de la douceur
de vivre au travers du reflet d’un simple déclic. Sergio da Silva capture
ce que la majorité des gens ne voit pas. Il regarde le mouvement des
choses qui l’entoure. Il saisit l’instant. Chaque regard de «L’Eau, Miroir
du Monde» est une invitation au respect de ce liquide à la valeur inestimable.
Le photographe fige l’espace à travers la magie d’un moment
présent. Trois années d’efforts et de persévérance pour constituer un éloge à la Nature. Vingt-deux ans de prises de vue dans le cadre de la
Décennie de l’eau (2005-2015) pour que le monde entier puisse un jour
jouir sans mourir de soif des bienfaits et du spectacle merveilleux que
nous offre l’Eau.
*«L’Eau, Miroir du Monde»
est disponible à la librairie
des Nations Unies.
ou
http://www.unog.ch
et ensuite: unog bookshop