UN Special N° 643 Septembre · September 2005

Interview

Centre International de Conférence (CICG) Isabelle Aubert

Carrefour international dans des domaines tels que l’humanitaire, la paix et le désarmement, la coopération économique et sociale, ou encore la santé, Genève héberge une vingtaine d’organisations internationales gouvernementales, 150 à 200 organisations non gouvernementales, 150 missions et emploie plus de 30’000 personnes. Si de nombreuses grandes conférences de la diplomatie internationale se tiennent dans le Palais des Nations, à sa proximité immédiate, le CICG - Centre International de Conférence, Genève dispose d’une infrastructure qui, après un an de travaux, offre de nouvelles dimensions.

Le CICG a fermé pendant un an pour travaux…

Il nous fallait répondre à l’évolution de nos utilisateurs. Nous les avons impliqués dans la définition des schémas directeurs entrepris il y a cinq ans. Préalablement à ces travaux, le CICG a bénéficié d’évolutions technologiques tels le Wifi, les bornes internet, certains équipements vidéo ou de sonorisation. Concernant la reconfiguration du bâtiment, la répartition des espaces, le confort et l’esthétique des salles, ils ne pouvaient pas être entrepris sans la fermeture complète du Centre. Le chantier a coûté 30 millions de francs suisses.

Quelles sont les lignes directrices de ce chantier?

Ce chantier a été traité avec des matériaux modernes, des équipements plus confortables, tout en conservant et mettant en valeur, par des effets de couleur et d’éclairage, la structure en béton, base architecturale du bâtiment qui date de 1974. Le projet s’articule autour de quatre grands axes: une entrée plus vaste et mieux visible pour le visiteur; une augmentation du nombre des salles, de la capacité des salles de commission et de celle de la salle plénière -de 1’740 places à 2’200 places-, ainsi que de l’espace exposition de 500 à 2’000 m2; la création d’une colonne verticale pour relier les quatre niveaux du CICG; enfin, des espaces bar et restauration et des circulations mieux adaptés. Au-delà de ces principaux axes de développement, les nouvelles normes technologiques et sécuritaires ont été intégrées au bâtiment et installations techniques.

Comment se positionne le CICG dans la Genève internationale?

Le CICG, subventionné par le Département Fédéral des Affaires Etrangères (DFAE), a pour principale mission d’accueillir les conférences organisées par les organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales ainsi que celles organisées par la Confédération suisse ou l’Etat.
Le CICG, tout comme le CCV -Centre de Conférence de Varembé- sont la propriété de la Fondation des Immeubles pour les Organisations Internationales (FIPOI), Fondation de droit privé sans but lucratif créée en 1964 par la Confédération et le Canton de Genève pour construire et louer à des taux préférentiels des immeubles à la Genève internationale. Les revenus de la location de ses immeubles représentent une enveloppe annuelle de quelque 10 millions de francs suisses. Le fait d’appartenir à la FIPOI a permis de financer la totalité des travaux en fonds propres. Pour nos utilisateurs, cela nous permet de leur offrir des facilités de parking, celui de la Place des Nations étant également la propriété de la FIPOI.

Quels sont les principaux utilisateurs du CICG et à quelles conditions?

80% de nos utilisateurs sont des organisations internationales gouvernementales et des organisations non gouvernementales; par ailleurs l’Etat et la Confédération représentent 9% de notre activité; et les associations internationales dans des domaines aussi variés que le médical, la pharmacie, la technologie, ou les biotechniques, 7%. Nous travaillons également avec les entreprises privées. L’objectif du CICG étant de développer la politique d’accueil du Conseil Fédéral, nos salles sont mises à disposition gratuitement, sauf pour les associations internationales et les entreprises privées. A titre indicatif, la totalité du CICG, 22 salles, se loue environ 25’000 francs suisses la journée.

Votre budget s’équilibre ainsi?

Bien que seulement 10% des utilisateurs louent les salles du CICG, nous bénéficions d’une subvention du Département Fédéral des Affaires Etrangères qui permet de couvrir la gratuité de nos salles aux OIG, ONG, Confédération et Etat.
Le coût de fonctionnement du CICG se chiffre à 7,5 millions de francs suisses par an.

A combien de personnes s’évaluent vos effectifs?

Mon équipe compte une vingtaine de personnes réparties sur nos six départements: Accueil, Conférences, Communication, Exploitation, Technique et Nettoyage. La répartition entre les départements a évolué. En raison de notre activité saisonnière importante, le CICG a externalisé certaines fonctions. Par contre, je privilégie le personnel fixe sur des postes techniques ou qui nécessitent un relationnel sur le long terme comme nos chefs de projets. Chaque département s’appuie ensuite sur du personnel temporaire.

CICG

Visite in situ avec François Dricourt
Chargé des relations publiques et de la communication du CICG

François Dricourt a fait sienne la nouvelle configuration du CICG. C’est comme si un prisme lui permettait de dépasser le chantier et ne voir que le CICG terminé. A l’image du CD qu’il a développé présentant les infrastructures par niveau et par type d’espace, animées par des perspectives en 3D, François Dricourt m’a guidée niveau par niveau, chiffres à l’appui.

Niveau -1: cinq salles, de 30 à 150 places et 1500 m² d’espaces médias.
Niveau 0: six salles de conférence dont trois de 230 à 770 places qui composées avec l’amphithéâtre du premier étage forment une salle plénière de 2200 places; 1500 m² de surface d’accueil; derrière l’entrée principale, une
nouvelle esplanade de verdure; un espace bar et détente de 350 m².
Niveau 1: une salle de 970 places, un espace restauration de 1250 m² pouvant accueillir 800 couverts, une terrasse de 800 m².
Niveau 2: six salles de commission, 40 bureaux offrant 80 places de travail, 630 m² d’espace paysagé.
Niveau 3: quatre salles de conférence, un salon VIP donnant sur une terrasse.
Le CICG, à partir d’octobre 2005, ce sera donc une structure modulable et moderne de 22 salles de 12 à 2200 places, en vis-à-vis du CCV qui offre 5 salles de 24 à 200 places, elles aussi entièrement rénovées en 2003.

Quels sont vos concurrents?

Nous n’avons pas vraiment de concurrence à Genève. Palexpo, autre structure d’accueil importante, offre essentiellement une surface d’exposition et, à ce titre, est d’avantage complémentaire que concurrente. Les hôtels n’ont pas les infrastructures nécessaires pour organiser des conférences internationales, mais sont essentiels pour absorber les nuitées que génère l’activité conférencière. Les seules OIG organisent annuellement quelque 3’000 réunions auxquelles environ 130’000 délégués participent!
Parmi les Organisations internationales gouvernementales, seul l’Office des Nations Unies a une infrastructure adaptée à des conférences internationales pouvant accueillir jusqu’à 2’000 personnes. Le BIT par exemple est équipé d’une belle salle du conseil, mais d’une capacité maximum de 466 places. L’ONU à Genève représente un symbole très puissant et beaucoup de réunions intergouvernementales y sont organisées pour cette raison malgré les contraintes sécuritaires lourdes imposées aujourd’hui à ses participants.

Quelles sont vos relations avec l’ONU Genève?

Très bonnes. Le nombre important de conférences internationales organisées annuellement à Genève demande une bonne synergie des espaces de conférence entre l’ONUG et le CICG. Dans cette perspective, je suis régulièrement en contact avec le Chef de la Division des Services de conférence de l’ONUG, Monsieur Omar Abou-Zahr. Par ailleurs, je suis intimement convaincue que le nombre de conférences va augmenter car les organisations non gouvernementales et les sujets autour de thèmes comme l’environnement ou la sécurité se développent.

Depuis quand êtes-vous à la direction du CICG?

Je suis à la direction du CICG et du CCV depuis janvier 2003. Monsieur Pierre Gilliot, Directeur de la FIPOI, m’a connue alors que j’étais sous-directrice de l’Office du Tourisme de Genève. Après quoi, je suis partie à Neuchâtel diriger l’ensemble des structures d’accueil d’Expo02 (500 personnes) pendant deux ans, puis j’ai rejoint le CICG.

Vous avez 35 ans. Quels sont vos atouts pour réussir dans l’événementiel?

Mon diplôme de gestion en tourisme, complété d’un Master en marketing à Berne me permettent de bénéficier d’une bonne formation de base tant en marketing, qu’en finances et en ressources humaines. Mes activités au CICG, orientées vers de nombreux domaines me passionnent. Ce métier, très proche du client, est très prenant. Il implique de savoir impulser une bonne dynamique à ses équipes dans un objectif de satisfaction des utilisateurs et de réussite de leurs conférences et événements. Il demande également de garder un esprit ouvert à de nouveaux développements.

A quels nouveaux développements pensez-vous?

Il pourrait être développé de nouvelles réflexions communes entre l’Etat, le canton et certaines OIG ou ONG, comme par exemple avec le BIE - Bureau International de l’Education-, le Bureau sur la migration, ou encore avec ONUSIDA sur l’impact de l’immigration ou du sida sur l’éducation à Genève. Mon implication dans la Genève internationale et dans différentes associations telles l’AIPC (Association Internationale des Palais des Congrès) qui réunit les directeurs de centres de congrès au niveau international, ou l’ICCA (International Congress & Convention Association) me permet d’être toujours à l’écoute des tendances et évolutions.

Quels sont vos objectifs?

Ils peuvent être qualifiés de marketing diplomatique. Notre position de plateforme entre les OIG, ONG et Missions, nous oblige à développer une dimension diplomatique nécessaire à la bonne conduite de leurs projets et qui réponde également à la politique étrangère engagée par la Confédération. J’ai, par ailleurs, des obligations de résultats tant au niveau de l’optimisation des espaces du CICG que de la rentabilité des infrastructures et de la qualité des événements qui s’y déroulent. J’ai également des objectifs de promotion, d’image et de communication. Objectifs que je me suis fixée à l’horizon 2010.

Vos projets à plus court terme?

Je souhaite que nos utilisateurs se reconnaissent dans la nouvelle identité corporative (logo, site internet, plaquette institutionnelle) que nous lançons à l’occasion de la réouverture du CICG le 6 octobre prochain. A très court terme, mon équipe et moi, nous sommes tous très impliqués pour que cette réouverture soit une réussite.

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