Les bâtiments du Palais des Nations ont en
héritage un ensemble architectural séculaire.
Les matériaux d’origine tels des essences de
bois rares, des tissus tendus, des faux marbres,
des plafonds en plâtre, méritent d’être conservés
dans le respect de la configuration d’époque.
Une recherche de teinte, une frise, une peinture
murale ou une moulure en plâtre (staff) à
restaurer? Le Palais des Nations dispose d’un
homme, Patrick Trouillot. Originaire de la vallée
de Chamonix, de formation plâtrier-peintredécorateur,
il débute dans la restauration de
bâtiments classés puis en reproduisant des
combles de chalets à l’identique des parties
anciennes. Il apprend à ressortir les teintes, à les
vieillir et développe des compétences en patine,
sur le fer, le bois ou le staff. Ensuite, à son
compte, il réalise également des chantiers classiques
et des rénovations de façades ou de murs
intérieurs pour des sociétés de location ou des
pensions de famille. De retour dans une entreprise
privée, il se spécialise dans la pose de revêtements
muraux, réalise des chantiers à l’étranger
comme technicien d’application et forme le
personnel local.
Patrick intervient dans le Palais des Nations
depuis 1977, entre deux chantiers à l’étranger.
L’Office des Nations Unies à Genève employait
quatre peintres. En 1994, Patrick intégra cette équipe, réduite à un peintre et un tapissier, la
peinture en série des bureaux et les gros chantiers «ordinaires» étant sous-traités. En 1996, il
devint le seul plâtrier-peintre-décorateur du
Palais des Nations.
La partie visible de son travail est la rénovation
des murs de certains locaux et des bureaux
de l’étage du Directeur général, la sérigraphie de
panneaux et le marquage routier. Mais il peint également l’invisible lorsqu’il restaure des
pièces d’art du Palais des Nations. Les faux
marbres sont nombreux dans l’ancien bâtiment
du Palais des Nations et chacun est unique. Ils
nécessitent systématiquement une recherche de
teintes et de motifs. Ponctuellement, Patrick
aide ses collègues artisans à la recherche de
teintes. C’est ainsi qu’il participa en 2003 à la
réfection des murs en cuir d’origine de la salle
XI entièrement rénovés par sa collègue tapissière.
A la discrétion de tous, dans son atelier, il
aime à rattraper la finition de pièces d’art abîmées
ou donner aux socles un aspect en harmonie
avec la statue. Au lieu de repeindre entièrement
un mur, il peut corriger la seule partie qui
a été détériorée, économisant ainsi temps et
peinture.
Sa plus belle réalisation, fut en 2001 la rénovation
de la Villa Le Bocage. Il y restaura au rez-dechaussée
six frises de frontons de porte, chacune
de 2,50 m de long, la peinture de maître et
les dorures d’un gigantesque miroir, les deux
colonnes en «murit» (plâtre dur auquel on
donne de la brillance en le polissant à la spatule
mouillée), ainsi que la dorure de deux glaces à
l’étage. Pour redonner aux frontons leur aspect
d’origine, il lui fallut rattraper les motifs en descendant
les couches de peintures au fun (souffle
chaud) et avec le scalpel, puis traiter les fissures
avec du mastic fibre pour qu’elles ne réapparaissent
pas avec le temps, faire alors le calque des
parties les moins abîmées tant dans la forme que
dans la teinte, et enfin après avoir effectué une
recherche de teinte, refaire le motif à main
levée. Ce travail de maître lui valut le surnom de «Monsieur Michel Ange» par des fonctionnaires
de l’Office des Nations Unies.
D’ici son départ à la retraite, Patrick espère
pouvoir transmettre sa connaissance des teintes
et des matériaux du Palais des Nations, et pourquoi
pas son surnom.
