UN Special N° 644 Octobre · October 2005 

Portrait
Villa Le BocageM. Patrick Trouillot

Peindre l’invisible au Palais des Nations

Les bâtiments du Palais des Nations ont en héritage un ensemble architectural séculaire. Les matériaux d’origine tels des essences de bois rares, des tissus tendus, des faux marbres, des plafonds en plâtre, méritent d’être conservés dans le respect de la configuration d’époque.
Une recherche de teinte, une frise, une peinture murale ou une moulure en plâtre (staff) à restaurer? Le Palais des Nations dispose d’un homme, Patrick Trouillot. Originaire de la vallée de Chamonix, de formation plâtrier-peintredécorateur, il débute dans la restauration de bâtiments classés puis en reproduisant des combles de chalets à l’identique des parties anciennes. Il apprend à ressortir les teintes, à les vieillir et développe des compétences en patine, sur le fer, le bois ou le staff. Ensuite, à son compte, il réalise également des chantiers classiques et des rénovations de façades ou de murs intérieurs pour des sociétés de location ou des pensions de famille. De retour dans une entreprise privée, il se spécialise dans la pose de revêtements muraux, réalise des chantiers à l’étranger comme technicien d’application et forme le personnel local.
Travaux de restauration Patrick intervient dans le Palais des Nations depuis 1977, entre deux chantiers à l’étranger. L’Office des Nations Unies à Genève employait quatre peintres. En 1994, Patrick intégra cette équipe, réduite à un peintre et un tapissier, la peinture en série des bureaux et les gros chantiers «ordinaires» étant sous-traités. En 1996, il devint le seul plâtrier-peintre-décorateur du Palais des Nations.
La partie visible de son travail est la rénovation des murs de certains locaux et des bureaux de l’étage du Directeur général, la sérigraphie de panneaux et le marquage routier. Mais il peint également l’invisible lorsqu’il restaure des pièces d’art du Palais des Nations. Les faux marbres sont nombreux dans l’ancien bâtiment du Palais des Nations et chacun est unique. Ils nécessitent systématiquement une recherche de teintes et de motifs. Ponctuellement, Patrick aide ses collègues artisans à la recherche de teintes. C’est ainsi qu’il participa en 2003 à la réfection des murs en cuir d’origine de la salle XI entièrement rénovés par sa collègue tapissière. A la discrétion de tous, dans son atelier, il aime à rattraper la finition de pièces d’art abîmées ou donner aux socles un aspect en harmonie avec la statue. Au lieu de repeindre entièrement un mur, il peut corriger la seule partie qui a été détériorée, économisant ainsi temps et peinture.
Sa plus belle réalisation, fut en 2001 la rénovation de la Villa Le Bocage. Il y restaura au rez-dechaussée six frises de frontons de porte, chacune de 2,50 m de long, la peinture de maître et les dorures d’un gigantesque miroir, les deux colonnes en «murit» (plâtre dur auquel on donne de la brillance en le polissant à la spatule mouillée), ainsi que la dorure de deux glaces à l’étage. Pour redonner aux frontons leur aspect d’origine, il lui fallut rattraper les motifs en descendant les couches de peintures au fun (souffle chaud) et avec le scalpel, puis traiter les fissures avec du mastic fibre pour qu’elles ne réapparaissent pas avec le temps, faire alors le calque des parties les moins abîmées tant dans la forme que dans la teinte, et enfin après avoir effectué une recherche de teinte, refaire le motif à main levée. Ce travail de maître lui valut le surnom de «Monsieur Michel Ange» par des fonctionnaires de l’Office des Nations Unies.
D’ici son départ à la retraite, Patrick espère pouvoir transmettre sa connaissance des teintes et des matériaux du Palais des Nations, et pourquoi pas son surnom.

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