Certains diront que la mobilité est un outil
indispensable pour un personnel qualifié,
dynamique et motivé, une source de promotions,
la clé pour un développement de carrière
prometteur, un biais idéal pour la mixité
des compétences et une communication
accrue entre les personnes, les services ou
autres institutions…
Au vu des arguments qui précèdent et à en
croire nos instances dirigeantes, nul ne
devrait s’insurger contre d’un tel procédé…
qui n’aura, soyons-en convaincus, que des
conséquences positives sur le personnel et
l’Organisation elle-même!
Pourtant, la réalité semble tout autre
La réunion d’information organisée
conjointement par la Section de la formation
et du perfectionnement du personnel et le
Service de la gestion des ressources humaines,
a suffi à soulever, en l’espace de quelques
minutes, un nombre inquiétant de questions
pertinentes et de doutes, tant la mise en place
de cette mobilité semble, aux yeux de beaucoup,
plus utopique que réaliste!
Le scepticisme et l’inquiétude ont pris le
pas sur l’engouement qu’aurait aimé
connaître le personnel face à cette nouvelle
mesure... et les espoirs de promotions et
d’enrichissement professionnel se sont envolés,
laissant place à un sentiment bien légitime
d’impuissance, face aux contraintes
bureaucratiques et au manque de réalisme
des maîtres de l’Organisation.
Comment peut-on objectivement garantir
une qualité professionnelle égale ou supérieure à celle que l’Organisation connaît
aujourd’hui, en ne laissant chacun d’entre
nous occuper un poste que pour une durée
maximale de 5 années? Comment l’assistante
administrative fraîchement recrutée sur un
poste saura-t-elle répondre aux besoins du
service, d’une manière aussi précise et rapide
que le faisait l’assistante administrative en
poste depuis des années, organisée à sa
manière et ayant acquis au fil des ans une
expérience et des connaissances précises
dans le domaine qu’elle occupe?
Comment le superviseur saura-t-il gérer,
connaître et organiser ses subordonnés, quel
que soit leur nombre, en les voyant arriver,
repartir, se croiser, sans même avoir eu le
temps de se connaître, de s’organiser, de
communiquer et de travailler ensemble?
Combien de temps chaque superviseur
devra-t-il passer à «former» une nouvelle
assistante, lui apprendre qui sont les interlocuteurs
du service, les dossiers importants,
de quelle manière les considérer, avec quelle
méthode travailler pour une conformité au
sein même du service?
Combien de temps l’assistante devra-t-elle
consacrer à connaître les exigences de son
nouveau chef fraîchement recruté lui aussi, à
travailler avec lui de manière organisée et
efficace, rapide et la plus productive qui soit?
Heureusement, la bonne volonté de chacun
fera que tout semblera aller pour le mieux et
que le travail se fera dans la bonne humeur au
sein de nos différents services… Et tous les 5
ans, une fois en place et efficace…, de fêter
cette nouvelle équipe… de lever sa coupe de
champagne… et d’en profiter pour faire ses
adieux au service… que chacun devra quitter…
déjà… pour cause de mobilité!
Combien de temps les superviseurs
devront-ils accorder à leurs subordonnés, ou
les subordonnées devront-ils se passer de
leurs superviseurs, pour que chacun puisse
rechercher un poste adéquat, se porter candidat,
assister aux entretiens d’évaluation,
suivre les divers ateliers, discussions, formations
offerts par la Section de la formation et
du perfectionnement du personnel, et accessoirement,
profiter des services sociaux ou
des psychologues mis à disposition par l’Organisation
pour les fonctionnaires qui ressentiraient
le besoin d’évacuer leur stress ou de
trouver des réponses aux questions diverses
qu’ils se posent?
Qu’adviendra-t-il de celui ou celle qui, malgré
la volonté qui sera la sienne de vouloir être mobile, devra céder la place aux mouvements
latéraux, prioritaires? Que dire de ceux
qui, au bénéfice de contrats pourtant consécutifs
depuis des années, mais considérés
comme candidats externes, devront s’incliner
face à ces mêmes mouvements latéraux, puis
face aux candidats à une promotion, avant de
pouvoir être considérés pour l’obtention d’un
poste? Que dire de celles et ceux occupant
des postes dans un domaine très spécialisé
dont les compétences ne peuvent s’étendre à
aucun autre service?
L’Administration a heureusement tout
prévu… et promet des exceptions pour les
derniers cas cités, exceptions pas encore définies… pas plus qu’elles ne sont en discussion à ce jour… Exceptions également pour les
collègues bientôt retraités… Prévue également,
l’augmentation des postes dits «permanents»! Et la promesse que les promotions et
l’évolution de carrière sont à la clé!
Mais à l’heure où les coupes budgétaires se
font de plus en plus importantes, où tous, à
nos différents niveaux, devons faire autant,
voire plus, mais avec moins… Comment peuton
nous affirmer que les coûts relatifs à ces
nouvelles mesures ne nous concernent pas?
Car à l’évidence, coûts il y a… et quels coûts!
Comment le Service de la Gestion des Ressources
Humaines va-t-il pouvoir subvenir
aux candidatures incessantes et toujours plus
nombreuses, et procéder, dans les délais
impartis, à une sélection objective et transparente
de ces candidatures?
Autant de questions restées, non pas sans
réponse, mais comme flottant dans l’esprit
des fonctionnaires… à la recherche d’arguments
concrets et réalistes.
La mobilité, telle que décrite dans les diverses
instructions, aurait pu effectivement
devenir un instrument essentiel pour la formation
d’un personnel dynamique, motivé,
aux compétences élargies et répondant aux
attentes les plus variées… Encourager la
mobilité et offrir des opportunités de carrière
plus importantes au personnel intéressé
aurait sans aucun doute recueilli un avis favorable.
En revanche, le caractère obligatoire et
systématique que l’administration entend
donner à la mobilité en fait, aux yeux de
beaucoup, un instrument de manipulation évident,
un tremplin «offert» à certains d’entre
nous pour quitter au plus vite l’Organisation,
en remerciement pour services rendus…
Un grand merci, toutefois, aux instigateurs
de cette réunion d’information, qui, faute de
temps (et autre…), n’auront pas su
convaincre l’assistance des bienfaits de cette
nouvelle mesure, mais nous auront ainsi
donné, à tous, la possibilité de nous exprimer
sur le sujet, à la fois brûlant mais tellement
intéressant!