UN Special N° 643 Septembre · September 2005

Personnel
UN Building

Mobilité…

… ou comment prendre le personnel en otage!

Florence Chevalier, ONUG

Certains diront que la mobilité est un outil indispensable pour un personnel qualifié, dynamique et motivé, une source de promotions, la clé pour un développement de carrière prometteur, un biais idéal pour la mixité des compétences et une communication accrue entre les personnes, les services ou autres institutions…
Au vu des arguments qui précèdent et à en croire nos instances dirigeantes, nul ne devrait s’insurger contre d’un tel procédé… qui n’aura, soyons-en convaincus, que des conséquences positives sur le personnel et l’Organisation elle-même!

Pourtant, la réalité semble tout autre

La réunion d’information organisée conjointement par la Section de la formation et du perfectionnement du personnel et le Service de la gestion des ressources humaines, a suffi à soulever, en l’espace de quelques minutes, un nombre inquiétant de questions pertinentes et de doutes, tant la mise en place de cette mobilité semble, aux yeux de beaucoup, plus utopique que réaliste!
Le scepticisme et l’inquiétude ont pris le pas sur l’engouement qu’aurait aimé connaître le personnel face à cette nouvelle mesure... et les espoirs de promotions et d’enrichissement professionnel se sont envolés, laissant place à un sentiment bien légitime d’impuissance, face aux contraintes bureaucratiques et au manque de réalisme des maîtres de l’Organisation.
Comment peut-on objectivement garantir une qualité professionnelle égale ou supérieure à celle que l’Organisation connaît aujourd’hui, en ne laissant chacun d’entre nous occuper un poste que pour une durée maximale de 5 années? Comment l’assistante administrative fraîchement recrutée sur un poste saura-t-elle répondre aux besoins du service, d’une manière aussi précise et rapide que le faisait l’assistante administrative en poste depuis des années, organisée à sa manière et ayant acquis au fil des ans une expérience et des connaissances précises dans le domaine qu’elle occupe?
Comment le superviseur saura-t-il gérer, connaître et organiser ses subordonnés, quel que soit leur nombre, en les voyant arriver, repartir, se croiser, sans même avoir eu le temps de se connaître, de s’organiser, de communiquer et de travailler ensemble?
Combien de temps chaque superviseur devra-t-il passer à «former» une nouvelle assistante, lui apprendre qui sont les interlocuteurs du service, les dossiers importants, de quelle manière les considérer, avec quelle méthode travailler pour une conformité au sein même du service?
Combien de temps l’assistante devra-t-elle consacrer à connaître les exigences de son nouveau chef fraîchement recruté lui aussi, à travailler avec lui de manière organisée et efficace, rapide et la plus productive qui soit?
Heureusement, la bonne volonté de chacun fera que tout semblera aller pour le mieux et que le travail se fera dans la bonne humeur au
sein de nos différents services… Et tous les 5 ans, une fois en place et efficace…, de fêter cette nouvelle équipe… de lever sa coupe de champagne… et d’en profiter pour faire ses adieux au service… que chacun devra quitter… déjà… pour cause de mobilité!
Combien de temps les superviseurs devront-ils accorder à leurs subordonnés, ou les subordonnées devront-ils se passer de leurs superviseurs, pour que chacun puisse rechercher un poste adéquat, se porter candidat, assister aux entretiens d’évaluation, suivre les divers ateliers, discussions, formations offerts par la Section de la formation et du perfectionnement du personnel, et accessoirement,
profiter des services sociaux ou des psychologues mis à disposition par l’Organisation pour les fonctionnaires qui ressentiraient le besoin d’évacuer leur stress ou de trouver des réponses aux questions diverses qu’ils se posent?
Qu’adviendra-t-il de celui ou celle qui, malgré la volonté qui sera la sienne de vouloir être mobile, devra céder la place aux mouvements latéraux, prioritaires? Que dire de ceux qui, au bénéfice de contrats pourtant consécutifs depuis des années, mais considérés comme candidats externes, devront s’incliner face à ces mêmes mouvements latéraux, puis face aux candidats à une promotion, avant de pouvoir être considérés pour l’obtention d’un poste? Que dire de celles et ceux occupant des postes dans un domaine très spécialisé dont les compétences ne peuvent s’étendre à aucun autre service?
L’Administration a heureusement tout prévu… et promet des exceptions pour les derniers cas cités, exceptions pas encore définies… pas plus qu’elles ne sont en discussion à ce jour… Exceptions également pour les collègues bientôt retraités… Prévue également, l’augmentation des postes dits «permanents»! Et la promesse que les promotions et l’évolution de carrière sont à la clé!
Mais à l’heure où les coupes budgétaires se font de plus en plus importantes, où tous, à nos différents niveaux, devons faire autant, voire plus, mais avec moins… Comment peuton nous affirmer que les coûts relatifs à ces nouvelles mesures ne nous concernent pas? Car à l’évidence, coûts il y a… et quels coûts!
Comment le Service de la Gestion des Ressources Humaines va-t-il pouvoir subvenir aux candidatures incessantes et toujours plus nombreuses, et procéder, dans les délais impartis, à une sélection objective et transparente de ces candidatures?
Autant de questions restées, non pas sans réponse, mais comme flottant dans l’esprit des fonctionnaires… à la recherche d’arguments concrets et réalistes.
La mobilité, telle que décrite dans les diverses instructions, aurait pu effectivement devenir un instrument essentiel pour la formation d’un personnel dynamique, motivé, aux compétences élargies et répondant aux attentes les plus variées… Encourager la mobilité et offrir des opportunités de carrière plus importantes au personnel intéressé aurait sans aucun doute recueilli un avis favorable.
En revanche, le caractère obligatoire et systématique que l’administration entend donner à la mobilité en fait, aux yeux de beaucoup, un instrument de manipulation évident, un tremplin «offert» à certains d’entre nous pour quitter au plus vite l’Organisation, en remerciement pour services rendus…
Un grand merci, toutefois, aux instigateurs de cette réunion d’information, qui, faute de temps (et autre…), n’auront pas su convaincre l’assistance des bienfaits de cette nouvelle mesure, mais nous auront ainsi donné, à tous, la possibilité de nous exprimer sur le sujet, à la fois brûlant mais tellement intéressant!

Up
UNSpecial About Us | Terms of Use | Contact Us | © 2001-2005 UN Special